C'est dimanche et Panayiota Makri, 72 ans, s'affaire dans la cuisine de son petit appartement du quartier désormais défavorisé de Kato Patissia, à très forte concentration immigrée. Elle prépare le "kokkinisto", sorte de bourguignon, pour son fils professeur de physique dans un lycée professionnel et le poisson "plaki" au four pour sa fille enseignante d'anglais.
"Je me suis privée de tout, toute ma vie, pour qu'ils puissent faire des études, qu'ils deviennent instruits et libres. Pour quel résultat ? Ni l'un ni l'autre ne peut subvenir à sa famille. Mais ce n'est pas leur faute, n'écrivez pas que c'est leur faute", nous dit-elle, effrayée qu'on puisse penser une telle chose de ses enfants. "Etudier des années et gagner ce que je gagnais, moi, en tant que femme de ménage, si ce n'est pas malheureux !" Panayiota s'emporte et se tourne. Elle ne veut pas qu'on la voie pleurer et surtout pas sa petite-fille qui porte, comme le veut la tradition, le même nom qu'elle.
Panayiota junior adore le fromage, un luxe que sa mère ne peut lui offrir avec ses 890 euros de salaire. Alors c'est la grand-mère qui le lui achète, "comme l'huile d'olive, la viande, le poisson, comme...