Le désespoir des turco-chypriotes

Pour la première fois depuis vingt ans le leader tuco-chypriote Rauf Denktash perd la confiance de son peuple, estime le quotidien britannique The Guardian, dans un long article de son édition du 25/9. Ses citoyens l'accusent de ruiner leurs espoirs de rejoindre le monde moderne aux côtés des chypriotes grecs à l'occasion de l'adhésion de Chypre à l'Union européenne.

"S'il vous plaît, dites au monde que la République turque du Nord de Chypre est une prison à ciel ouvert"

Le correspondant du Guardian Helena Smith rapporte des propos désespérés de la partie occupée de Chypre. "Dites au monde que la RTCN est une prison à ciel ouvert", implore Ahmet Barcin, président des enseignants du secondaire dans la zone occupée. "C'est une grande zone militarisée et toutes les issues sont verrouillées. Notre seule issue à la liberté, c'est un règlement rapide et pacifique avec les chypriotes-grecs, notre entrée à l'Union européenne et la réintégration au reste du monde".

Découpée du monde et isolée, puisque reconnu par la seule Turquie, la République Turque du Nord de Chypre (RTCN), autoproclamée unilatéralement par Dektash à l'occasion de l'invasion de l'île par l'armée turque, est au bord de la faillite. Les chypriotes de la partie nord de Chypre sont si remontés par l'abandon par Denktash du processus des discussions sous l'égide de l'ONU et de l'arrivée massive des colons turcs qu'ils commencent à faire ce qui jusqu'ici était impensable : se retourner contre leur protecteur, la Turquie, conclue le journaliste de Guardian.

Un système en faillite

Chypre remplissant le mieux les critères d'adhésion de tous les pays candidats, la décision de l'Union Européenne d'admettre Chypre, même si la réunification n'était pas achevée, a ruiné les espoirs de la population turco-chypriote en son gouvernement local.

L'effondrement du système bancaire turque et la dévaluation de la Lire turque ont fait le reste. "Les mesures répressives d'un régime désespéré", continue l'article, "ont tenté de contenir la dissidence et la rébellion croissante". Les demandes de passeport des nord-chypriotes auprès des autorités officielles de Chypre (sud) ont plus que doublé en un an. "Ce n'est pas une démocratie. Comment peut-elle être, quand Ankara intervient tellement dans le fonctionnement de nos affaires ?" s'interroge Mustapha Akinci, "premier-ministre" social-démocrate de la RTCN, jusqu'en mai dernier. "La Turquie décide de tout : des nominations à la caserne des sapeurs-pompiers à celles de la compagnie aérienne. L'armée commande tout ici".

Colons et militaires ont dépassé la population indigène

Guardian affirme que les 35.000 soldats turcs stationnés sur l'île ont été habillés avec des costumes civils pour ne pas donner une image d'île militarisée à la population et ne pas faire fuir les touristes. Mais les nord-chypriotes sont bien au courant de leur présence. Un récent rapport du Parlement européen fait état d'une population de 210.000 personnes qui comparé aux 90.000 habitants indigènes fait ressortir une majorité de miliaires turcs et de colons venus massivement de la Turquie.

Cependant, la voix de l'opposition turco-chypriote qui s'est regroupée autour d'une plate-forme commune "groupe 41" a peu de chances d'être entendue par le "Président" Denktash. "Denktash ne défend pas les turco-chypriotes", lui reproche Mehmet Talat, leader du parti républicain, "il défend les intérêts stratégiques de la Turquie". Denktash ne niait-il pas récemment l'existence d'une "culture [turco-chypriote] à part la consommation de brandy devenue coutume nationale" ?

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