Ivresse de danse

Nina Dipla : l'esprit du corps

De la gymnastique rythmique à la danse contemporaine
Nina Dipla (Photo i-GR/AE)
Nina Dipla (Photo i-GR/AE)

par Athanassios Evanghelou

Elle est aujourd'hui une chorégraphe et une pédagogue sollicitée aux quatre coins du monde. Couronnée championne de gymnastique rythmique en Grèce à 16 ans, elle quitte aussitôt le pays pour les routes de l'Europe à la « recherche d'une dimension artistique qui viendrait compléter le sportif » à Lyon, à Düsseldorf, à Cannes et dernièrement à Paris où nous l'avons rencontrée entre un voyage en Amérique Latine et un autre en Italie.

Avril 2011 : Nina Dipla présente Une attraction invisible et Kyma (vague, en grec) au profit des victimes du Japon. La douceur des vagues méditerranéennes pour conjurer la violence du tsunami, alors que ses pas frappent avec force le sol dans une danse qui cherche à venir vainement à bout de la gravité. Un tour, deux tours, trois, quatre, on ne compte plus… Comme dans les danses soufi, la répétition du geste fait disparaître le corps pour laisser libre place au mouvement. Mais on n'est encore qu'au début du spectacle.

(Photo i-GR/AE)
(Photo i-GR/AE)

On se retrouvera bien des mois plus tard. Nina rentre du Pérou où elle était invitée à présenter Une attraction Invisible et à animer un stage avec les danseurs locaux. Rendez-vous est pris pour un dimanche après-midi, et, en ce mois de novembre, on laisse la météo décider de l'endroit : s'il pleut, ce sera dans un café du côté de chez moi, dans le centre de Paris ; s'il fait beau, dans ses quartiers. Finalement, l'automne jouant les prolongations estivales nous permet de profiter des derniers rayons de soleil et nous entamons notre conversation au cours d'une promenade au bois de Vincennes.

Je lui rappelle sa performance d'avril que je mets en parallèle avec le rythme frénétique de ses voyages.

N. D. – J'ai commencé à voyager très tôt, avec l'équipe nationale de gymnastique rythmique. Mon premier voyage à l'étranger n'était pas loin de Thessalonique où j'habitais, c'était en Bulgarie. Quand on exige d'avoir un bon niveau dans ce que l'on fait, on cherche les meilleurs professeurs. A l'époque, les pays de l'Est et la Bulgarie en particulier étaient très performants en gymnastique. Les Bulgares figuraient parmi les champions du monde et leurs entraîneurs étaient très réputés.

La jeune Nina Dipla en compétition au Palais des sports à Thessalonique. (Photo DR)
La jeune Nina Dipla en compétition au Palais des sports à Thessalonique. (Photo DR)
i-GR – Vous aviez alors 13 ans. Vos parents, comment ont-ils réagi ? Etaient-ils aussi des sportifs ?

N. D. – Mes parents n'avaient aucun rapport avec l'athlétisme. Mon père était policier, ma mère ingénieur des travaux civils. Mais, ils ont vu que j'avais un peu de talent et ont voulu m'aider à progresser. Vous savez… en Grèce, les parents vous laissent faire ce que vous voulez faire ou ils ne vous laissent pas. Il n'y a pas de solution médiane. J'avais la chance d'être dans le premier cas.

i-GR – Vous arriviez quand même à concilier l'activité sportive avec l'école…

N. D. – Comme dans beaucoup de villes, encore aujourd'hui, dans l'enseignement secondaire, on avait école le matin ou l'après-midi. Moi, c'était le matin. Ainsi je pouvais m'entraîner à volonté l'après-midi.

i-GR – Vos camarades de classe, vos professeurs, comment réagissaient-ils quand ils vous voyaient monter dans le championnat national ?

N. D. – Ah, j'étais la mascotte de la classe ! Comme j'étais plutôt menue et j'avais une petite bouille… J'étais de toute façon une bonne élève, alors championne en plus, vous voyez, j'avais la côte ! Ma classe venait souvent me soutenir au Palais des Sports de Thessalonique et dans d'autres compétitions auxquelles je participais.

Nina Dipla en pleine concentration (photo DR)
Nina Dipla en pleine concentration (photo DR)

i-GR – A 15 ans, vous êtes donc championne de Grèce de gymnastique rythmique. Mais vous ne continuez pas dans cette voie…

N. D. – Si, j'ai participé aux Jeux Balkaniques. Mais, là, la concurrence devenait très sévère avec les Bulgares et les Russes. Même avec un bon entraînement… Puis, quelque chose ne me satisfaisait pas pleinement dans mes projections. J'avais 15 ans et je voyais mon avenir comme entraîneur, toute ma vie dans un Palais des Sports… Ce n'était pas vraiment ce dont je rêvais. J'éprouvais beaucoup de plaisir quand, de temps à autre, des danseurs ou des gens du théâtre venaient  travailler avec nous. Je cherchais déjà quelque chose qui aurait pu apporter une dimension plus artistique au travail de compétition sportive.

I-GR – Et, ce quelque chose ce sera la danse.

N. D. – En tout cas, je sentais que mon avenir était dans la danse, plus que dans le sport. J'ai arrêté le sport en 1984. L'été de cette année-là, j'avais appris que des séminaires de danse se déroulaient à Hydra. J'y suis allée avec ma sœur, mon aînée de cinq ans, pour les suivre.

I-GR – Votre sœur est également une sportive.

N. D. – Elle a fait l'Académie sportive, puis elle s'est spécialisée en ergophysiologie. J'ai également un frère, qui n'a rien à voir avec le sport, il a étudié l'astrophysique aux Etats-Unis, où il est resté.

A Thessalonique, j'ai suivi les cours de la section Danse du Théâtre National de la Grèce du Nord (TNBE). J'étais la plus jeune à y être admise. L'été suivant nous étions allées avec ma sœur à Cannes suivre le stage international de Rosella Hightower, une école réputée de danse classique. Rosella m'a offert une bourse à condition que je m'inscrive dans un lycée pour faire ma seconde. Je me suis donc retrouvée en septembre à Cannes dans un Lycée, section musique-danse sans parler un mot de français.

En Grèce, on ne connaissait que la danse classique, mes connaissances étaient limitées… aux ballets Bolshoi, au néoclassique Nederlands Dans Theater, à Jiri Kylian. L'Ecole de Rosella Hightower a été pour moi une révélation. Parallèlement aux cours de danse classique, il y avait des ouvertures vers le théâtre, la danse contemporaine, la danse jazz, etc.

I-GR – Et pourtant, vous quittez Cannes pour rentrer à Thessalonique.

N. D. – J'ai discuté avec Rosella, je lui ai fait part de mon désir de faire davantage de danse contemporaine. A Thessalonique, j'ai dû m'inscrire dans un Lycée privé pour terminer mes études vu que l'année était déjà entamée ; en parallèle, j'ai été embauchée au TNBE.

Entraînement dans un jardin de Thessalonique (photo DR)
Entraînement dans un jardin de Thessalonique (photo DR)

I-GR – Ce n'est pourtant pas à Thessalonique que vous alliez trouver le meilleur support pour la danse contemporaine.

N. D. – Je voulais avant tout finir le lycée, et le théâtre m'intéressait beaucoup. Si j'étais restée en Grèce, j'aurais peut-être continué dans le théâtre. Des comédiens d'Athènes étaient venus travailler avec nous au TNBE. En 1989, je projetais de passer le concours pour entrer à l'Ecole d'Art dramatique. Finalement, les examens n'ont jamais eu lieu à cause de grèves, ni les cours préparatoires d'ailleurs. Tout le monde était dans les cafés, ce n'était pas pour moi.

I-GR – Et vous repartez… cette fois pour de bon.

N. D. – J'ai pris la carte Interail, qui permettait aux étudiants de voyager par train partout en Europe. Je suis partie via la Yougoslavie, avec deux sacs, sans savoir trop où j'allais. J'étais encore mineure, il me manquait quelques mois pour avoir mes 18 ans ! J'ai fini à Lyon où je connaissais deux danseurs de Béjart, par des amis d'amis. Ces amis étaient en contact avec Dominique Mercy et Malou Airaudo, premiers danseurs de Pina Bausch, qui enseignaient au Folkwang Hochschule à Essen Werden, en Westphalie. Je suis allée voir, sans prendre mes bagages de Lyon. Je me souviens, j'étais arrivée un samedi. A 16 heures, tout était fermé ! Tout le week-end, je n'ai trouvé personne à qui parler. Le lundi, j'ai fini par trouver l'Ecole.

I-GR – Sauf qu'on n'y entre pas comme cela chez Pina Bausch !

N. D. – Pendant deux semaines, j'ai suivi les cours des quatre niveaux. Je n'avais pas passé d'audition tout simplement parce que je ne connaissais rien de l'Ecole, tout juste le nom de Pina de réputation. Après ces deux semaines d'essai, j'ai été admise. En outre, on m'a donné une bourse de 400 DM parce que je n'avais pas de quoi payer l'Ecole.

I-GR – Vous voilà loin de la Grèce…

N. D. – J'ai fêté mes 18 ans en Allemagne. Mon billet Interail avait expiré. Je ne pouvais même pas retourner à Lyon où j'avais laissé mes affaires. Heureusement, on me les a envoyées par la poste. J'ai retrouvé un des amis de Lyon, l'année dernière à Chania où j'animais un stage de danse. Lui, dispensait des cours de yoga !

I-GR – C'étaient des amis grecs ?

N. D. – Oui. C'est important de savoir qu'il y a des Grecs un peu partout dans le monde. On trouve toujours quelqu'un pour vous aider. A Lyon, j'ai été hébergée par des Grecs et en Allemagne, un musicien grec m'a prêté un matelas, dans un coin de son salon, le temps de trouver un studio.

I-GR – Comment était votre vie en Allemagne ?

N. D. – A Essen Werden, il n'y avait rien. Pas de cinéma. Pas de distractions. Le calme plat. Une banlieue de vieux. Cela vous permet de vous concentrer sur ce que vous faites.

1996 au Folkwang Tanz Studio de Pina Bausch à Essen.
Nina Dipla dans "Il volto di Aria" de Raffaella Giordano. (photo DR)

I-GR – Ce qui vous réussit, puisque dès la fin de l'Ecole, vous intégrez la troupe de Pina Bausch avec qui vous allez même danser le Sacre du Printemps.

N. D. – J'ai effectivement intégré son équipe Junior. L'Ecole était très exigeante. Il fallait rechercher la perfection du mouvement, pas l'apparence. Ce qu'on allait faire en une heure dans une autre école, là, on pouvait y passer un an. Mais l'ambiance était très sympathique, les gens très humains. Ce n'étaient pas des machines à danser.

I-GR – Une ambiance qui a compté pour y rester plus de dix ans… En 1996 vous êtes distinguée par le prix Unesco des jeunes chorégraphes.

N. D. – J'y suis restée jusqu'en 2001. Entre temps, j'ai rencontré mon mari, un peintre français, aux Beaux Arts de Bourges. En 1999, j'ai accouché de mon fils et Pina m'a proposé d'être assistant chorégraphe des chorégraphes invités. Moi, je voulais être comédienne, être sur scène, je ne voulais pas seulement regarder les autres de l'extérieur.

"Les Bacchantes" de Theodoros Terzopoulos avec le Dusseldorfer Schauspielhaus (Photo Johanna Weber)
"Les Bacchantes" de Theodoros Terzopoulos avec le Dusseldorfer Schauspielhaus (Photo Johanna Weber)

I-GR – Un vœu exaucé, qui plus est, sur la meilleure des scènes pour une grecque !

N. D. – A cette époque, Théodore Terzopoulos était venu faire une audition pour les Bacchantes (Βάκχες) d'Euripide qu'il montait avec une troupe allemande, dans le cadre de l'Olympiade culturelle. J'ai été choisie pour être le coryphée. Les Bacchantes, après une tournée en Allemagne, nous les avons jouées avec le Dusseldorfer Ensemble au théâtre de l'Epidaure en même temps qu'Œdipe roi avec Tadashi Suzuki. Jouer à Epidaure et être le seul comédien grec de la troupe : une très grande émotion !

I-GR – Cependant, vous allez continuer à évoluer dans la chorégraphie.

N. D. – Le passage à la chorégraphie a été un grand changement. Quand vous êtes dans une troupe, vous exécutez ce que l'on vous demande. En tant que chorégraphe, vous devez penser aux autres et pas seulement à votre travail personnel. Chez Pina Bausch j'étais à la fois assistant-chorégraphe et enseignant dans l'équipe junior. J'aimais beaucoup le contact avec les enfants. Pendant une période j'ai fait de la "creative dance" avec les petits de 4-12 ans. Si j'étais restée en Allemagne, j'aurais beaucoup aimé monter une troupe de danse avec des enfants.

I-GR – Parce que vous quittez désormais l'Allemagne, un peu à contrecœur.

N. D. – Des obligations familiales m'ont contrainte à abandonner tous mes projets en Allemagne où je commençais à faire carrière. Avec ma famille, nous nous sommes installés à Marseille. Il fallait repartir à zéro.

I-GR – Vous aviez pourtant une belle carte de visite.

N. D. – La France apparaissait du coup très bureaucratique. Il fallait passer tous les barrages des secrétaires pour se faire connaître, envoyer son curriculum, etc. J'ai commencé par enseigner. D'abord à Cannes, à l'Ecole régionale d'Art dramatique, puis à Lyon au Centre national de la Danse. Je revenais sur mes premiers pas en France. J'ai aussi enseigné au studio de Michel Kelemenis à Marseille.

2008. "Gravity", création en duo au Festival Traverses CCN Orléans (photo DR)
2008. "Gravity", création en duo au Festival Traverses CCN Orléans (photo DR)

I-GR – Un autre chorégraphe au passé sportif et aux origines grecques, même si elles sont plus lointaines… Vous enchaînez ensuite avec plusieurs collaborations prestigieuses : l'Orestie de Jean-Pierre Vincent à la Cartoucherie, au Théâtre de Chaillot avec Anne Alvaro pour Esprit - Madeleine, etc. En 2008, vous vous installez à Paris, vos stages font le plein. La demande est désormais internationale.

N. D. – Tout se passe de fil en aiguille. Qui a participé à l'un de mes stages, qui a vu une de mes pièces et m'a invité ensuite dans son pays. Je n'ai pas de plan de carrière.

2011. Direction d'un stage de danse à la Ménagerie de Verre à Paris (photo i-GR/AE)
2011. Direction d'un stage de danse à la Ménagerie de Verre à Paris (photo i-GR/AE)

I-GR – En Grèce, vous animez des stages, dont cet été à Leucade et en Crète, mais vous n'avez pas encore montré vos créations.

N. D. – Non, j'ai seulement collaboré en 2006 avec le metteur en scène Maria Giparaki, pour l'opéra Ariadni of Naxos présenté au Festival de Patras. A travers mes cours, j'espère créer un noyau de stagiaires, où les relations ne seraient pas seulement pédagogiques, mais aussi humaines et artistiques. Nous verrons. De toute façon, mes chorégraphies peuvent se jouer aussi bien au Mégaron Mousikis (Palais de la Musique d'Athènes) que sur une plage sans aucun décor.

I-GR – D'autres projets ?

N. D. –  Un nouveau projet d'enseignement avec le Centre national de la Danse au début 2012 et entre les fêtes, j'anime un séminaire au studio de Maria Aggelou à Athènes. Actuellement, formatrice au Centre chorégraphique d'Orléans, dirigé par Joseph Nadj. Avec Joseph, nous sommes aussi allés chez lui à Kanjitza, à la frontière Hongrie-Serbie, un petit village. Nous avons un public vierge, c'est passionnant, ce n'est pas un public de spécialistes, ni de danseurs, ni de critiques. Moi, je veux que tout le monde puisse accéder à mes créations, les ressentir et comprendre ce que je veux transmettre.

I-GR – Malgré cette activité d'enseignement, entre stages et voyages, vous trouvez le temps de créer vos spectacles.

N. D. – Je suis souvent invitée comme chorégraphe dans les écoles. Cela aide à mettre aussi au point mes créations. Pour moi, les deux, chorégraphe et enseignant, sont liés. Mon enseignement, je le conçois avec l'idée que les personnes viennent pour autre chose qu'entretenir leur forme physique. C'est cela qui m'intéresse et qui me motive à voyager et à rencontrer les gens et leurs cultures, à trouver ce qu'il y a d'artistique dans leur motivation pour la danse.

Composition pour l'affiche de la représentation de "Kyma" et d'"Une attraction invisible" au Centre National de la Danse à Pantin(93) en juin 2011 (photo Eric Malot)
Composition pour l'affiche de la représentation de "Kyma" et d'"Une attraction invisible" au Centre National de la Danse à Pantin(93) en juin 2011 (photo Eric Malot)

I-GR – Vos pièces s'appellent Kyma (vague), Une attraction invisible, Fragilité, Stol (chaise, en danois)… A chaque fois, l'athlète que vous avez été met le corps à rude épreuve.

N. D. – Pour moi, c'est une recherche spirituelle, je cherche à aller au-delà de la "physicalité" du corps. Quand le corps est à bout de forces, alors émerge la volonté de faire. Cela a peut-être à voir avec le dépassement de soi, une sorte d'inconscient, quelque chose entre chaos et harmonie. A ce point, on sent que quelque chose se passe, que l'on soit danseur ou spectateur. C'est une nécessité d'aller jusqu'au bout, je ne peux pas l'expliquer avec des paroles.

"Une attraction invisible" au CCN Orléans pendant le festival Traverses 2010 (photo Eric Malot)
"Une attraction invisible" au CCN Orléans pendant le festival Traverses 2010 (photo Eric Malot)

I-GR – Aller jusqu'au bout, mais en partant d'où ?

N. D. – Il m'arrive de partir d'un objet, d'un vêtement, d'un poème, d'une musique… Je le prends chez moi, après, il peut se passer des années avant que je ne décide de faire quelque chose. Je peux être lente dans mon processus, mais il faut que je sente l'urgence pour le faire. Je ne peux pas créer juste pour rester dans l'actualité.

"Une attraction invisible" au CCN Orléans pendant le festival Traverses 2010 (photo Eric Malot)
"Une attraction invisible" au CCN Orléans pendant le festival Traverses 2010 (photo Eric Malot)

I-GR – Précisément, quelles sont vos relations avec l'actualité de la danse contemporaine ?

N. D. – Même quand j'ai le temps, quand je vais voir des pièces, je suis souvent déçue du résultat quand je pense au budget, aux effets, à la publicité qui a précédé. Si on enlève ce conditionnement, que reste-t-il ? Cela ne m'intéresse pas d'être dans le milieu de la danse, peu importe qu'elle soit classique, moderne ou contemporaine. Ce qui m'intéresse, c'est qu'elle soit vraie. Beaucoup de spectacles sont victimes des tendances du moment où il faut absolument utiliser la vidéo, le numérique, etc. En revanche, j'ai souvent vu de très bonnes choses avec de tout petits budgets.

I-GR – Donc, pas de nouvelles technologies dans les prochains spectacles de Nina ?

N. D. – Ce n'est pas du tout exclu, je ne suis pas opposée, mais pour l'instant je m'intéresse à l'aïkido. L'idée de combat m'intéresse. L'utilisation du corps dans l'aïkido et la recherche du centre de gravité pour être en contact avec la terre… C'est comme les arbres : plus ils enfoncent leurs racines dans la terre, plus ils peuvent monter haut.

Juillet 2011. La presse péruvienne couvre largement le passage de Nina Dipla à l'Alliance française de Lima.
Juillet 2011. La presse péruvienne couvre largement le passage de Nina Dipla à l'Alliance française de Lima.

I-GR – Vos racines, à vous, sont-elles encore en Grèce, plus de vingt ans après votre départ ? Comment la Grèce vous inspire-t-elle dans vos créations ?

N. D. – Elle m'inspire inconsciemment. En Allemagne, on me disait que je faisais de la tragédie grecque. Je ne suis pas consciente des influences que mon pays exerce sur moi, mais la Grèce est en moi, elle me suit et je la suis à ma manière. Une de mes pièces s'appelle Ithaque. Elle est inspirée de notre grand poète Kavafy qui disait que c'est le voyage qui est important, pas ce que l'on va y trouver. Cette façon de concevoir le voyage me représente assez bien en quelque sorte. Lors de mon dernier séjour en Amérique Latine, dans les dépliants qui annonçaient mon spectacle à Santiago du Chili, j'étais présentée comme danseur français. J'ai fait corriger en "danseur grec", même si la France payait les frais du voyage. Où que j'aille, je suis grecque.

 

Entretien avec
Athanassios Evanghelou

Photos Eric Malot, Johanna Weber et Athanassios Evanghelou

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