La Trilogie des éléments de Ritsos: Ismène / Phèdre / Ajax

Ismène

Toute l’œuvre de Yannis Ritsos, né en 1909 dans le Péloponnèse, mort à Athènes en 1990, deux fois déporté et emprisonné par les dirigeants de son pays, est imprégnée de son attachement à la"grécité". Il tire sur les racines de cette mémoire historique pour la transporter jusqu’à son époque. Nous poursuivons, à notre tour, le chemin entamé par le poète pour la transporter jusqu’à nous. Aux textes d’origine, viennent se greffer la voix, le corps, la musique et les arts visuels, autant instruments techniques qu’incitants poétiques.

Le refus du pouvoir (Ismène), la question de la pureté (Phèdre), et finalement, la perte totale de l'identité unique (Ajax), sont des arguments tellement problématiques aujourd'hui qu'il nous semble impossible de ne pas tenter un geste. Il ne s'agit naturellement pas d'une forme de réponse, mais plutôt d’une confrontation, d’un appel, d’une manière de nous y frotter, comme l’on tente de produire une flamme en frottant deux silex.

La trilogie a commencé en 2008 avec le spectacle Ismène, création d’une œuvre originale de Georges Aperghis sur un poème homonyme de Yannis Ritsos. Un opéra pour voix seule, une espèce de dialogue intérieur, une performance pour un corps et les éléments naturels. Il s’agit avant tout d’une invitation faite aux spectateurs à voir et entendre, à pénétrer une installation visuelle se tissant à un travail vocal d’une nudité absolue, dans un grand mouvement associant ouverture à concentration extrême.

La Phèdre de Yannis Ritsos est une femme accomplie. Elle est touchée par un amour soudain, sans préavis, amour qui changera sa vie de façon définitive. Malgré la différence d’âge,
inconcevable quand il lie une femme à ce stade de la vie à un homme qui pourrait être son fils, Hippolyte, et malgré le lien presque filial qui les unit, cet amour pourrait être beau, pur, juvénile. La réponse est brutale. Cette passion est coupable, impure, sale. Dans la bouche d’Hippolyte, les femmes sont en elles-mêmes coupables d’impureté, bien avant d’avoir commis le moindre crime.

Yannis Ritsos commence l’histoire d’Ajax au sortir de sa rage et de son aveuglement, au moment où il reprend peu à peu ses esprits. Après Sophocle, après Ovide, le poète lui donne la parole pour le conduire à sa propre vérité et l’amener à son tour à parler. La pensée, la construction d’une prise de conscience et d’un positionnement par rapport au monde, l’apprentissage de la parole, se fondent dans un monologue de toute beauté au bout duquel Ajax trouvera dans les mots de nouvelles armes et une nouvelle forme d’héroïsme.

(D'après les notes d'intention de Marianne Pousseur et Enrico Bagnoli.)

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Phèdre

"La Phèdre de Ritsos est une femme accomplie. Elle est touchée par un amour soudain, qui changera sa vie de façon définitive. Au moment où nous la rencontrons dans le texte, c’est une femme altérée par la passion, le désir."

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