Jean-Pierre Vernant est mort, un grand helléniste disparaît

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Avec le décès de Jean-Pierre Vernant, mardi en banlieue parisienne à l'âge de 93 ans, c'est un autre grand ami et savant éminent de la culture grecque qui disparaît six mois après le décès de Pierre Vidal-Naquet, parti lui le 28 juillet 2006. Les deux Français qui ont le plus transformé notre façon de regarder la Grèce ont eu tout de même le temps de publier l'été dernier un ouvrage commun avant de nous quitter: "Religions, histoires, raisons". Plus qu'au "miracle grec", Vernant s'était intéressé à l'homme grec en introduisant l'anthropologie et les sciences humaines dans un champ d'études dominé jusqu'à là par les littéraires. Les nombreux ouvrages qu'il a publiés font aujourd'hui autorité, mais son silence sera désormais difficile à combler.

Jean-Pierre Vernant est né le 4 janvier 1914 à Provins (Marne-sur-Seine). Après des études secondaires au Lycée Carnot à Paris, il entre à la Sorbonne d'où il sort avec une agrégation de philosophie en 1937. Avec l'invasion allemande, alors professeur à Toulouse, il aura un rôle actif dans la résistance. Le maquisard "colonel Berthier" participera même aux combats et à la libération de Toulouse.

Vernant avait montré un intérêt très tôt pour la politique et s'était engagé aux Jeunesses communistes. Bien qu'atypique, il restera fidèle au parti communiste - même lors du pacte germano-soviétique - et il ne démissionnera qu'en 1970 après des désaccords sur la crise hongroise de 1968.

Sa contribution scientifique sera par contre beaucoup plus singulière et marquante et où l'influence marxiste trouvera une issue beaucoup plus productive. Dès son entrée au CNRS, il s'intéresse à l'anthropologie historique et aux travaux de l'helléniste Louis Gernet. Il publie son premier ouvrage "Aux origines de la pensée grecque" en 1962. Suivra en 1972 "Mythe et tragédie en Grèce antique" en commun avec Pierre Vidal-Naquet. Désormais le "miracle grec" n'a rien de magique mais soit selon Vernat et Vidal-Naquet être compris comme le résultat d'un contexte socio-historique dont la liberté politique, la rationalité philosophique et l'épanouissement de l'art en sont l'expression. D'autres ouvrages comme "L'individu, la mort, l'amour : soi-même et l'autre en Grèce antique" (1989), "L'homme grec" (1993), "Travail et esclavage en Grèce ancienne", "L'Univers, les deiux, les hommes" (1999) ou plus récemment "Pandora, la première femme" vaudront à Jean-Pierre Vernant une renommée internationale largement méritée. Couronnant sa carrière académique par son entrée au Collège de France en 1975, Vernant a pris sa retraite en 1984mais a continué à animer le Centre des recherches comparées sur les sociétés anciennes.

Dans un hommage à l'annonce du décès de Jean-Pierre Vernant, le premier ministre grec Costas Caramanlis salue le "spécialiste éminent [qui] a ouvert avec rigueur et un enthousiasme infatigable de nouvelles routes passionnantes pour une compréhension plus complète de notre histoire antique". "Pour les Grecs, mais aussi pour tous ceux qui considèrent l’héritage de la culture grecque comme [élément] constitutif de leur identité, son oeuvre continuera de servir comme miroir dans lequel nous pouvons voir non seulement le passé, mais aussi les perspectives de notre avenir", souligne M. Caramanlis.

Dans une interview au Figaro (jeudi 11/1), l'académicienne et autre helléniste réputé, Jacqueline de Romilly, revient sur le parcours de celui qu'elle a côtoyé durant toute sa carrière et avec qui elle a partagé le combat pour défendre le statut des études grecques en France. Un homme en qui, Mme de Romilly reconnaît "un grand ambassadeur de l'hellénisme français à l'étranger", un homme "d'une rare générosité" et "une ouverture d'esprit exceptionnelle qui a toujours su aller au-delà de nos différends". Ce sont, en effet, ces différends qui maintiennent vivante la culture grecque antique jusqu'à nos jours et Jean-Pierre Vernant y a apporté sa contribution unique. Merci M. Vernant.

i-GR/AE

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