La Grèce dans l'enfer du feu. 41 morts dans les incendies du Péloponnèse

Incendies dans le Péloponnèse

Des incendies de forêt sans précédent plongent le Péloponnèse dans le chaos et l'enfer d'où depuis 24 heures seul le dénombrement macabre des corps retirés parvient en écho aux cris de détresse. Impossible de savoir qui, où, comment, encore moins pourquoi. Cinq ici, dix là, quatre ailleurs, rien n'explique l'ampleur du désastre, le nombre des vies perdues. Une quarantaine de morts ce samedi matin. Et les foyers des feux de forêt s'élevaient à 170 vendredi sur l'ensemble du pays, selon le communiqué officiel.

Dès jeudi, alors que la Grèce entrait pour du bon dans la fièvre de la campagne électorale, avec justement "l'impuissance" du gouvernement à faire face aux incendies de l'été en thème central de l'opposition, les foyers de feux partaient ici et là par dizaines. A défaut de pouvoir parler d'action coordonnée des incendiaires, des fortes présomptions pèsent que les départs de feu étaient délibérés. Jeudi soir, 25 nouveaux foyers étaient signalés après 20h30 alors que d'habitude les feux partent en journée au moment où la température est plus élevée et que les vents plus forts.

Plusieurs incendies se sont déclarés dans la journée de jeudi, dont les plus importants l'un dans le nord de la Grèce vers Kastoria, le feu ayant pris sur le territoire albanais passant ensuite la frontière, brûlant sur son passage 100 hectares de forêt et le second dans le Péloponnèse autour de la route Sparte-Kalamata.

Les pompiers étaient déjà repartis sur d'autres fronts dans la région de Mani, et de Laconie, toujours dans le sud du Péloponnèse.

Le Péloponnèse justement qui allait se transformer en enfer dans les heures suivantes. Le feu dans la région de Sparte a imposé l'évacuation de villages et de colonies de vacances, de même que dans un autre foyer, autour de la ville de Tripoli et sur le mont Parnonas.

La nuit du vendredi au samedi était traversée par le son des sirènes des pompiers auxquelles s'ajoutent désormais celles des ambulanciers

La nuit du vendredi au samedi est traversée par le son des sirènes des
pompiers auxquelles s'ajoutent désormais celles des ambulanciers

Vendredi midi, 6 personnes avaient déjà trouvé la mort dont un couple piégé par les flammes près d'un hôtel à Aéropolis et un pompier. Les vents violents qui soufflent dans la région rendent difficiles la lutte aérienne contre l'incendie alors que nombreuses maisons et des entrepôts d'entreprises étaient détruits par les flammes.

Un autre foyer s'est déclenché en début d'après midi dans la région Xérolakka de Patras (Nord-Ouest du Péloponnèse), où les vents violents empêchaient aussi toute intervention sérieuse des secours.

En même temps, dans le département de Phtiotida (Grèce Centrale), le feu a pris dans le village Perivoli près de Domokos et, prenant rapidement de l'ampleur, a atteint des villages voisins où il a brûlé 5 maisons. Ordre a été donné d'évacuer la population mais certains habitants ont souhaité rester sous leur propre responsabilité.

Dans le Péloponnèse le feu continuait à faire rage. Alors que l''Etat d'urgence était déclaré dans les départements de Messinia et de Lakonia, vendredi après-midi, un porte-parole du service de lutte contre l'incendie dressait un premier bilan de la situation qu'il qualifiait de tragédie avec 129 incendies déclarés depuis la veille dans tout le pays, et que des vents de force 9 rendaient de plus impossible l'intervention des moyens aériens.

Le ministre de l'Intérieur par intérim, Spyros Flogaïtis, à l'issue de la réunion d'urgence de l'Organisme de coordination de la Protection civile, annonçait avoir demandé à l'Union européenne des moyens anti-incendie, et portait le nombre de départ de feu dans le pays à quelques 170 foyers dénombrés. La France annonçait aussitôt envoyer deux avions.

Le plan Perseas, relatif à la mobilisation exceptionnelle des hôpitaux, était déclanché par le ministère de la Santé dans les départements sinistrés.

Les habitants participent aux côtés des pompiers à la lutte contre les feux mais la violence les vents qui soufflent jusqu'à 9 beauforts rend leur tâche difficile et même dangereuse.

Les habitants participent aux côtés des pompiers à la lutte contre
les feux mais la violence les vents qui soufflent jusqu'à 9 beauforts
rend leur tâche difficile et même dangereuse.

Vendredi après-midi, au moment où le premier ministre, Costas Caramanlis, annonçait qu'il allait se rendre dans les régions incendiées du sud du Péloponnèse, le front des feu s'étalait déjà sur de plusieurs kilomètres. Le bilan en vies humaines s'alourdissait avec 7 victimes à Makistos, près de Zaharo qui venaient s'ajouter aux 6 victimes de Aeropolis. L'état d'urgence est étendu au département d'Ileia. Les blessés se comptent par dizaines dans les hôpitaux d'Ileia et d'Achaïe (Patras).

Les leaders politiques en campagne électorale commencent à prendre la mesure de l'ampleur de la catastrophe. Le président du PASOK (parti socialiste), Georges Papandréou a interrompu sa tournée dans le Nord de la Grèce pour se rendre dans la soirée dans les régions sinistrées du Mani et d'Ileia, où l'on annonce que 4 villages entièrement détruits et une soixantaine de personnes attendant d'être évacuées. La communiste (KKE), Aléka Papariga, annoncé également qu'elle annule son programme électoral prévu pour samedi pour se rendre avec une délégation du parti dans les régions sinistrées.

Pour sa part, le président de la République, Carolos Papoulias, publiait un message où il adressait ses condoléances aux familles victimes des incendies à Zacharos et Aéropolis. "Je fais part de ma solidarité aux familles des victimes, de mon admiration à tous ceux qui luttent contre le feu, à tous nos compatriotes qui sont en difficulté. Nous vivons des jours de deuil national qui, espérons-le, ne se renouvellerons pas et il faut mettre tout en oeuvre pour éviter qu'elle ne se renouvellent", déclarait-il. Samedi matin, M. Papoulias s'est rendu dans le département d'Ileia où il a rendu visite aux familles déplorant des victimes.

"Attention danger incendies" continue d'indiquer le panneau au bord de la route pour Artemida où l'on déplore 11 victimes

"Attention danger incendies" continue d'indiquer le panneau au bord de la route
pour Artemida où l'on déplore 11 victimes

Alors que peu d'informations sont disponibles sur les circonstances de mort des victimes, le bilan est particulièrement lourd samedi matin. 37 victimes dénombrées par officiellement auxquelles plusieurs sources en ajoutaient 4 autres. Des nombreux villages pleuraient leurs morts. 12 dans le village de Makistos, 11 à Artemida, 2 à Smerna, 2 à Xirochori, 2 à Vresto, 1 à Skliva, à Chrisochori et à Loggo. 7 corps carbonisés retrouvés au Mani. Près de Megalopolis, 15 villages étaient évacués et les flammes menaçaient la ville même. Plusieurs routes de la région sont fermées à la circulation, dont les routes nationales Sparte-Kalamata et Tripoli-Kalamata. En revanche, la route Pyrgos-Kypariseia, a été rouverte samedi matin.

Samedi matin, l'hôpital même de Krestena était évacué et les malades transférés à Pyrgos.

Ailleurs en Grèce, trois villages étaient évacués en Corinthie, deux autres en Eubée. A cela s'ajoutait un nouvel incendie en périphérie d'Athènes, sur le mont Ymette, près de la ville de Vyronas et un autre en Aitoloakarnanie (Ouest), au niveau de la ville d'Astakos.

La première journée du championnat de la Supergleague de football qui devait démarrer ce samedi après-midi a été reporté, ont annoncé les organisateurs. De son côté, la fédération du football a annulé toutes les activités sportives au niveau professionnel comme au niveau amateur en manifestation de solidarité avec les familles des victimes.

i-GR/ANA-MPA

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