Maître Spatharis anime l'ombre de Karagkiozis à Paris

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Le grand animateur du théâtre d'ombres grec, Evgenios Spatharis, fera vivre le fameux personnage de Karagkiozis sur la scène de la Maison des Cultures du monde pour une représentation exceptionnelle, ce soir à Paris. "J'ai choisi l'épisode de l'histoire d'Alexandre le Grand parce qu'elle est la première histoire dans la vie hellénique de Karagkioz. C'est un Alexandre un peu particulier, mythique, imaginaire et naïf, qui porte par exemple une croix", nous explique Monsieur Spatharis dans notre entretien dans un café face… à Notre Dame de Paris. "C'est comme ça que les Grecs ont anoblit ce spectacle vulgaire, hérité des Turcs", nous dit encore celui qui à 81 ans, est le doyen de la 3e génération de Karagkiozopaihtes traditionnels (animateurs de Karagkiozis).

L'histoire de Alexandre le Grand et le serpent maudit, qui sera présentée à Paris, est celle d'un Pacha qui ordonne que celui qui tuera le serpent se verra offrir, outre 100 lires et sa fille Bezyropoula pour épouse, le trône-même du Palais après la mort du Pacha. "Une mission difficile", nous dit Spatharis, "beaucoup de braves y seront perdus, quelques uns seront sauvés par Karagkiozis, un seul parviendra à abattre le serpent, Alexandre, mais il daignera Bezyropoula et le Palais, parce qu'il était comme ça, il préférait partir vers d'autres aventures et des nouvelles conquêtes que s'installer au pouvoir !"

Evgenios Spatharis a hérité l'art de l'animation des ombres de son père, lui même élève de Théodorelas qui était le premier assistant de Mimaros. Un art qui s'apprend surtout sur le terrain et dont les secrets se transmettent de génération en génération. "Mimaros était le créateur du Karagkiozis grec", raconte Evgenios Spatharis expliquant que jusqu'à là -et nous sommes alors aux premières années de l'indépendance grecque gagnée sur l'occupant turcottoman- "le spectacle de Karagkioz était vulgaire où les gros mots fusaient donnant lieu à des rigolades réservées aux seuls hommes."

Mimaros, chantre à l'église de Patras, entreprend vers 1890 d'écrire une histoire grecque pour le personnage de Karagkioz. "Il voulait imposer au monde un personnage respectueux de la religion, un personnage de la lutte animé pour son amour de la liberté". Voilà que le personnage d'Alexandre le Grand christianisé était né aux côtés du traditionnel Karagkioz, qui s'il garde ses traits physiques avec le grand nez et le dos courbé, il gagne beaucoup en finesse de sentiments, en bravoure, en sympathie, pendant que son dessin devient aussi plus fin et ses couleurs plus travaillées. "A partir de là, le Karagkiozis grec est un héros accessible à toute la famille, aux enfants, aux femmes, à tous les Grecs, à qui il parle de la pauvreté, de la misère, de l'oppression, mais aussi du courage, de l'intelligence, de l'héroïsme, bravant les gouvernements de chaque époque". Pas étonnant alors que les plus grands artistes grecs se soient intéressés à Karagkiozis, que ce soit le peintre Tsarouhis ou le compositeur Manos Hatzidakis, devenus au fil du temps amis et collaborateurs d'Evgenios Spatharis. Avec Spatharis, le Karagkiozis n'est pas seulement devenu une référence internationale parmi les spécialistes du théâtre d'ombres, mais a eu aussi les honneurs des scènes comme le Carnegy Hall aux Etats-Unis, puis du Canada, d'Allemagne, d'Italie, des Pays-Bas, de la Russie, et la liste n'est ni exhaustive, ni close…

Animant un stage depuis deux semaines pour des jeunes artistes français, Spatharis a eu le temps de se familiariser avec le climat français. "Il y a toujours un Karagiozis permis nous, en Grèce, comme ailleurs", nous dit Evgenios, songeant à ce que ses stagiaires français pourraient faire du caractère de Karagkiozis. "N'oublions pas", dit-il, "que Karagkiozis a traversé toutes les époques, il s'est adapté sans problèmes, a inventé des nouveaux personnages. En Grèce, il y a presque un caractère par région. On pourrait imaginer la même chose au niveau de l'Europe. Ici aussi il y a des gens pauvres qui pourraient se reconnaître dans Karagkiozis et trouver courage et optimisme pour leurs lendemains. Je voyais ces gens d'Afrique et des anciennes colonies, ils pourraient devenir des personnages d'une histoire".

En tout cas, ce lundi soir à Paris, pour petits et grands, le rire sera garanti avec Karagkiozis et sa famille réunis autour de Meg'Alexandros. Treize ans après son passage à Annecy invité d'Antoine Coquebert de Neuville, alors président-fondateur de l'Associaiton Athéna, puis du Festival international du théâtre d'ombres de Paris en 1980, c'est une occasion à ne pas manquer. Une initiative du réseau d'échanges Culturels Zoé, de l'association de sauvegarde du patrimoine culturel URUK et d'UBLO, organisateur de spectacle de marionnettes et de spectacles de rue à la quelle se sont joints l'Association des Amis de la Grèce et la Communauté Hellénique de Paris.

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