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En Grèce, le «deuxième tour» des élections ignore la question des migrants

Publié dans Le Temps le

Les bureaux de vote grecs ont ouvert leurs portes ce dimanche, pour un second scrutin législatif en moins d'un mois. Il ne déchaîne ni passion, ni débat sur les grandes politiques du pays, notamment celle migratoire, alors qu'un naufrage provoquant des centaines de morts a eu lieu

Le leader du parti de la droite conservatrice Nouvelle Démocratie (ND), Kyriakos Mitsotakis, a échappé à un nouveau scandale à la veille des élections législatives du 25 juin. Il n'était plus premier ministre, mais candidat à sa succession à la tête du pays, le 14 juin quand a eu lieu un des naufrages les plus meurtriers en Europe, au large de la Grèce; 82 migrants sont morts, les corps de centaines d'autres gisent au fond la mer Ionienne. De cette funeste embarcation partie de Libye ne survivent que 104 passagers. Les enquêtes en cours pointent des manquements des garde-côtes grecs, régulièrement accusés de pushbacks, les renvois illégaux en mer. Depuis plusieurs années, ceux-ci sont documentés. Premier ministre depuis juillet 2019, Kyriakos Mitsotakis a toujours refusé d'admettre cette vérité, s'emportant même lorsqu'une journaliste danoise lui a posé la question lors d'une conférence de presse.

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Dans un premier temps, l'accident en mer Ionienne a provoqué l'émoi et un élan de solidarité. Il était particulièrement visible à Kalamata, petite ville côtière du Péloponnèse près du lieu où s'est produit le drame. Mais une fois l'émotion passée, la realpolitik et la communication électorale ont repris le dessus. Ainsi, le maire adjoint de la ville, Giorgos Favas, membre du parti ND, refusait de commenter la politique menée à l'échelle nationale en matière migratoire. L'ex-ministre de l'Education, Níki Keraméos, en déplacement pour un furtif hommage aux morts lors du naufrage, n'avait de mots que pour dénoncer les «passeurs», mais n'a pas abordé la politique répressive menée par ND depuis 2019. Par exemple, un mur a été construit à la frontière nord, à l'Evros, pour empêcher les migrants de passer. Kyriakos Mitsotakis a d'ailleurs fait le déplacement pour poser devant pendant la campagne électorale. Or, en 2022, l'ECRI, une division du Conseil de l'Europe s'inquiétait, dans un rapport consacré à la Grèce, «que les migrants, les membres de communautés LGBTI et les Roms [soient] fréquemment la cible de discours haineux - impliquant parfois des personnalités politiques et même des fonctionnaires». En outre, il dénonçait «les règles d'enregistrement et de fonctionnement [rendues] plus strictes» en 2022. ### La majorité absolue en ligne de mire Mais le naufrage et la politique migratoire ne sont pas devenus un enjeu électoral pour le scrutin du 25 juin. L'économie et la stabilité du pays restent les préoccupations principales des Grecs. En plus, Kyriakos Mitsotakis n'était pas premier ministre lorsqu'il a eu lieu. Un gouvernement provisoire expédie les affaires courantes depuis les législatives du 21 mai, qui n'ont pas permis de dégager une majorité. **Lire également:** [En Grèce, la «stabilité» de Kyriakos Mitsotakis l'emporte sur la colère portée par Syriza](https://www.letemps.ch/monde/europe/gre…) A la faveur d'un scrutin à la proportionnelle renforcée (donnant une prime jusqu'à 50 sièges au parti en tête), ND, qui peut se targuer de statistiques économiques flatteuses espère voir son score s'accroître. Fort de ses 40,8% des voix aux législatives du 21 mai, le double de Syriza, son concurrent de la gauche mené par l'ex-premier ministre Alexis Tsipras, ND vise la majorité absolue (151 voix) pour former un gouvernement indépendant. Elle caresse même l'espoir d'une majorité des deux tiers permettant de modifier la Constitution. En tout cas, ces élections devraient confirmer la modification du paysage politique, livre le politologue Panos Koliastasis, professeur assistant à l'Université du Péloponnèse. Pour lui, «la ND reste un parti majeur du gouvernement, mais Syriza est désormais un parti de taille moyenne, et le Pasok est une force de taille petite à moyenne». Ce jeudi soir à Athènes, Alexis Tsipras a enjoint les électeurs à donner davantage de voix à Syriza afin que son adversaire «n'ait pas un chèque en blanc lundi». Déjà, des mots inquiètent les ONG. Kyriakos Mitsotakis a assuré disposer du soutien de la majorité de la population pour mener une politique «juste mais stricte» en matière d'asile. A quel prix? **Lire finalement:** [En Grèce, ils ont voté Syriza, envers et contre tout…](https://www.letemps.ch/monde/grece-ont-…)

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