Expats

L'emploi des Français en Grèce

Interview de Madame Marie-Christine Glas, Consul Général de France en Grèce
Marie-Christine Glas

iNFO-GRECE : Madame Marie-Christine Glas, en tant que Consul Général de France en Grèce, vous présidez également le Comité Consulaire pour l'Emploi et la Formation Professionnelle. Ce Comité est-ce une initiative de votre Consulat où s'inscrit-il dans la politique institutionnelle de l'Etat français ?

Marie-Christine Glas, Consul de France à Athènes : Dans le cadre de l'appui à la recherche d'emploi des ressortissants français résidant en Grèce, un Comité Consulaire pour l'Emploi et la Formation Professionnelle (CCPEFP) a été créé auprès du Consulat Général de France à Athènes en avril 1995. Ce Comité a pour mission d'apporter des solutions appropriées aux problèmes de formation ou de perfectionnement professionnel que peuvent rencontrer les Français et de les aider à trouver sur place un emploi. Il est doté, depuis septembre 1996, d'un conseiller emploi-formation chargé de centraliser offres et demandes d'emploi.

Une centaine de comités du même type fonctionnent dans le monde. La priorité accordée à l'emploi par les pouvoirs publics français a en effet été étendue aux français de l'étranger. C'est ainsi qu'une Mission Emploi Formation a été créée en 1985 au sein même du Ministère des Affaires Etrangères, à la Direction des Français à l'Etranger. Ce service exerce sa tutelle sur les comités consulaires pour l'emploi et la formation professionnelle et leur affecte des crédits de fonctionnement. Ils sont désormais intégrés dans le réseau public de placement créé en février 1999 et dont la structure opérationnelle à Paris est l'Espace Emploi International (EEI) né de la fusion entre l'ANPE International et l'OMI (Office des Migrations Internationales).

i-GR : Quelle est la composition du Comité et quelles sont ses fonctions ?

M.-Ch. G : Le comité est composé de personnels des services français (Consulat, Poste d'Expansion Economique), des délégués élus au CSFE (Conseil Supérieur des Français de l'Etranger), de représentants des principales associations françaises en Grèce, de conseillers du Commerce Extérieur et d'hommes d'affaires connus qui peuvent apporter un éclairage sur le marché de l'emploi.

La gestion du Service Emploi comprend :
· la prospection des entreprises françaises ou à participation française et des sociétés grecques, en vue de recueillir les offres d'emploi susceptibles d'être proposées à des demandeurs d'emploi français.
· la collecte et l'analyse des offres diffusées dans la presse locale.
· l'accueil des demandeurs d'emploi français.
· la mise en relation des offres et des demandes, soit en présentant aux employeurs les candidatures correspondant à leur recherche, soit en accord avec les employeurs, en signalant aux demandeurs les offres pouvant correspondre à leur profil.
· la centralisation des informations susceptibles de faciliter l'intégration de nos compatriotes (démarches administratives auprès des autorités locales - données économiques et juridiques).
· le suivi des candidatures.

Par ailleurs, le Service Emploi travaille en étroite collaboration avec l'organisme OAED (Agence grecque pour l'Emploi) et, plus particulièrement, les conseillers du réseau EURES (European Employment Service).

i-GR : Quelles ont été les activités du comité emploi depuis sa création?

M.-Ch. G : En matière de formation, en fonction des spécificités locales, le comité a monté quelques opérations très ciblées. D'abord, compte tenu de l'importance de la maîtrise de la langue grecque pour occuper un emploi durable, notre Comité a, durant les années 1999 et 2000, organisé une formation linguistique axée sur la recherche d'emploi. Notre collaboration avec l'Institut Français d'Athènes nous a permis de mettre en place trois groupes de niveaux différents.

Au cours de l'année 2000, notre Comité s'est également mobilisé pour faire connaître les artistes français installés en Grèce afin de favoriser leur accès au marché de l'art grec. Nous avons entrepris la composition d'une plaquette consacrée à ces artistes et avons, avec la collaboration de l'IFA et le soutien de la Mairie d'Athènes, organisé une exposition collective.

Pour cette année, dans un souci de répondre aux besoins de reclassement des demandeurs d'emploi de longue durée, nous avons mis en place un stage "initiation à l'informatique" qui se déroule dans les locaux de l'Institut Français. Un complément de stage est à l'étude.

Enfin, le volet formation professionnelle AFPA (Association pour la Formation Professionnelle des Adultes) a été réactivé au cours de l'année 99 et a permis de renforcer l'action de notre Comité. Cette procédure concerne nos compatriotes qui souhaitent suivre en France une formation (l'AFPA en propose plus de 300) ou un perfectionnement. Cette formation est totalement prise en charge par l'association.

i-GR : Comment accède-t-on aux prestations du Comité Consulaire pour l'Emploi ?

M.-Ch. G : Le Service Emploi s'adresse aux françaises et français:
· résidant en Grèce et qui sont sans emploi ou en situation d'emploi précaire - succession d'emplois temporaires ou en situation de licenciement… (les personnes non immatriculées auprès du Consulat doivent justifier de leur domicile).
· résidant en France et qui effectuent un voyage de prospection d'un emploi en Grèce avec l'intention de s'y établir.

L'accès aux formations locales est exclusivement réservé aux demandeurs d'emploi résidant en Grèce. Les formations AFPA ne sont ouvertes qu'aux personnes
immatriculées auprès du Consulat de France.

i-GR : Quel est le profil des personnes que vous recevez ?

M.-Ch. G : Depuis la création du service, nous recevons en moyenne 400 personnes par année, pour une recherche d'emploi, parmi lesquelles certaines étudient également les possibilités de formation. Les demandes de formation AFPA ne représentent qu'un faible pourcentage, environ 3% des demandes. Les demandes de formations locales sont plus élevées, soit 20%.

Nous recevons principalement des femmes, près de 70%. La majorité des demandeurs d'emploi se situe dans la tranche d'âge des 26-35 ans. Les demandeurs ont en moyenne un niveau d'étude bac + 3. Nous détenons un fichier de demandeurs qualifiés, dotés d'une bonne expérience professionnelle. Souvent soucieux d'intégrer rapidement le marché grec, nos usagers étudient en fait toute proposition d'emploi.

i-GR : Avez-vous envisagé la possibilité de partenariats entre le Comité emploi et des entreprises françaises implantées en Grèce ?

M.-Ch. G : Il n'y a pas de partenariat dans la mesure où les entreprises s'adressent à l'ensemble des organismes de gestion de l'emploi en Grèce. Nous sommes toutefois en contact régulier.

i-GR : Quels sont les secteurs qui recrutent le plus de Français en Grèce ?

M.-Ch. G : Le secteur du tourisme est très favorable aux candidatures de nos compatriotes. L'enseignement est aussi un secteur que les personnes (qui répondent aux exigences de qualification) intègrent aisément.

i-GR : La Grèce occupe-t-elle une place importante parmi les pays où les Français choisissent d'immigrer ?

M.-Ch. G : Environ 2 millions de personnes constituent la communauté des expatriés français dans le monde. Plus de la moitié d'entre elles ont choisi l'Europe occidentale. La Grèce ne représente qu'un faible pourcentage.

Pour ce pays, les services consulaires ont comptabilisé 7649 immatriculés dont 6587 pour la circonscription du Consulat d'Athènes (Attique- Péloponnèse et toutes les îles) et 1062 pour la circonscription de Salonique. La proportion des binationaux est importante, autour de 60%. L'immatriculation n'étant pas obligatoire, le nombre réel de nos ressortissants résidents doit correspondre à peu près au double de ce chiffre.

Nous assistons globalement à un fort renouvellement dans les immatriculés, le mouvement est supérieur à 1000 personnes par année. Les personnes installées de façon quasi-permanente s'élèvent à plus ou moins 10% dont 4 à 5% d'industriels et chefs d'entreprise.

i-GR : Estimez-vous que les liens entre les ressortissants français en Grèce sont étroits ou au contraire s'agit-il d'une communauté dispersée?

M.-Ch. G : 70 à 80% de la communauté française réside en Attique. Des associations très dynamiques s'efforcent à la fois de faciliter son intégration et de maintenir des liens de convivialité et d'entraide entre ses membres. Toutefois, la configuration géographique de la Grèce fait que certaines familles ou certains groupes, notamment dans les îles, n'ont guère de relations avec le reste de la communauté française.

i-GR : S'intègrent-ils facilement dans la société grecque et quelles sont les raisons qui les motivent à s'installer en Grèce ?

M.-Ch. G : La Grèce fait partie de l'Union Européenne, les français y bénéficient comme dans les autres Etats membres de la liberté de circulation et d'établissement. Pour le reste, tout dépend de la faculté d'adaptation de chacun : le problème est le même qu'il s'agisse de la Grèce, de l'Allemagne ou de la Grande-Bretagne… De plus, nos statistiques nous montrent que la motivation est, la plupart du temps, liée à des raisons personnelles.

Propos recueillis par Florent Celhay

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