Annan donne une nouvelle… dernière chance à la question chypriote

simitis annan

Le Secrétaire Général des Nations Unies Kofi Annan a rencontré mardi après-midi le Premier ministre grec Costas Simitis, avec qui il s'est entretenu du problème des négociations pour la réunification de Chypre ainsi que de la situation en Irak. M. Annan s'était auparavant rendu à Ankara où il a pu s'informer sur les intentions du gouvernement turc et doit poursuivre son voyage cet après-midi à Chypre dans l'espoir de faire adopter par les parties chypriotes turques et chypriotes grecques, avant la fin du mois, une proposition controversée pour la reforme radicale de l'Etat Chypriote.


M. Annan, se déclarant satisfait de ses entretiens avec le gouvernement turc, a estimé que la Turquie soutient son plan et il a souligné, à Athènes, qu'"aujourd'hui c'est une occasion unique pour faire entrer une Chypre réunifiée dans l'Union Européenne". M. Annan espère toujours qu'un accord est possible avant la fin du mois entre les deux communautés et qu'il pourra organiser un référendum pour son adoption avant le 30 mars. Les deux dernières tentatives du Secrétaire Général à imposer un calendrier serré aux négociateurs des deux côtés, en juin l'année dernière à Chypre, puis en septembre de cette année à Paris, s'étaient soldées par l'échec. A nouveau, M. Annan devrait tendre la carotte d'une entrée dans l'Union Européenne dans le sillage de la République de Chypre aux chyproturcs. Une carotte de taille puisqu'ils en seront les premiers bénéficiaires et qui a fait descendre une très large partie de la population turcophone de la partie occupée dans la rue en décembre et janvier derniers en faveur du plan Annan.

Mais pas plus que la perspective européenne de la Turquie, l'eldorado européen miroité par les chyproturcs, n'ont suffit pour faire fléchir les positions de leurs dirigeants. Le Président de la Turquie Ahmet Necdet Sezer tout en apportant son soutien à la ligne du leader local de la communauté chyproturque Rauf Denktas, a rappelé à M. Annan, lors de son passage à Ankara, que "la solution devrait tenir compte des réalités de l'île [sous-entendu, des rapports de force, ndlr] et en particulier de l'acceptation de l'existence de deux Etats égaux sur l'île". Pour bien moins que cela, pour juste un peu de paix et de sécurité, les chypriotes-grecs on fait d'énormes concessions jusqu'ici en dépit de leurs frustrations nationalistes.

La proposition qui porte la signature de M. Annan a de nouveau peu de chances d'aboutir, la partie chypriote-turque l'ayant jugée irrecevable dès le départ. Le Président actuel Glafkos Clerides a, quand à lui, donné son accord de principe sous condition de quelques réaménagements concernant le retour des réfugiés cypriotes grecs dans leurs foyers se trouvant dans la zone occupée par l'armée turque. Alors que M. Annan se montre impatient d'en finir avec un dossier que l'ONU a été incapable de déblayer en 29 ans, ne réussissant à faire respecter aucune de ses résolutions par la Turquie qui à installé un Etat autoproclamé en République turque de Chypre du Nord dans la partie occupée militairement, Tassos Papadopoulos, le nouveau Président de la République de Chypre, issu des dernières élections en début du mois, a cherché à dédramatiser la situation en cas d'échec des négociations.

La proposition Annan, vise à donner une autonomie administrative à ces zones tout en garantissant à la minorité turco-musulmane de l'île une participation dans l'administration de l'Etat central de ce qui s'apparenterait à une confédération sur le modèle suisse.

Malgré la situation inouïe - dérogeant à tout principe démocratique - où une minorité ethnique se voit garantir l'exercice de la Présidence du pays pour une durée proportionnelle à son poids démographique, les chypriotes grecs ont consenti à signer la proposition Annan pour pouvoir retrouver la paix et la sécurité avec l'éloignement des 35000 militaires turcs qui stationnent au Nord de l'île depuis son invasion en 74 sous prétexte d'un coup d'Etat des colonels grecs en 1974 contre le Président chypriote de l'époque, Makarios. Non moins inattendue est la dérogation aux acquis de l'Union Européenne sur la libre circulation des citoyens des pays-membres, puisque les populations chypriotes, d'origine grecque ou turco-musulmane, ne pourront circuler ou s'installer librement à l'intérieur de leur propre île !

La nouvelle mouture du plan que doit présenter M. Annan, outre quelques aménagements mineurs sur les frontières des deux composantes de la nouvelle "République Unie de Chypre" autorise le maintient des 50.000 colons turcs (sur une population turcophone indigène de 75.000 habitants !) au Nord de l'île, le retour des réfugiés grecs sera limité à 20.000 et ne pourra commencer avant six ans et ils ne pourront jamais détenir au total plus de 25% des terres. Privilège concédé aux plus de 65 ans qui pourront retourner dans leurs villages de deux ans après la signature des accords [ils pourront mourir heureux après, ndlr]. Quant à ceux qui choisiront le retour dans la zone sous administration turque, ils ne pourront exercer leurs droits citoyens qu'aux élections locales ! Bel esprit onusien !

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