La Turquie, de l'UE aux Etas-Unis: l'intransigeance payante ou l'art de manger dans tous les râteliers

La visite mercredi dernier à Paris de Recep Tayyip Erdogan, chef du parti de la Justice et du Développement (AKP), le parti islamiste vainqueur des dernières élections en Turquie, où il a été reçu quasiment en chef d'Etat par le Président français Jacques Chirac, n'a pas changé fondamentalement les perspectives d'une adhésion future de la Turquie à l'Union Européenne. Tous comme ses autres homologues européens, Jacques Chirac a répété à Recep Erdogan l'habituel Oui-mais, mais surtout il a tenu à se démarquer de son éternel rival, même s'il est hors course, l'ancien Président Giscard d'Estaing.

Jacques Chirac s'est contenté de promettre à son invité turc d'œuvrer lors du Conseil européen de Copenhague pour "un consensus européen aussi acceptable que possible par la Turquie", mais s'est gardé de se prononcer sur une date d'ouverture des négociations pour l'adhésion à l'Union Européenne. Paris était la dernière étape dans la tournée des capitales européennes de M. Erdogan. Frappé d'une incapacité judiciaire le chef du parti gouvernemental turc ne pouvait pas être nommé au poste de Premier Ministre; c'est donc en simple chef de parti que Racep Erdogan était reçu à Paris. Cela n'a pas empêché M. Chirac de venir l'accueillir personnellement et de poser longuement devant les photographes sur le perron du palais présidentiel, un geste habituellement réservé aux seuls chefs d'Etat et de gouvernement selon le protocole de l'Elysée.

M. Chirac a répété "sa conviction que la Turquie a toute sa place dans l'Europe dans la mesure où elle adhère aux mêmes valeurs que l'Europe et respecte ce que nous appelons les critères de Copenhague", a rapporté son porte-parole. Une façon de rappeler sa différence avec l'ancien Président de la France Valéry Giscard d'Estaing lequel, en tant que Président de la Convention européenne chargé de préparer la Constitution de l'Europe des 25, a lancé le mois dernier un avertissement sur les risques que comporterait l'entrée de la Turquie à l'Union Européenne ; selon Giscard d'Estaing, la Turquie deviendrait dès par sa population le pays le plus important de l'Europe et disposerait de fait de la plus importante représentation dans le Parlement Européen de Strasbourg !

Jacques Chirac a toutefois soigneusement évité de se prononcer sur la position de la France quant à une date d'ouverture des négociations pour l'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne dès le Conseil de Copenhague début décembre. Il a par contre indiqué qu'il militerait pour un signal complémentaire. Il ne serait pas impossible que les 15 accordent l'honneur de faire entrer la Turquie dans l'UE à la Grèce de M. Simitis qui a fait un virage à 180° dans la politique grecque envers la Turquie et qui assurera la Présidence européenne pour six mois à partir de janvier 2003. Autre que cela viendrait couronner la politique de rapprochement de la Grèce avec la Turquie, cela permettrai de faire passer la couleuvre aux peuples européens, profondément hostiles au retour des Turcs en Europe. M. Simitis pourrait annoncer l'engagement européen a ouvrir officiellement les négociation pour l'adhésion de la Turquie en mars 2003 au moment de la signature du traité d'élargissement de l'UE aux dix nouveaux pays dont Chypre.

Pendant que les Européens s'enfoncent dans les querelles théologiques (oui ou non à l'entrée d'un pays asiatique à l'UE, l'Europe a-t-elle des racines culturelles musulmanes, etc), la Turquie fait tranquillement son marché.

Côté militaire, le ministre français de la Défense Michèle Alliot-Marie a de son côté confirmé jeudi soir le programme du futur avion de transport militaire européen A400M, dont la Turquie avec une commande de 10 appareils est le 3e plus important commanditaire derrière l'Allemagne (80 appareils), l'Espagne (27 appareils) et la Grande-Bretagne (25 appareils). A noté que M. Erdogan était accompagné à l'Elysée par Vecdi Gonül, ministre de la Défense de Turquie. Quelles que soient les difficultés économiques ou les crises monétaires récurrentes de la Turquie, le pays n'a jamais faibli dans l'alimentation de son budget militaire.

Côté budgétaire, le secrétaire d'Etat Colin Powell a indiqué que les Etats-Unis envisageaient une aide pour la Turquie qui pourrait se monter à 700 ou 800 millions de dollars, rappelant que l'économie de ce pays avait "été sérieusement frappée pendant la guerre du Golfe et elle reste très sensible, tout comme nous, aux conséquences potentielles d'un nouveau conflit", rapporte ce matin de Washington l'Agence France Presse.

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