Satisfaction du gouvernement grec et de la présidence cypriote sur les conditions d'adhésion de la Turquie

caramanlis erdogan

Le Premier ministre grec, Costas Caramanlis, s'est déclaré pleinement satisfait de la concrétisation des cinq objectifs que s'était fixé Athènes pour le Conseil européen de l'UE, se félicitant qu'au terme d'un parcours mouvementé de concertations et de négociations jeudi et vendredi à Bruxelles, les conclusions soient venues confirmer que la Grèce à contribué à ce que son voisinage devienne un voisinage européen et que toutes les sensibilités soient prises en compte au sujet du dossier UE-Turquie. [article mis à jour et complété 18/12]

"Nous avons très bien réussi. Nous avons atteint tous nos objectifs", a affirmé M. Caramanlis, lors de la traditionnelle conférence de presse qui clôt les travaux des Sommets de l'UE.

M. Caramanlis a tenu a citer un par un les cinq objectifs satisfaits par les conclusions du Sommet que sont l'aménagement d'un cadre européen intégrant l'attitude de la Turquie vis-à-vis de la Grèce, la prévision d'un mécanisme de suivi constant et de contrôle de l'attitude de la Turquie, l'institutionnalisation d'une soupape puissante de sécurité qui limitera la libre circulation des personnes, la garantie que la Turquie respectera les droits de l'Homme et les droits de culte et, enfin, le lien entre l'adaptation de la Turquie à la réalité européenne avec son engagement pour des progrès dans ses relations avec la République chypriote.

M. Caramanlis, qui a dûment souligné à ce point que la satisfaction de ces objectifs de la Grèce s'inscrit dans le cadre de "la coopération étroite avec la République chypriote et le président Papadopoulos", a tenu à clarifier que la présence du SG de l'ONU, Kofi Annan, au Conseil européen, n'avait absolument rien à voir avec la question chypriote, et que cette question n'a pas été évoquée.

Concernant l'engagement ferme de la Turquie d'étendre son Union douanière aux dix nouveaux Etats membres de l'UE, M. Caramanlis a retenu que "cet engagement explicite a le poids politique d'un préalable à l'ouverture des négociations d'adhésion de la Turquie", alors qu'interrogé sur la déclaration Erdogan à Bruxelles (selon laquelle l'extension de l'Union douanière n'implique pas la reconnaissance de la République chypriote), M. Caramanlis a observé qu'il "est compréhensible pourquoi M. Erdogan ressent le besoin de faire cette référence".

Concernant la procédure d'adhésion de la Turquie, M. Caramanlis a souligné l'importance de ce processus. "Je crois en l'optique européenne de la Turquie, parce que sa qualité européenne en fera un meilleur voisin", a expliqué M. Caramanlis, pour noter aussitôt que "le texte de conclusions donne des incitations très fortes à la Turquie pour qu'elle adopte une telle attitude. Je crois enfin en l'optique de normalisation des relations greco-turques, et les évolutions aujourd'hui constituent un pas très important dans cette voie".

Selon le texte officiel des conclusions du Sommet concernant la Turquie, le paragraphe 19 faisant allusion à l'Union douanière avec les nouveaux Etats membres de l'UE, dont la République chypriote, le Conseil européen a salué la décision de la Turquie de signer le protocole relatif à l'adaptation de l'accord d'Ankara, qui tient compte de l'adhésion des dix nouveaux Etats membres. En conséquence, il s'est félicité de la déclaration de la Turquie selon laquelle "le gouvernement turc confirme qu'il est prêt à signer le protocole relatif à l'adaptation de l'accord d'Ankara avant l'ouverture effective des négociations d'adhésion et après que les adaptations qui sont nécessaires, eu égard à la composition actuelle de l'UE, auront fait l'objet d'un accord et auront été finalisées".

Aussitôt après, le paragraphe 20, consacré à l'obligation pour la Turquie d'avoir des relations de bon voisinage avec ses voisins, le texte du Sommet stipule que "le Conseil européen, tout en soulignant la nécessite d'un engagement sans équivoque en faveur de relations de bon voisinage, a pris note avec satisfaction de l'amélioration des relations de la Turquie avec ses voisins; il s'est félicité que la Turquie soit disposée à continuer de coopérer avec les Etats membres concernés en vue du règlement des différends frontaliers non résolus, dans le respect du principe du règlement pacifique des différends énoncés dans la Charte des Nations unies. Conformément à ses précédentes conclusions, notamment celles qu'il a adoptées à Helsinki sur cette question, le Conseil européen a fait le point de la situation en ce qui concerne les différends qui subsistent et s'est félicité des contacts exploratoires qui ont eu lieu à cette fin. A cet égard, il a rappelé son point de vue selon lequel les différends non résolus qui ont des répercussions sur le processus d'adhésion, devraient au besoin être portes devant la Cour internationale de Justice en vue de leur règlement. Le Conseil européen sera tenu au courant des progrès réalisés, qu'il examinera selon qu'il conviendra".

Interrogé au sujet de la référence à l'accord d'Helsinki, M. Caramanlis a parlé d'une "amélioration de cette référence" à cet acquis, explicitant que les conclusions du Sommet de Bruxelles ne font plus mention de délais ou date-buttoir contraignants de renvoi de dossiers devant la CIJ, "ce qui n'avait aidé en rien comme on a pu le constater, a-t-il insiste, alors le terme questions connexes à régler, lequel pourrait s'avérer dangereux, a été abrogé".

M. Caramanlis informera dimanche matin le Président de la République, Costis Stephanopoulos, sur les résultats du Sommet, tandis que le ministre des Affaires étrangères, Petros Molyviatis, a informé les chefs de partis des conclusions du Sommet dès l'issue des travaux.

De son côté le Président de Chypre Tassos Papadopoulos a dit que "la décision d'aujourd'hui satisfait à un grand degré nos exigences. La décision du Conseil permet à Chypre au cas où la Turquie ne respecterait pas ses engagements de faire usage de son droit de veto."

A la question de savoir si la décision du Conseil européen aide à la normalisation des rapports entre la République de Chypre et la Turquie, M. Papadopoulos a répondu que "le protocole par lui-même amène la normalisation du moins sur les champs qu'il couvre (libre circulation des personnes et des marchandises)".

Réactions de l'opposition

Les intérêts de la Grèce ne sont pas garantis par la décision prise à Bruxelles concernant l'ouverture des négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE, a déclaré le président du PASOK, Georges Papandreou, exprimant en outre ses inquiétudes sur les prochains développements.

Les conclusions du Sommet sont en deçà des espérances de la Grèce et même en deçà des objectifs de Nea Dimokraia, a encore souligné le chef du principal parti de l'opposition, accusant le gouvernement de triompher pour des raisons d'opinion publique.

M. Papandreou a soutenu que le gouvernement n'avait jamais compris le sens de la décision d'Helsinki, et qu'a présent, après ce recul dans les questions nationales, la Grèce était revenue au cadre ancien du dialogue bilatéral et éventuellement à la saisie du Tribunal de La Haye en ce qui concerne le plateau continental de l'Egée et les revendications de la Turquie.

Le président du PASOK a déclaré par ailleurs que l'obligation juridique de la Turquie de signer le protocole d'Ankara ne signifie pas reconnaissance de la République de Chypre, retenant en outre du texte des conclusions que nulle mention n'est faite sur le retrait des troupes d'occupation, ou sur la situation du patriarcat.

Le KKE et Synaspismos ont réagi négativement aux conclusions du Sommet de l'UE, le KKE critiquant le fait qu'elles ne contiennent pas "une reconnaissance même purement formelle de la République chypriote de la part de la Turquie", Synaspismos estimant que les conclusions sur l'Union douanière sont insuffisantes, alors que le règlement des différends greco-turcs n'est pas clairement contraignant pour la Turquie.

Les réactions à Chypre

Le Président de Dimokratikos Synagermos (parti chypriote), Nikos Anastassiadis a déclaré à son arrivée à Larnaka que le contenu des conclusions du Sommet de Bruxelles "n'était pas idéal" et que le 17 décembre "n'est pas la fin", mais qu'"il dépend de nous comment nous allons évaluer ce qui s'appelle perspective européenne [de la Turquie] et cela dépend aussi de nous si nous entreprenons l'initiative des prochaines actions".

C'est dans le même sens que vont aussi les déclarations de Giannakis Omirou, président de l'EDEK pour qui "le Conseil Européen n'a pas répondu de manière pleinement satisfaisante aux demandes justes, logiques et modérés". M. Omirou considère que "le 17 décembre est une étape critique", et que "des telles étapes il y en aura beaucoup parce que la Turquie sera toujours sous examen et à ces examens nous devons être présents"

Pour le président de l'EDI Giorgos Vasileiou, il s'agit d'une "décision historique" tandis qu'il a félicité le Président Papadooupos de ne pas avoir fait usage du droit de veto, estimant qu'après cette décision du Conseil européen la Turquie s'engage sur le chemin de la transformation [européenne] et que "nous voulos croire qu'il y aura enfin un progrès substantiel et une solution de la question chypriote".

Côté chyproturc, le chef communautaire Raouf Denktash qui a annoncé des élections anticipées pour le 20 février a estimé lors d'une déclaration qu'"il n'est pas juste que la question chypriote soit mise devant l'adhésion de la Turquie". "il y a à Chypre deux communautés et l'on ne peut pas les transformer en une" a dit M. Denktash réitérant sa position pour l'association de deux Etats souverains séparés sur l'île et remettant ses espoirs "sous l'ombrelle de l'ONU".

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