Vive la République Populaire de Grèce

On a tendance à oublier que derrière l’euphémisme du politiquement correct – qui ne saurait voir ses extrêmes -  que derrière, donc, la gauche radicale il y a bien ce qu’il était convenu d’appeler, il n’y a pas si longtemps encore, l’extrême-gauche : ce terme qui désigne ce qui est à gauche des habituels partis communistes. La gauche radicale grecque – aujourd’hui au pouvoir en Grèce – est bien le représentant de ce qu’on peut appeler l’extrême-gauche grecque, dut-elle élargir sa base pour conquérir le pouvoir. Une gauche qui s’est bâtie sur les positions anti-OTAN et anti-UE et qui n’a jamais renoncé au rêve du grand soir de la révolution. Un rêve pareil ne se négocie pas et le gouvernement d'Alexis Tsipras est en train de nous en administrer la preuve aux frais de ceux qui croyaient amadouer le Syriza avec des paroles bienveillantes.

Il est de bon ton de se taire et d’afficher une « unité nationale » lorsque l'équipe gouvernementale joue sur la scène internationale. Mais le soutien populaire dont bénéficie le gouvernement grec en ce moment est à tel point indéniable  (75% de Grecs soutiennent sa ligne selon un récent sondage) que ce n’est pas une petite voix discordante qui généra en quoi que ce soit son action. Et cette voix veut se faire entendre car, pour la première fois, elle a honte d’être grecque. Elle a honte de voir son pays quémander encore une fois de l’aide internationale ; elle a honte de voir son gouvernement dire sur la table des Grands « notre peuple souffre », « notre peuple a faim », « rendez-nous notre dignité ». Non, Monsieur Tsipras, la dignité ne se donne pas, ni elle ne s’achète. La dignité on l’a ou on ne l’a pas !

La dignité ce n’est pas de présenter les Grecs comme s’ils souffraient pire que les Africains. Dans ce continent, il y a des gens qui ont vraiment faim et des bébés qui meurent de faim et de maladie par milliers. Dans ce continent les gens ne se suicident pas parce qu’ils peinent à rembourser les crédits de leur résidence secondaire, ils meurent parce qu’ils n’ont pas assez à manger. Ils ne sont pas moins dignes que nos compatriotes.

La dignité, M. Tsipras, ce n’est pas l’arrogance de votre ministre de l’Economie Varoufakis, les mains dans les poches et accoudé au pupitre,  prenant de haut ses homologues comme s’ils étaient des pauvres connards et qu’il était, lui, seul à connaître la vérité et avoir la science infuse. La dignité n’est pas de tonner « nous voulons sauver la Grèce et changer l’Europe » en même temps qu’on mendie (ou qu'on exige) l’aide de l’Europe. Sauvez déjà la Grèce, on verra pour l’Europe ensuite.

L’Europe ne vous attend pas pour la sauver et elle ne vous demande qu’à vous occuper de vos affaires. Malheureusement pour vous, d’autres indignés ont sauvé leur dignité (et non pas retrouvée, puisque jamais perdue) et pèsent aujourd’hui sur la balance : les Portugais remboursent désormais en avance l’argent qu’on leur a prêté, les Irlandais aussi. Aux Grecs vous avez réussi à induire l'idée qu’ils étaient incapables de rembourser. Pire, vous leur avez fait croire qu’ils n’auraient pas à rembourser. Quelle personne endettée ne voudrait pas croire de si belles paroles ?

Et quelle personne serait aussi culottée que vous pour dire je rembourse la banque à condition qu'on me change le guichetier (la troïka), tout en demandant un nouveau prêt et tant qu’à faire gratuit ! Quelle classe, quelle dignité !

Depuis quinze jours, le banquier Eurogroupe vous demande vos comptes, vos prévisionnels, mais vous vous contentez de philosopher sur les maux de l’Europe et de la Grèce.  Si encore c’étaient des philosophies… mais ça ressemble plutôt aux bavardages déjà entendus dans les cafeterias d’Exarchia.

Je doute fort, Monsieur Tsipras, que vous voulez sauvez la Grèce. Cela ne s’accorderait pas avec votre idéologie. Sauver la Grèce signifie restaurer les finances de l’Etat grec, et, là, ni l’argent des riches, ni les impôts et ni ce que vous récupérerez de l’évasion fiscale ne vous suffiront. Les autres avant vous, s’y se sont déjà essayé et s’ils y sont parvenus à voir une lueur au bout du tunnel c’est parce que, à ces recettes, ils y ont ajouté les coupes dans les dépenses de l’Etat. Vous, vous bouchez le tunnel pour que personne ne voie le bout.

Je doute fort aussi que vous voulez un quelconque accord avec l’Europe. Vous n’avez aucun intérêt. Quel qu’il soit l’accord, il sera assorti – vous le savez bien – d’un contrôle extérieur ; vous ne pourrez plus être seul maître du pays. Profitez en plutôt du soutien populaire – tant qu’il vous est acquis - et rompez les amarres à l’UE, sortez de l’Euro. Établissez la République populaire de Grèce. Plus de troïka, plus de Merkel. Vous passerez dans l’Histoire à jamais : un Castro, un Chavez, le nouveau Lénine en pleine Europe ! Réfléchissez-y !

Mais je suis sûr que vous n’avez pas attendu ma petite voix pour que vous y pensiez. D’ailleurs, n’avez-vous pas déjà mis en route votre plan de la république populaire ? N’est-ce pas votre présidente du Parlement qui a annoncé le jour de son investiture que désormais les organisations syndicales seraient associées au travail parlementaire ? N’avez-vous pas entrepris la rééducation du peuple en annonçant que tous les livres scolaires seraient réécrits ? N’avez-vous pas déjà rompu la continuité de l’Etat en considérant que la signature des précédents gouvernements dans les accords internationaux n’engageait pas le vôtre ? N’a-t-on pas entendu vos ministres dire que « Syriza n’acceptera jamais » ceci ou cela, au lieu de « le gouvernement n’acceptera… »

Et ne vous considérez-vous pas être le seul et premier gouvernement grec détenteur du mandat du peuple ? Comme si les gouvernements qui vous ont précédé n'avaient pas été désignés par le processus électoral ; comme si les gouvernements des autres pays européens n'avaient pas été démocratiquement élus, ils doivent se plier devant la volonté du seul peuple grec et accéder aux caprices des maîtres de Syriza. C'est bien ça une révolution : le présent marque la rupture en déclarant illégitime le passé.

Quoi de plus normal pour l’extrême-gauche que le parti se confonde avec le gouvernement et l’Etat ? N’est-ce pas, encore, le parlement du parti (pardon, les instances) qui va décider sur la personne qui sera le Président de la République ? Les parlementaires sont convoqués pour se prononcer ce mercredi après-midi sur un nom qu’ils ne découvriront que mardi soir !

Votre sens de la démocratie est peut-être digne d’une république soviétique, mais ne mérite pas de se réclamer de l’héritage hellénique.

On doit cependant vous reconnaître un certain talent pour le casting du premier cercle des présidentiables : un quasi saint (l’évêque d’Albanie Anastassios), un arriviste de droite mais excellent communiquant (Avramopoulos, ok, j’admets le pléonasme), une grande écrivaine (Karystiani), l’héritière d’une de ces grandes familles politiques que vous avez honni (Bakoyannis), un ancien premier ministre (Karamanlis, celui que vous avez considéré comme le premier responsable de la crise grecque). C’est-à-dire n’importe quoi ou plutôt un laborieux calcul de micropoliticien : si je présente celui-ci qu’est-ce que je gagne en image ; mais si c’est celui-là, je récupère un siège à la Commission européenne (un commissaire couleur gauche radicale, ça a de la gueule) ; tandis qu’avec l’autre, je neutralise l’opposition. Casse-tête insoluble, mais la dignité de la fonction présidentielle, elle, s’est désormais dissoute dans la fumée blanche qui doit sortir de la cheminée Syriza. Certes, la présidence de la République est une fonction honorifique en Grèce, mais tant qu’à jouer la comédie à ce point, autant tirer au sort parmi les millions de citoyens. L’heureux élu arrivera bien à porter les chrysanthèmes.

M. Tsipras je vous souhaite bonne chance. Certes, on peut se rassurer, à l’ « âge facebook » comme on dit, il y a peu de chances que vous nous serviriez une république bolchevique, nous devons plutôt nous attendre à un communisme à la russe ou à la chinoise, vous avez le choix : dans les deux cas, vous n’aurez besoin que de quelques amis pour tenir le rôle des oligarques fidèles qui dirigeront l'économie nationale. Moi, je garde ma honte d’être le Grec de la pitoyable image que vous nous tendez, et je vous laisse la dignité de la bravoure  que vous  imaginez représenter. Seulement, je crains que derrière le sauveur du monde qui anime votre ambition, il n’y ait que le masque jauni d’un Hodja albanais. Et j’ai peur que mon pays ne devienne sous votre houlette cette Albanie d’antan.  Mais le pire c’est que je crains que, vous-même, vous ne sachiez pas bien ce que vous voulez ni même où vous allez.

i-GR/AE

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Commentaires

Alors Si vous soutenez la dictature de la Finance vous n'êtes pas qualifié pour donner des leçons de démocratie, le peuple grec qui résiste à cette dictature Criminelle de la finance est qualifié, Savez-vous que l'anticommunisme primaire rend Bête & Méchant ? :)

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