Emeutes à Athènes : le gouvernement pris de panique

Le centre d'Athènes semblait hors contrôle lundi après-midi, au troisième jour consécutif d'émeutes où la colère des jeunes à mis à sac la plupart des grandes villes en Grèce, en réaction à la mort d'un adolescent tué par balle par un policier, alors que le premier ministre, Costas Caramanlis, qui a réuni lundi les ministres de l'Intérieur et de l'Economie et des Finances, n'a trouvé autre à dire que les responsables seront punis, et les pertes matérielles assumées, dans la mesure du possible, par l'Etat.

M. Caramanlis à réitéré, comme il l'avait fait la veille, qu'aucune indulgence ne sera témoignée aux auteurs de ce drame, exprimant en même temps "sa peine profonde" pour le décès du jeune de 15 ans, relevant que l'Etat s'engagera à ce qu'il n'y ait plus jamais une répétition de tels actes et condamnant par ailleurs certains manifestants ayant pris cette occasion pour agir avec violence dans le seul but de tout détruire.

Les partis politiques, les associations de jeunes, les syndicats, ont aussi leur mot à dire et leur rôle à jouer, a ajouté le premier ministre, affirmant que de son côté le gouvernement, comme il se doit, protègera les citoyens, et que ce qui est arrivé à la suite de cet événement tragique ne peut être toléré.

M. Caramanlis a informé avoir demandé à M. Alogoskoufis d'examiner tous les moyens possibles pour des dédommagements, lesquels seront annoncés prochainement, a-t-il précisé.

Le premier ministre devrait se rendre mardi matin à 9h30 auprès du président de la République, Carolos Papoulias, afin de l'informer de la situation. Il s'entretiendra ensuite au cours de rencontres séparées, au Palais Maximou, avec les chefs des partis représentés au Parlement : à 10h30 avec le président du PASOK, Georges Papandreou, à 11h15 avec le secrétaire général du KKE, Aleka Papariga, alors que suivront après la mi-journée les rencontres à 14h30 avec le président du groupe parlementaire de la SYRIZA, Alekos Alavanos, et avec le président du LAOS, Georges Karatzaferis.

Le ministère des Affaires étrangères a informé lundi qu'en raison des troubles dans la capitale, la conférence sur "L'hellénisme de la diaspora" prévue mardi 9 décembre était annulée. Les recherches sur l'hellénisme de la diaspora de Kana Research et de l'Institut des Etudes grecques de l'Université de Harvard devaient y être présentées.

Le ministre de l'Education, Evripidis Stylianidis, a pris la décision lundi de fermer tous les établissements secondaires en Grèce mardi 9 décembre, un geste en hommage au jeune tué par balle samedi soir par un policier, exprimant à cette occasion ses sincères condoléances et ses regrets que cette tragédie blesse profondément la démocratie dans le pays. La vraie raison était, toutefois, d'éviter que la colère les des lycéens ne s'exprime dans les bahuts, mais libérés ainsi de leurs obligations scolaires, ces derniers ont eu tout loisir de se rendre aux centres-villes et gonfler ainsi les troupes des émeutiers.

jeunes manifestants devant la Direction générale de la Police d

Lycéens manifestant pacifiquement devant la Direction générale de la Police à Athènes. Paralysée par la peur de nouveaux incidents, le gouvernement laisse la voie libre aux spécialistes du débordement pour entraîner les jeunes dans la violence et exprimer leur colère dans la casse et les incendies.

Ainsi, dans de nombreuses écoles à Athènes, les scolaires se sont mobilisés en vue des marches de protestation lundi et mardi, bloquant des rues en certaines circonstances, alors que les universitaires et le rectorat ont proclamé trois jours de grève à partir de lundi, et se sont abstenus des cours au Polytechnique, à l'Université d'Athènes et dans les Instituts techniques d'Athènes et du Pirée, les mêmes décisions étant prises à Thessalonique, qui a connu aussi des heures de violence et des dégâts importants à l'Université Aristote.

Les enseignants du secondaire, pour leur part, seront en grève pour 24h mardi.

Au plan politique, le président du groupe parlementaire de la Coalition de la Gauche radicale (SYRIZA), Alekos Alavanos, a déposé une question au Parlement au ministre de l'Intérieur pour lui demander quelles sont les mesures que prendra le gouvernement pour que les forces de police soient plus tolérantes, plus démocratiques et coopérantes avec les citoyens.

Le gouvernement, souligne encore M. Alavanos, "est largement responsable, étant donné que par ses actions et ses négligences, il accentue l'arbitraire des forces de répression et laisse se développer un climat de haine et de provocation".

Or, les forces de l'ordre sont déjà tétanisées par la peur d'un nouvel incident qui rajouterait de l'huile sur le feu et observent impossibles les déferlement de violence.

Pour sa part, le président de l'Association des commerçants d'Athènes, Panos Karelas, a demandé au gouvernement de suspendre toutes les manifestations programmées dans les jours qui suivent, par crainte de violence au constat du manque de volonté politique de tout faire pour éviter des destructions. L'Association recommande aux commerçants de fermer au moment des funérailles du jeune homme par respect pour la famille.

Comme l'expliquait M. Karelas lundi, l'Association - en collaboration avec la municipalité d'Athènes - procède depuis lundi à un inventaire des dégâts causés ces deux derniers jours aux magasins, un premier bilan indiquant d'ores et déjà 130 commerces du centre d'Athènes, 4-5 ayant été complètement incendiés.

Un bilan très lourd

Le bilan seulement des incendies (bâtiments et voitures) est impressionnant, comme l'indique le Centre des pompiers d'Athènes, citant 24 banques, 35 magasins, 22 voitures, 12 appartements, 63 poubelles, 7 stations d'autobus/trolleys, un bureau local de la ND. A Patras, ont été incendiés une banque, une voiture de police, 4 voitures de particuliers, une voiture de la préfecture et le parking de la direction de la police; à Thessalonique, le café de l'Université Aristote, un bureau de la ND, trois chantiers du métro, une moto et un bureau du KEP; à Heraklion, 2 banques; à La Canée une voiture de la préfecture et à Kavala un bureau de la ND et le bureau des passeports du commissariat.

De nouveaux incidents ont eu lieu lundi à 16h, lorsqu'une trentaine de jeunes ont lancé des cocktails Molotov, des pierres, d'autres projectiles contre l'Académie diplomatique du ministère des Affaires étrangères, des magasins et des voitures, à la rue Skoufa à Kolonaki, dans le centre d'Athènes.

Mardi, en début d'après-midi, le médecin légiste M. Lefkidis, après l'autopsie du jeune Alexis Grigoropoulos, a conclu à un assassinat et présenté son rapport en présence d'un conseiller technique de la famille de la victime pour qu'il soit transmis à la Sûreté, puis ensuite au juge d'instruction. Selon ce rapport, la balle de petit calibre a frappé le jeune homme en plein coeur. Elle sera examinée par les experts en balistique de la Police hellénique (ELAS) pour déterminer sa trajectoire, à savoir si cette balle a été tirée directement sur la victime. La réponse devait être connue lundi soir ou au plus tard mardi matin.

Les manifestations continuent

La situation ne devrait guère s'améliorer dans les jours qui viennent, avec l'entrée en lice des centrales syndicales et des partis de l'opposition qui appèlent à descendre dans la rue, alors que l'on craint le pire mardi, jour des obsèques du jeune homme. Une première manifestation a eu lieu, lundi soir, place Omonoia, à l'appel du parti communiste (KKE).

Le président du PASOK, Georges Papandréou, dans des déclarations lundi, a appelé les manifestants à défiler pacifiquement mardi, à protester contre la violence sans avoir recours à la violence, à chaque coin de la Grèce, à allumer une bougie pour Alexis Grigoropoulos et, enfin, à unir leurs forces pour l'espoir, la paix, la justice et l'humanisme.

M. Papandréou a critiqué le gouvernement de ne pas assumer ses responsabilités et de défendre uniquement ses propres intérêts, en oubliant ceux des citoyens.

La Confédération générale des Travailleurs de Grèce (GSEE), en réunion d'urgence lundi, a modifié son programme de mobilisations et appelle à une manifestation mercredi 10 décembre à 11h place Syntagma devant le Parlement.

"Les agressions contre les droits démocratiques, sociaux et du travail exigent une participation massive à la grève générale de mercredi prochain, qui sera la réponse des travailleurs à toute forme de violence, à la politique anti-emplois, aux licenciements et au chômage", indique le communiqué de la GSEE.

A cet appel fait écho l'Union des fonctionnaires (ADEDY), qui donne rendez-vous également place Syntagma à 11h, et parle dans un communiqué "des lourdes responsabilités politiques et à mettre fin de l'arbitraire".

L'ADEDY informe de plus qu'elle soutiendra mardi les mobilisations des enseignants par un arrêt de travail de midi jusqu'à la fin de l'horaire des services administratifs dans les villes où auront lieu ces mobilisations.

Enfin, les Jeunesses communistes répondent présentes à leur tour à la manifestation mardi des associations d'élèves-étudiants qui auront lieu dans toute la Grèce, et à celle du mercredi aux côtés des syndicats.

La Chambre de Commerce et d'Industrie d'Athènes (EBEA) annonce aussi le report des manifestations qu'elle a prévues cette semaine et, en particulier, la remise des prix aux élèves et étudiants, initialement prévue le mercredi 10 décembre.

En raison de la grève des aiguilleurs du ciel mercredi 10 de ce mois, la compagnie aérienne Aegean Airlines a annoncé l'annulation de tous ses vols.

i-GR/ANA-MPA

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