L'UE pour l'aide directe au Chypro-turcs, mais pas pour le commerce

papadop schussel

Les Conseil des représentants permanents des pays membres de l'UE (COREPER) réuni vendredi à Bruxelles est parvenu à un accord sur les soutiens financiers de l'UE à la communauté chypro-turque. L'accord qui devrait être entériné lundi par les ministres des Affaires étrangères est salué avec satisfaction par Athènes et Nicosie dans la mesure où il repousse à plus tard le règlement du commerce directe avec le Nord sous occupation turque de l'île, tout en octroyant 139 millions d'euros d'aide au développement économique de la communauté chypriote-turque. Chypre salue la perspective de voir le port d'Ammochostos (Famagouste) revivre.


Le principal motif de satisfaction des gouvernements grecs et chypriotes consiste en la déconnexion de la politique européenne du financement de la communauté chypro-turque de la politique relative au commerce en direct avec le Nord de Chypre autoproclamé en République Turque. Athènes et Nicosie craignaient qu'une réglementation européenne sur le commerce en direct avec le Nord n'induise implicitement la reconnaissance diplomatique des autorités chypro-turques issues de l'occupation militaire de l'île en 1974.

L'accord prévoit l'octroi d'une aide de 139 millions d'euros aux chypriotes turcs tandis que relativement au commerce direct la décision est repoussée pour plus tard, décision qui devra être prise selon des conditions réclamées par la partie grec-chypriote. La proposition initiale du COREPER voulait que la réglementation sur le commerce soit établie sur la base de l'article 133 de la convention relative aux pays tiers. Outre le fait que cette approche reconnaissait la communauté chypro-turque comme "un pays tiers", elle permettait de plus de contourner l'obstacle d'un éventuel veto de la République de Chypre ou de la Grèce dans la mesure où une majorité suffit pour l'adoption des décisions.

En revanche, tel qu'adopté vendredi, l'accord prévoit que les décisions sur commerce direct se feront dans le cadre du protocole du 10e accord d'adhésion de la République de Chypre à l'UE où les décisions se prennent à l'unanimité.

En cas d'accord, le commerce direct avec le Nord se fera via le port d'Ammochostos (Famagouste), actuellement en zone occupé mais où l'installation des chyproturcs est en principe interdite par l'ONU ; un organisme de droit privé incluant les deux chambres de commerce de l'île en assumera la responsabilité sous surveillance de la Commission européenne. L'autre condition préalable à l'accord prévoit que la ville de Varosia sera rendue à ses habitants légaux, c'est-à-dire aux Chypriotes-grecs, et qu'il y aura un moratoire sur la vente des propriétés grec-chypriotes dans les territoires occupés.

La partie grecque a marqué incontestablement des points, que le mécontentement des "autorité" chyproturcques ne fait que confirmer. De même le ministre turc des Affaires étrangères, Abdulah Gül a qualifié d'inacceptable l'accord exprimant l'espoir que "cette erreur" sera rapidement corrigée et appelant de ses vœux à "une solution global à l'isolement économique des chypriotes-turcs". Il n'en demeure moins que l'accord n'engage que l'Union européenne et que les entreprise américaines commercent déjà sans entraves avec le Nord de Chypre. "Cela n'est pas illégal, d'après ce que je sache", a déclaré un porte-parole du State Departement, précisant – à qui voudrait croire à sa sincérité - que le gouvernement américain n'est pas responsable des échanges commerciaux [des entreprises américaines] et que de ce fait il n'est pas habilité de répondre à ces questions !

L'aide des 139 millions d'euros accordé vendredi fait comprendre aux chypro-turcs que leur non coopération à la normalisation de la situation à Chypre peut être coûteuse pas seulement en temps mais aussi financièrement (les chypro-turcs ont déjà perdu la moitié de l'aide parce que hors délais), mais elle ne sera pas sans coût politique non plus pour les Chypriotes-grecs. Le financement direct par l'UE de la communauté chypro-turque induit que Bruxelles s'accommode du statu quo actuel sur l'île avec un gouvernement légal qui n'a pas la souveraineté sur l'ensemble du territoire. La gestion sur place des financements directs de l'UE se fera par les autorités officiellement non reconnues et pour lesquelles la sortie de l'isolement économique de la communauté chypriote-turque équivaut à une sortie de l'isolement diplomatique, c'est-à-dire un pas en avant sur le chemin de la reconnaissance de leur pseudo république.

Commentant la décision du COREPER le Président de la Républqiue chypriote, Tassos Papadopoulos, a estimé que c'est un pas très positif notant que c'est la première fois que le devenir de la ville d'Ammochostos devient sujet de discussion à l'Union Européenne. "Nous ne crions pas au thiomphe", a-t-il dit, "mais la décision a plusieurs points positifs", se félicitant que la diplomatie chypriote a réussi à changer le point de vue de plusieurs pays alignés sur les positions de la Grande Bretagne qui insistait depuis deux ans à lier l'aide économique aux Chyproturcs et la réglementation sur le commerce en direct.

A Athènes, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Georgios Koumoutsakos, a qualifié de positive la décision estimant qu'elle "apporte une solution à la question restée en suspens du financement en la séparant de la question relative au commerce avec la communauté turco-chypriote".

M. Koumoutsakos a encore ajouté que "la Grèce soutient fermement le développement économique de la communauté turco-chypriote à la condition sine qua non que les moyens pour aboutir à ce développement économique respectent les décisions et résolutions des Nations unies sur Chypre et contribuent à l'effort de réunification de l'île". "L'évolution survenue aujourd'hui représente une preuve concrète de la position constructive observée par le gouvernement chypriote qui contribue à la matérialisation des conclusions du conseil du 26 avril 2004 pour faciliter la réunification de l'île grâce à son accomplissement économique et l'amélioration des contacts entre les deux communautés de Chypre", souligne encore M. Koumoutsakos.

Parallèlement, il met en exergue la "contribution décisive de la présidence autrichienne pour sortir de l'impasse, sur laquelle avaient oeuvré également les présidences précédentes, dont notamment celle du Luxembourg".

i-GR/ANA

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