Retour à l'Iliade avec Philippe Brunet

brunet iliade

Il était temps ! A force d'enseigner les deux œuvres d'Homère dans les collèges et le primaire, on a fini par faire des aventures d'Achille et d'Ulysse des contes pour enfant, oubliant toute la poésie de la plus ancienne épopée du monde et tout l'enseignement que les adultes pouvaient tirer de cette œuvre majeure. C'est tout le mérite de Philippe Brunet que de nous proposer une magnifique traduction de l'Iliade qui remet les choses à leur place. Une véritable redécouverte d'Homère, un retour à l'Iliade que nous avions perdue.

Dans la foulée d’une simplification scolaire aride, nous avons également oublié que l'Iliade et l'Odyssée ne sont pas simplement des poèmes, mais aussi des chants ! Homère était un aède autant qu'un poète. Et, pour retrouver cet esprit festif, Philippe Brunet laboure, depuis dix ans, sa version française du texte antique avec sa troupe d'aèdes du théâtre Démodocos. Trois présentations intégrales non stop ! A Paris, à la Sorbonne, au Festival d'Avignon et à Athènes, mais aussi des centaines de représentations de tournées en France et à l'étranger. Puis, pour les privilégiés, dont j'ai la chance de faire partie, des lectures plus insolites, comme celles dans le salon de l'auteur ou lors de cafés homériques du samedi matin dans la minuscule salle à l'étage de Pendadaktylos, un fast-food grec du quartier latin, aujourd'hui disparu. Gyros, ouzo et vers de l'Iliade…

24 chants, 15500 vers… Certes, ce n'est pas de la poésie contemporaine, trois lignes, dix mots sur une grande feuille blanche qui font croire à leurs amateurs d'être des êtres à part. Ici, c'est un fleuve de mots, autant de sentiments et de tournoiements autour de la guerre et de la paix, de l'amitié et de la haine, de la vengeance et du pardon, de l'éphémère et de l'immortel… pour lesquels hommes et dieux donnent le meilleur et le pire d’eux-mêmes, et par lesquels le lecteur fusionne dans le destin commun des mortels.

Le texte, ainsi labouré, est mis à l’épreuve permanente, vingt ans durant, remanié au gré des rencontres et des lectures publiques, et enrichi par les recherches scientifiques de son auteur, professeur à l'Université de Rouen, avant que Philippe Brunet ne cède à l'impatience de ses amis et n'accepte, enfin, d’en donner une copie à l'éditeur.

Le Seuil ne s'est pas trompé. Il nous livre un superbe ouvrage à conserver précieusement dans toute bonne bibliothèque. Des traductions authentiques de l'Iliade sont fort rares, pas même une par siècle. Et, celle-ci est à classer à part. Critiques et experts sont unanimes : en s'attachant à la rythmique du texte, aux fameux hexamètres dactyliques, et en développant l'art de leur scansion, en recherchant non seulement le mot le plus juste en français, mais aussi le mot le plus beau, Philippe Brunet nous immerge dans la poésie de l'Iliade et l'ambiance des aèdes antiques pour nous faire vivre l'affrontement des armées d'Agamemnon et de Priam, les exploits d'Achille, les combats entre les dieux et les luttes entre les hommes, mieux que n'importe quel film en 3D.

i-GR/AE

Notes complémentaires: 

A l'invitation d'iNFO-GRECE, les aèdes de Démodocos feront une lecture/scansion de la nouvelle traduction de l'Iliade à la Maison de la Grèce le mardi 14 décembre à 18h30. Départ symbolique de la tournée nationale de lectures.
Détails sur l'événement ici

L'Iliade d'Homère, trad. de Ph. Brunet, 557 pages, Le Seuil, 24 euros
en vente à la Boutique iNFO-GRECE

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Commentaires

Photo de Anonyme

Bonjour, Un mail d'infoGrèce annonçant l'évènement, indiquait sur ma boite mail qu'une invitation me serait envoyée ce we. Mais rien à l'horizon, ni voiles inclinées, ni haute fumée... Faut-il réserver quelque part, ou débarquer, comme un fruit du hasard ?...

...et le week-end a été un peu plus long que dans les calendriers ; puis, il a fallu quelques sacrifices avant que le vent se lève à nouveau et porte nos e-mails à leurs destinataires...

Photo de Anonyme

Super lectures, super traduction. Merci à Infogrèce, et à Philippe Brunet, grâce à qui je vais pouvoir lire l'Iliade, que je trouvais avant cela, trop opaque, et qui semble cette fois ruisselante de poésie.

Photo de kayl

Mon édition préférée: La traduction d'Eugène Bareste qu'on ne trouvait plus en édition récente.
La traduction d’Eugène Bareste a le mérite de redonner tout le rythme à l'épopée d’Homère.
Bareste s’éloigne un peu du texte (quel poète peut l’éviter ?) au profit de la beauté du verbe. Cette traduction est accompagnée de notes et de commentaires pour que le lecteur ne se perde jamais,

https://www.amazon.fr/dp/1984915851

Photo de Tabuy Christine

Professeur de grec, je souhaiterais découvrir les traductions de Philippe Brunet dont m'a parlé une collègue. Je suis "tombée" sur votre site que j'aimerais découvrir.
Merci.

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