L'OTAN pourrait reporter l'invitation à la FYROM

L'encart publié par le Conseil des Grecs de l'Etranger

Le sommet de l'OTAN consacré à l'élargissement vers les pays de l'Est - Ukraine et Géorgie - et à l'invitation aux nouveaux pays balkaniques , dont l'Ancienne République yougoslave de Macédoine (FYROM), a débuté mercredi soir à Bucarest avec un dîner de travail réunissant les 26 chefs d'Etat et de gouvernement.

Le moment est critique pour le gouvernement grec et le gouvernement voisin de la FYROM puisque les deux pays n'ont pas réussi à s'entendre sur le nom futur de la FYROM. Pour la Grèce cela est un signe de mauvaise volonté de la part de Skopje et, pour Athènes, les preuves ne manquent pas pour plaider que les voisins du Nord ne travaillent pas dans le sens de la stabilité régionale et des relations du bon voisinage exigées par l'OTAN. Le gouvernement de Skopje, quant à lui, a sabordé lui-même l'image qu'il essayait de se construire avec l'accrochage ce week-end d'affiches sur d'énormes panneaux publicitaires à Skopje montrant un drapeau grec où la croix était déformée en svastika nazi.

Les dirigeants de l'OTAN, malgré la détermination du président américain, Georges Bush, d'avancer sans délai vers l'élargissement de l'OTAN, pourraient se prononcer demain mercredi pour un rapport de l'invitation à la FYROM.

iNFO-GRECE. COM était le seul média grec à envisager sérieusement, dès le début de la semaine, l'hypothèse du report de l'invitation alors que tous les médias grecs étaient suspendus sur la question du veto que la Grèce pourrait y opposer et des éventuelles conséquences. Si notre hypothèse de report se confirme, Athènes n'aura pas à s'exposer en exerçant le droit de veto pour barrer la route de l'OTAN à Skopje tant que les dirigeants de ce pays ne se conforment pas aux règles de bon voisinage.

L'ouverture officielle du Sommet est prévue jeudi matin, suivie d'une rencontre spéciale du Conseil de l'Alliance atlantique avec les pays auxquels seront adressées des invitations. A cette occasion, le SG de l'OTAN, Jaap de Hoop Scheffer, prononcera un discours de même que le président des Etats-Unis et des pays qui seront invités. Par la suite, un déjeuner de travail sera organisé pour le Conseil de coopération euro-atlantique, tandis que dans l'après-midi, une réunion sera tenue sur la question de l'Afghanistan.

L'ouverture des travaux de la Commission OTAN-Ukraine sur le thème "OTAN-Ukraine" aura lieu vendredi matin, avec des interventions introductives du SG de l'OTAN et du président ukrainien, tandis que par la suite sera réunie la session de travail OTAN-Russie. Les travaux du Sommet se clôtureront vendredi à 14h.

La Grèce est membre de l'OTAN depuis 1952. Le premier ministre d'alors, Constantin Caramanlis, oncle et homonyme de l'actuel premier ministre, fait sortir la Grèce de l'organisation atlantiste en 1974, après la chute du régime des colonels, parce que l'OTAN n'avait pas su empêcher l'invasion de la république de Chypre par l'armée turque alors que la Grèce et la Turquie étaient tous deux membres de l'organisation. La Grèce réintégrera les structures de l'OTAN en 1980, quand le même Caramanlis devient président de la République.

Les dirigeants européens compréhensifs envers les thèses grecques

Déjà plusieurs voix se sont fait entendre mercredi après-midi allant dans le sens des thèses grecques.

Le commissaire européen à l'Elargissement, Olli Rehn, dans un commentaire sur les panneaux publicitaires affichés dans les rues de Skopje pour une exposition de photos qui montre une croix gammée sur le drapeau grec, a observé qu'il s'agissait d'"un exemple terrible d'incitation à des sentiments pouvant aller jusqu'à la haine".

Dans sa réponse à l'eurodéputé bulgare M. Kirilov lors d'un échange de vues entre les membres de la commission des Affaires étrangères du PE, M. Rehn a souligné que cet acte précisément n'est pas compatible avec le principe des bonnes relations de voisinage et qu'il est une offense à la communauté juive de Grèce. M. Rehn a précisé avoir été informé par ailleurs de la réaction immédiate du gouvernement de Skopje.

Le premier ministre portugais, José Socrates, a exprimé, lui, sa compréhension pour les thèses grecques concernant l'appellation de la FYROM, dans des déclarations mercredi soir à son arrivée au dîner des chefs d'Etat et de gouvernement de l'OTAN.

Interrogé par les journalistes portugais s'il partage les thèses grecques sur cette question et s'il existe une perspective de surmonter ce problème, M. Socrates a déclaré comprendre les thèses grecques, estimant encore qu'il existe un terrain de règlement du problème via un moyen mutuellement accepté.

Dernière information des alliés atlantiques par le gouvernement grec

Le premier ministre, Costas Caramanlis, a adressé mardi des lettres aux dirigeants des Etats-membres de l'OTAN, analysant ce qu'a fait jusqu'à présent la Grèce pour la recherche d'une solution au problème du nom de la FYROM.

Par ailleurs, le même jour, le négociateur de la Grèce dans les concertations à l'ONU sur le nom de la FYROM, l'ambassadeur Adamantios Vassilakis, a informé les ambassadeurs à Athènes de l'UE et de l'OTAN sur les positions de la Grèce dans ce dossier.

Le communiqué indique par ailleurs qu'ont été informés également les ambassadeurs de Russie et de Chine à Athènes.

Par ailleurs, M. Caramanlis, a présidé mercredi matin au Palais Maximou (siège du gouvernement à Athènes) une réunion axée sur les travaux du Sommet de l'OTAN qui s'ouvriront officiellement jeudi matin à Bucarest. Les ministres des Affaires étrangères, Dora Bakoyannis et de la Défense, Evangelos Meïmarakis, ont participé à cette réunion.

Répondant aux questions de la presse, Mme Bakoyannis a déclaré qu'il s'agissait de la dernière réunion de préparation en vue du Sommet de l'OTAN précisant que le premier ministre et la délégation grecque quittent Athènes dans l'après-midi pour la capitale roumaine.

Interrogée quant à la soumission d'une nouvelle proposition au tout dernier moment sur l'appellation de Skopje, Mme Bakoyannis a estimé qu'"il n'y a plus aucune marge de temps et la Grèce se présentera aux débats avec ses positions et argumentations connues", réaffirmant une fois de plus "pas de règlement, pas d'invitation à l'adhésion".

Invitée à préciser si aura lieu une rencontre tripartite à laquelle participeront des officiels américains, grecs et de la FYROM en marge du Sommet de l'OTAN, Mme Bakoyannis a indiqué qu'il existe des informations à ce sujet tout en soulignant que "la position de la Grèce est claire bien qu'elle ne coincide pas avec les positions d'autres pays membres de l'OTAN".

Le premier ministre a eu également un entretien téléphonique mardi avec le président de la République, Carolos Papoulias, toujours au sujet de l'appellation de la FYROM.

La classe politique grecque unie derrière le gouvernement d'Athènes

"La Grèce se trouve dans une phase critique des concertations. Il y a des pressions de la part de certains alliés et partenaires et je considère que la Grèce est défavorisée", a déclaré le président du PASOK (socialiste), Georges Papandréou, à l'issue de son entretien mardi matin avec le premier ministre, Costas Caramanlis au Palais Maximou.

"L'heure n'est pas aux critiques, nous en avons déjà fait et nous en referons là ou cela s'avère nécessaire. L'heure est venue de renforcer la voix de la Grèce face à cette concertation critique et c'est pourquoi j'ai tenu à rencontrer le premier ministre", a encore souligné M. Papandréou, ajoutant que "la position du PASOK est claire, et est également la position de la Grèce toute entière : nous demandons un règlement avec une appellation composée, une connotation géographique qui soit utilisé partout et par tous sans exception".

"J'ai même proposé au premier ministre de me rendre à Skopje pour renforcer la position de négociation du pays et contribuer ainsi à un règlement juste de ce problème", a-t-il ajouté.

M. Papandréou s'est également adressé au peuple du pays voisin, soulignant que "les actes extrémistes comme ceux qui insultent le drapeau grec sont condamnables", exprimant en outre sa conviction que "ces actes n'expriment pas l'ensemble du pays voisin, car nous avons un avenir commun au sein des Balkans, un avenir commun de paix et stabilité dans la région".

Un jour avant l'ouverture des travaux du Sommet de Bucarest, le bureau de presse du comité central du KKE (communiste) désapprouve mardi le fait que toutes les discussions des deux grands partis - ND et PASOK - se sont limitées seulement à la FYROM, évitant les autres dossiers de l'Alliance qui seront évoqués.

Le KKE insiste ainsi en avertissant les Grecs que "l'élargissement de l'OTAN dans les Balkans, le bouclier anti-missiles américain en Europe, le renforcement des forces armées d'occupation au Kosovo, en Afghanistan, la construction de la défense européenne - et donc la participation de la Grèce à toutes ces décisions - mettent en danger les droits des peuples, la paix et les droits souverains des Etats".

Pour sa part, le président de SYRIZA (gauche radicale), Alexis Tsipras se déclare peu optimiste qu'il y ait à Bucarest une solution au nom de la FYROM, relevant en outre que les intérêts de la Grèce ne seront pas servis par l'élargissement de l'OTAN et que, par conséquent, la Grèce devrait poser son veto, non seulement dans le cas de la FYROM, mais aussi en ce qui concerne la Géorgie et l'Ukraine.

Des membres des Jeunesses communistes de Grèce (KNE) ont procédé mercredi après-midi au blocus symbolique du consulat des Etats-Unis à Thessalonique pour exprimer leur opposition "aux plans de l'OTAN et des forces impérialistes dans les Balkans", ainsi que d'avertir sur les "dangers qu'ils engendrent pour la région".

Cette mobilisation s'inscrit dans le cadre des manifestations intitulées "Caravane internationale de solidarité pour les Balkans" qui a débuté ce mercredi à Thessalonique et qui voyagera à partir de jeudi successivement à Belgrade, Zagreb et Bucarest, où elle arrivera le 6 avril.

Lobbying des Grecs de l'étranger

Le Conseil des Grecs de l'Etranger (Symvoulion apodymou hellinismou, SAE) a entrepris la publication d'encarts publicitaires exposant les thèses grecques dans les grands journaux des différents pays appelant les alliés de la Grèce à contribuer à la recherche d'une solution communément acceptable au sujet de l'appellation de la FYROM, nous a informé le bureau du président du SAE, M. Tamvakis, depuis Alexandrie (Egypte).

Au Canada

Le coordinateur du Conseil de l'Hellénisme de la diaspora (SAE) - section Canada, Costas Menegakis, a adressé par écrit un appel au premier ministre canadien, Stephen Harper, à ne pas consentir à l'invitation d'adhésion de la FYROM à l'OTAN lors du Sommet de l'Alliance à Bucarest, tout comme à ne pas soutenir l'adhésion du pays aussi longtemps que n'aura pas été réglée la question du nom entre la Grèce et la FYROM.

"En tant que Canadiens d'origine grecque, étant donné l'intérêt pour la région de l'Europe du Sud-Est, nous sommes convaincus qu'une solution mutuellement acceptée et juste dans cette question devra être obtenue avant l'adhésion de la FYROM à l'alliance de l'OTAN, garantissant la stabilité politique et la prospérité économique de la région", souligne entre autres M. Menagakis au nom des 350.000 citoyens canadiens représentés par le SAE-Canada.

Aux Etats-Unis

La représentante au Congrès américain, Carolyn Maloney, a lancé un appel pour que les arguments de la Grèce au sujet de l'appellation de la FYROM soient pris au sérieux, dans un discours prononcé mercredi à la Chambre des Représentants des Etats-Unis.

"Il s'agit d'une question d'une extrême importance pour moi, car tous les éléments historiques et archéologiques prouvent que les Macédoniens de l'Antiquité étaient Grecs. La Macédoine est un nom grec qui détermine la région Nord de la Grèce depuis 2500 ans", a lancé Mme Maloney, qui est également la fondatrice et la co-présidente du Groupe des Affaires grecques de la Chambre américaine.

Mme Maloney a encore rappelé qu'"en 1944, l'appellation de la région de Skopje avait été changée en Macédoine dans le cadre de la campagne impérialiste de Tito qui visait à acquérir le contrôle de la province grecque de la Macédoine. Les Etats-Unis se sont opposés, à l'époque, à l'utilisation par Tito de l'appellation de Macédoine. Toutefois, en 2004, de façon unilatérale et sans prévenir qui que ce soit, le gouvernement américain a décidé de reconnaître la FYROM sous le nom de Macédoine ".

Mme Maloney a fait part de sa surprise et de sa déception lors de la décision de la Maison Blanche de changer la politique américaine appliquée jusqu'à ce jour et de reconnaître la FYROM sous le nom de Macédoine , deux jours après les élections présidentielles de 2004 et avant la clôture des concertations entre les pays qui sont influencées directement par ce changement. "De concert avec l'ancien député, Michael Bilirakis, et 68 autres collègues, nous avons adressé une lettre au secrétaire d'Etat américain en poste, Colin Powell, pour lui faire part de nos préoccupations quant à cette décision et demander au département d'Etat américain de rétablir la politique appliquée depuis de longues années et de nommer Skopje sous le nom de FYROM", a-t-elle indiqué.

i-GR/ANA-MPA/SAE

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