Mal du Départ - Ιδανικός κι ανάξιος εραστής, ποίημα του Νίκου Καββαδία

Last updated mai 11, 2020. Proposé et traduit par efthymiouthomas en mai 17, 2010. Edited by admin. (Log in to edit this page.)

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Année: 
1933

Mal du départ est un poème de Nikos Kavvadias parlant de son amour de la mer et des bateaux et de sa crainte de ne jamais arriver à embarquer.

Ο Νίκος Καββαδίας διαβάζει τo ''Mal du départ''

Mal du départ - Ιδανικός κι ανάξιος εραστής

Κείμενο (αυθεντικό): [ translittérer ]

Θὰ μείνω πάντα ἰδανικὸς κι ἀνάξιος ἐραστὴς
τῶν μακρυσμένων ταξιδιῶν καὶ τῶν γαλάζιων πόντων,
καὶ θὰ πεθάνω μιά βραδιά, σὰν ὅλες τὶς βραδιές,
χωρὶς νὰ σχίσω τὴ θολὴ γραμμὴ τῶν ὁριζόντων.

Γιὰ τὸ Μαδράς, τὴ Σιγγαπούρ, τ' Ἀλγέρι καὶ τὸ Σφὰξ
θ’ἀναχωροῦν σὰν πάντοτε περήφανα τὰ πλοῖα,
κι ἐγώ, σκυφτὸς σ' ἕνα γραφεῖο μὲ χάρτες ναυτικούς,
θὰ κάνω ἀθροίσεις σὲ χοντρὰ λογιστικὰ βιβλία.

Θὰ πάψω πιὰ γιὰ μακρινὰ ταξίδια νὰ μιλῶ·
οἱ φίλοι θὰ νομίζουνε πὼς τὰ 'χω πιὰ ξεχάσει,
κι ἡ μάνα μου, χαρούμενη, θὰ λέει σ' ὅποιον ρωτᾶ:
« Ἦταν μιὰ λόξα νεανική, μὰ τώρα ἔχει περάσει ...»

Μὰ ὃ ἐαυτός μου μιὰ βραδιὰν ἐμπρός μου θὰ ὑψωθεῖ
καὶ λόγο, ὡς ἕνας δικαστὴς στυγνός, θὰ μοῦ ζητήσει,
κι αὐτὸ τὸ ἀνάξιο χέρι μου ποὺ τρέμει θὰ ὁπλιστεῖ,
θὰ σημαδέψει, κι ἄφοβα τὸ φταίστη θὰ χτυπήσει.

Κι ἐγώ, ποὺ τόσο ἐπόθησα μιὰ μέρα νὰ ταφῶ
σὲ κάποια θάλασσα βαθιὰ στὶς μακρινὲς Ἰνδίες,
θά’χω ἕνα θάνατο κοινὸ καὶ θλιβερὸ πολὺ
καὶ μιὰ κηδεία σὰν τῶν πολλῶν ἀνθρώπων τὶς κηδεῖες.

Mal du Départ - Idanikós ki anáxios erastī́s, poíīma tou Níkou Kavvadía

Thá meínō pánta ἰdanikós ki anáxios erastī́s
tṓn makrysménōn taxidiṓn kaí tṓn galáziōn póntōn,
kaí thá pethánō miá vradiá, sán óles tís vradiés,
chōrís ná schísō tī́ tholī́ grammī́ tṓn orizóntōn.

Yiá tó Madrás, tī́ Siṉgapoúr, t' Algéri kaí tó Sfáx
th’anachōroún sán pántote perī́fana tá ploía,
ki egṓ, skyftós s' ἕna grafeío mé chártes naf̱tikoús,
thá kánō athroíseis sé chontrá loyistiká vivlía.

Thá pápsō piá yiá makriná taxídia ná milṓ·
oi fíloi thá nomízoune pṓs tá 'chō piá xechásei,
ki ī mána mou, charoúmenī, thá léei s' ópoion rōtá:
« Ἦtan miá lóxa neanikī́, má tṓra échei perásei ...»

Má ó eaf̱tós mou miá vradián emprós mou thá ypsōtheí
kaí lógo, ōs ἕnas dikastī́s stygnós, thá moú zītī́sei,
ki af̱tó tó anáxio chéri mou poὺ trémei thá oplisteí,
thá sīmadépsei, ki áfova tó ftaístī thá chtypī́sei.

Ki egṓ, poὺ tóso epóthīsa miá méra ná tafṓ
sé kápoia thálassa vathiá stís makrinés Indíes,
thá’chō ἕna thánato koinó kaí thliveró polὺ
kaí miá kīdeía sán tṓn pollṓn anthrṓpōn tís kīdeíes.

Mal du Départ

Texte (traduction) :

Je resterai toujours un amant, imaginaire et indigne,
Des voyages lointains et des mers azurées,
Et je mourrai, un soir, un soir comme tous les soirs
Sans inciser la ligne ouatée des horizons.

Pour Madras, Singapour, l'Algérie et pour Sfax
Fièrement comme toujours partiront les bateaux,
Et moi penché sur un bureau et des cartes nautiques,
Je ferai des totaux, sur d'épais livres comptables.

Je cesserai enfin de parler des voyages lointains
Les amis penseront que je les ai enfi oubliés.
Et ma mère, heureuse, répondra à qui lui demandera :
« Une lubie de jeunesse, qui est passée ... »

Mais un soir mon vrai moi, s'erigera devant moi,
En juge odieux, m'en demandera raison,
Et cette main inapte et qui tremble s'armera;
Visera, et sans crainte, atteindra le fautif.

Et moi, qui tant souhaita un jour être immergé
Dans une mer profonde aux Indes lointaines,
J'aurai une mort banale et très affligeante
Un convoi semblable à celui de tant d'humains.

Présentation

Comptable dans une compagnie de bateaux au Pirée, Nikos Kavvadias entendait incessamment des histoires de marins jusqu’à ce qu’un jour il décide d’embarquer lui-même sur la ligne Alexandrie - Port Saïd – Marseille. Depuis, il n’a cessé de voyager…

Mal du Départ, titre en français dans le texte d’origine, plus connu parmi les Grecs comme « Amant idéal et indigne » à cause notamment des nombreuses interprétations musicales qui l’ont fait connaître auprès d’un large public, exprime ce désir de partir loin, son amour de la mer et du voyage, l’opposition de sa mère, et même les conditions de sa mort sera finalement telle qu’il la décrit dans ces vers « banale, et semblable à celle de tant d’hommes. » Kavvadias avait dédié ces vers à sa soeur Zenia.

Références

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Adaptations musicales

Commentaires

Photo de tsirigo

Merçi, Thomas Efthymiou pour se poème de l'immense Kavvadias.
Un regret qu'il n'existe pas (a ma connaissance) de publication bilingue, Grec-Français de ses poèmes, comme il en existe en Grec-Anglais et édité par Cosmos Publishing.
Une pensée aussi pour la petite maison des Editions Climats (qui n'existe plus) et qui avait fait connaitre Kavvadias en Françe, en publiant "Le quart" ( paru une première fois en 1969 chez Stock sous le titre "En bourlinguant") ainsi qu'un petit livre de nouvelles, "Li" suivi de "De la guerre" et " A mon cheval", voilà maintenant une vingtaine d'années...

Chère ou cher Tsirígo,

Je ne suis, hélas, allé à Cythère que par l'imagination … Quand vous y aborderez, saluez la pour moi, car je crois que je n'aurais pas l'occasion d'y aller.
Nikos Kavvadías est, pour moi, l'un de nos meilleurs poètes du siècle dernier. Je crois qu'il est le seul poète hellène à avoir « poétisé » sur la mer, depuis le navire … L'autre poète grec qui a chanté la mer est le père aveugle de la poésie d'Occident, le vieil Homère, avec Odyssèfs-Ulysse. Tous nos autres nombreux poètes inspirés par elle, me semble-t-il, l'ont toujours été à partir du rivage, de la terre ferme. Leur mer est une inspiration visuelle. Pour Kavvadías, quand on lit ses poèmes, on entend la vague, on respire la saumure, on est plus « du rivage », on est « pélagique » ou hauturier.
Et maintenant, en amitié, mes souvenirs personnels le concernant. En 1947, mon père décida de mener toute la famille en Grèce. À l'époque, c'était une authentique expédition, avec notre grand-mère, cardiaque et boiteuse, les deux derniers qui avaient cinq et deux ans. Une nuit de train de la Gare de Lyon jusqu'à Marseille-Saint-Charles, où arriva le matin, rompus, noircis par la fumée, et des escarbilles dans les yeux. Le navire quitta le port en fin d'après-midi. C'était le Korinthía, dragueur de mines rendu à la « vie civile » maritime. J'avais 13 ans et demi, j'étais boy-scout dans la nombreuse troupe grecque de Paris (une quarantaine d'enfants et d'adolescents) qui datait d'avant guerre. De ce fait, j'avais voulu apprendre à me servir du morse (je n'y suis jamais arrivé). J'allais donc avec un carnet auprès du sans-filiste, pour essayer de capter avec lui tout ce que recevait la radio. C'était un homme petit, au teint olivâtre, coiffé d'un bonnet de laine, avec sur un avant-bras le tatouage bleu d'une gorgone-sirène. Il fumait sans arrêt, de façon écœurante, des Craven A, cigarettes dans un paquet plat rouge sur lequel figurait un chat. C'était Nikos Kavvadías, (natif de Kharbin!) poète grec « du dehors » comme Kaváphis. Et quel poète ! Le voyage dura trois jours et quatre nuits, en classe pont. Le canal de Corinthe que les Italiens et les Allemands avaient dynamité n'était pas encore ouvert. Le Korinthía passa de nuit, inoubliable pour moi, entre le cap Maléas et la Crète, ont déçu des fonds marins ou le capitaine Nemo fit arrêter son sous-marin, le Nautilus, pour rencontrer un nageur grec à qui il remit des fonds pour les combats de l'indépendance (vous avez pu lire 20 000 lieux sous les mers, et Jules Verne était un authentique phihéllène). On entra le lendemain matin dans le Pirée, ruisselant de lumière, mais où on ne pouvait aborder. Le port était plein d'épaves. Les quais détruits. Des barcasses (les fameuses maounès piréotes) venaient chercher les passagers et les bagages. C'est là que j'entendis pour la première fois les blasphèmes christiano-sexuels des débardeurs et portefaix. Ma pauvre grand-mère les morigénait de se servir de ce langage devant les enfants. C'est un langage qu'on apprend et retient vite et bien. Bien sûr, comme dans toute famille, je n'avais jamais entendu mon père ou mon oncle émettre de tels mots !
Bien des années plus tard, quand j'ai lu comme vous « Le quart », j'ai appris que l'auteur était de radio du Korinthía, Nikos Kavvadías …
Un autre livre, absolument remarquable, et a trouver chez les bouquinistes, est : « Hécube échevelée » de Vassílis Loúlis. Petit livre autobiographique décrivant de façon véridique et tragique la vie du marin de commerce grec d'après la guerre, telle qu'il la vit, et telle qu'on la lui fait vivre. Je crois que c'est le livre unique de l'auteur, qui serait mort tuberculeux. C'est un cri. Lisez-le et parlez-nous en.
Je me suis mis à la très difficile et laborieuse traduction-transcription de certains poèmes qui m'ont touché, profondément en réponse à l'assistance de certains amis, alors que je ne parle que le grec traditionnel et n'est jamais fréquenté une école ou un lycée grec en Grèce. Ça me permet de vivre mon bilinguisme, de l'exercer et de l'enrichir. Ce n'est pas facile, et il m'arrive d'avoir de gros regrets en me relisant.
Ce que m'ont écrit Mélpô, Jeannine, et vous m'encourage beaucoup.
Je rêve d'une sorte de « club du livre gréco-français » qui unirait ceux qui restent fidèles à notre langue millénaire, mais encore plus ceux qui viennent après nous. Ceux qui ont et auront de moins en moins de contacts avec la Grèce actuelle, mais ne nieront pas alors filiation, et ainsi feraient connaissance, non seulement d'une Grèce du scandale budgétaire, du sirtaki (pas du toute une « danse traditionnelle »), et de l'exhibitionnisme éthylo-paillard de la jeunesse venue d'Europe, à Mykonos et en Crète : des barbares ... Et pas seulement parce qu'il ne parle pas notre langue !
Bien amicalement,
Thomas Efthymíou

Photo de tsirigo

Cher Thomas Efthymiou,

Je suis très touché par votre "mail", et très ému d'apprendre que vous avez approché Nikos Kavvadias, ce souvenir sur le Korinthia est en effet inoubliable.
Ce voyage me ramène quelques décennies en arrière lorsque avec toute ma famille ( père, mère, oncle, tante, cousins...) nous partions de la gare de Lyon pour un long voyage jusqu'a Brindisi, où nous attendais le Miaoulis avec pour destination Le Pirée. Le grand moment tant attendu étant bien évidemment le passage du canal de Corinthe, moment de grande éxcitation pour l'enfant que j'étais.

Je vais sans tarder tenter de me procurer "Hécube échevelée", et nous en reparlerons.

Mon Grec hélas, n'est pas digne des ambitions de mon père, mais je dois avouer qu'à l'époque je séchais souvent les cours de Grec, le Jeudi a l'Eglise de la rue Laferrière, pour une relation bien platonique avec une petite Grecque...

Vous etes sur ce forum, indispensable pour ces moments de poèsie et d'érudition, hélas trop rare, au milieu de ce qui vire souvent a une foire d'empoigne, et dans laquelle parfois je me laisse entrainer.
Tous ici, nous essayons de dire parfois excessivement, parfois maladroitement, notre amour de la Grèce.
Je penserai a vous en contemplant le Maléas...
Bien amicalement,
Andreas Dimopoulos

Photo de Paul Palsterman

Bonjour,,

Je decouvre votre message au hasard d'un surf, et je viens sans doute trop tard.

Si cela vous interesse, j'ai réalisé une traduction personnelle de Hecube Échevelée, à partir de l'édition grecque réalisée par l'association culturelle de Kymi, en Eubee, d'où était originaire vasilis loulis.