Grèce, le pauvre de l’Europe numérique

Les technologies de l’information et de la communication ont été progressivement mises à la portée du grand public au cours des dix dernières années, tant en termes d’accessibilité qu’en termes de coût. Néanmoins, selon la dernière étude d’Eurostat, l’office des statistiques de l’Union européenne, un fossé subsiste entre les utilisateurs et les non-utilisateurs, une «fracture numérique» due à la fois au manque d’infrastructure ou d’accès, l’absence d’incitations à l’utilisation des TIC et l’insuffisance des connaissances et compétences informatiques requise. Une réalité particulièrement criante dans le cas de la Grèce, très loin de la moyenne des 25.


Selon l’étude,

• La fracture numérique est avant tout une question d’âge et de niveau d’instruction, la différence entre les hommes et les femmes ne jouant ici qu’un rôle mineur. Le pourcentage d’utilisateurs d’ordinateurs ou d’Internet parmi les personnes âgées de 16 à 24 ans est trois fois supérieur à celui relevé parmi les personnes âgées de 55 à 74 ans. Un écart du même ordre est observé lors de la comparaison entre les personnes ayant un niveau élevé d’instruction et les personnes peu instruites.
• En fondant la comparaison sur le degré d’urbanisation de la zone où vit l’individu concerné, on constate que le taux de pénétration des ordinateurs et de l’Internet reste moindre dans les zones rurales et faiblement peuplées de l’UE.
• La présence d’enfants dans le ménage est un facteur déterminant pour ce qui concerne l’accès aux TIC: la proportion de ménages possédant un ordinateur personnel à domicile est, en effet, plus élevée de 50% parmi ceux qui ont des enfants que parmi ceux qui n’en ont pas. Il en va de même pour la connexion Internet et le haut débit à domicile.
• Bien que les taux d’utilisation des TIC soient en progression dans toutes les catégories de la société, le fossé ne se comble pas.
• Les petites entreprises tendent à rattraper les grandes en termes d’accès Internet, mais le phénomène s’explique essentiellement par un taux de pénétration proche de la saturation parmi ces dernières.

Parmi les autres conclusions de l’étude on note que, en moyenne, 55% des citoyens âgés de 16 à 74 ans utilisent un ordinateur, 47% environ consultent Internet et que 17% d’entre eux achètent des biens ou des services en ligne. Le fossé entre les hommes et les femmes semble peu significatif. Leurs taux respectifs d’utilisation de l’ordinateur et d’Internet sont même pratiquement identiques en Irlande, en Finlande et dans les pays baltes. L’âge joue un
rôle déterminant, puisque 75% des personnes de moins de 24 ans utilisent Internet contre 11% seulement des personnes âgées de 64 à 74 ans. La répartition des utilisateurs selon leur situation en matière d’emploi permet d’établir que ce sont les étudiants qui affichent les taux les plus élevés, et les retraités les taux les plus bas. Tout en se situant largement en deçà des chiffres relevés parmi les personnes occupant un emploi, les taux d’utilisation des TIC par les chômeurs sont à peine inférieurs à la moyenne générale. L’usage de l’ordinateur et d’Internet est respectivement 2,5 et 3 fois plus répandu parmi les personnes de l’UE ayant suivi des études supérieures (à savoir des personnes ayant achevé des études de niveau universitaire) que parmi les citoyens ayant un faible niveau d’études (à savoir ceux qui ont accompli, au mieux, des études de niveau secondaire inférieur).

Comparativement à la moyenne européenne (54%), la Grèce fait figure de parent pauvre, avec seulement 29% des foyers à posséder un ordinateur, plus près de la situation de la Bulgarie (15%) et de la Turquie (10%). Certes, des différences considérables sont observées d’un pays à l’autre: alors que plus de deux ménages sur trois possèdent un ordinateur personnel et que plus de la moitié sont connectés à Internet au Danemark, en Allemagne, au Luxembourg, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, en Islande et en Norvège, ils sont moins d’un sur trois en ce qui concerne le PC et moins d’un sur six en ce qui concerne l’Internet en Lettonie, en Lituanie, en Hongrie, en Bulgarie, en Roumanie et en Turquie - les trois derniers, tous pays candidats, affichant, tant pour les PC que pour Internet à domicile, des taux de pénétration inférieurs au pourcentage le plus faible relevé parmi les États membres.

Pour 43% des ménages en moyenne européenne à disposer d’une connexion Internet à domicile, la Grèce est le seul Etat de l’Union européenne à présenter un taux inférieur à 25%, les Grecs n’étant que 17% à se brancher sur le réseau, au même niveau que la République Tchèque (19%) ; le moins connectés étant encore une fois les Bulgares (10%), les Turcs (7%) et les Roumains (6%), tandis qu’à l’opposé on trouve les pays nordiques (80% en Suède et en Islande). Quant à l’accès haut débit, seul 1% des Grecs en bénéficie contre 15% de moyenne dans l’Europe des 25. Enfin, lorsque 17% des utilisateurs utilisent les services du commerce électronique, on ne trouve qu’un Grec sur 100 à pousser le caddie électronique.

Seules les entreprises sont bien représentées sur le tableau européen avec 87% d’entreprises (Chypre 82%) ayant un accès à Internet contre 89% de moyenne européenne, tandis que le taux le plus faible est rencontré en Roumanie (52%). Toutefois seules 14% (même niveau à Chypre) utilisent cet accès pour des achats en ligne, contre 27% de moyenne européenne et loin du taux affiché par les entreprises du Royaume-Uni et d’Allemagne (près d’une sur deux).

Le mode de vie méditerranéen qu’on a souvent évoquer pour justifier l’état des choses ne semble pas jouer ici, puisque tant les frères Chypriotes (47% d’ordinateur à domicile dont 53% connectés à Internet), que les autres pays (Espagne, Italie) sont très proches de la moyenne européenne. Seule la fracture zones urbaines/zones rurales est commune aux pays méditerranéens puisque supérieure à la moyenne européenne (13 points). C’est qu’il faudrait peut-être chercher la solution sur les initiatives inexistantes ou malheureuses des pouvoirs publics pour sensibiliser le grand public, et ce malgré les incitations budgétaires des programmes européens.

i-GR

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