L'ostracisme est de retour, le syndicat des éditeurs athéniens vire l'édition britannique de la Fête du Livre.

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L'association des éditeurs et libraires d'Athènes, organisateur de la Salon/Fête du Livre, qui doit se tenir au Pedion tou Areos (Champs de Mars, Athènes) du 9 au 25 mai prochain, a procédé à la décision inouïe d'annuler la participation britannique qui devait être l'invité d'honneur de la Fête. Motif: la participation de la Grande Bretagne aux opérations de la Coalition en Irak. Une décision très politique qui ne fait pas honneur à la liberté d'expression et encore moins à la Culture hellène.


"La participation [de la Grande Bretagne] à l'invasion illégale des Etats-Unis en Irak avec les conséquences catastrophiques sur la souveraineté du pays, sur les vies humaines et sur la riche civilisation de la région, renverse cette coopération et redéfinit le caractère du Salon", annonce le communiqué du Syndicat des éditeurs et libraires d'Athènes (SEBA) qui décide en parallèle de dédier la Fête du Livre à la paix avec l'organisation d'une exposition de livres anti-guerre et de plusieurs conférences et projections de films.

Dans le courrier adressé au British Council (organisme culturel britannique, http://www.britishcouncil.gr/), le SEBA note que les événements en Irak "ont révolté les citoyens grecs qui ont fait des grandes luttes pour leur indépendance nationale en Grèce et dans la toujours sous occupation étrangère Chypre". Le SEBA n'assume pas toutefois son discours et se réfugie derrière "les problèmes sérieux de sécurité qui pourraient se présenter" pour annoncer qu'il ne désire pas la participation de la Grande Bretagne comme pays d'honneur à la 26e Fête du Livre d'Athènes. "Nous envoyons un message d'amitié et de solidarité aux auteurs et éditeurs de la Grande Bretagne qui unissent leurs voix avec nous contre l'invasion, nous espérons et nous souhaitons que dans le futur nos coopérations se déroulent dans un climat de paix et de d'humanité et non de guerre", conclue la lettre.

Une décision honteuse qui souille les lettres grecques, et stigmatise ses responsables associatifs et ceux gouvernementaux qui participent au financent l'opération.

En quoi le British Council, qui a fait tant pour diffuser le meilleur de la culture anglo-saxonne en Grèce et qui souvent participe à la promotion de la culture grecque en Grande Bretagne, est-il responsable des choix politiques de son gouvernement ?

Les responsables grecs ont-ils oublié que la littérature britannique a été le fondement du parlementarisme moderne, précurseur des Lumières et de la démocratie occidentale ? et de la plus libérale formulation du concept de liberté d'expression ? Est-ce ainsi qu'on lui rend hommage aujourd'hui ?

De quoi les auteurs et éditeurs anglais sont-ils fautifs pour se voir interdire de la sorte l'accès au Salon du Livre, une des plus importantes manifestations en Grèce ?

De quel droit le syndicat grec se permet-ils de parler au nom de, ou du moins d'évoquer, l'opinion publique des Grecs pour justifier ses choix ?

A quoi doit-on penser quand ce syndicat adresse ses salutations aux seuls "auteurs et éditeurs britanniques qui unissent leurs voix aux nôtres", si ce n'est de la censure et du rejet de ceux qui ne parlent pas d'une seule et même voix ?

Vont-ils sur la même logique exclure du Salon tous les auteurs, grecs ou étrangers, qui n'ont pas fait partie du front anti-guerre ou même qui ont pris position pour l'intervention américaine en Irak, ainsi que leurs éditeurs ?

Que pense le Ministère de la Culture qui depuis l'année dernière a pris la manifestation sous son égide ?

iNFO-GRECE qui, avec son portail et sa Boutique, oeuvre de façon indépendante à la diffusion de la culture grecque et du livre grec à l'étranger, ne peut qu'être extrêmement sensible à ce genre de fanatismes et d'exclusions. En aucune manière nous ne pourrions accepter que quiconque nous exclue d'une manifestation pour la seule raison que la politique du gouvernement grec lui déplairait. Et ce que nous ne sommes pas prêts d'accepter pour nous, nous ne voulons voir les autres le subir.

La décision du syndicat grec est très grave. Quelles qu'en soient les réponses à ces questions, il restera que la Culture, version syndicalistes athéniens de l'édition, au lieu d'éclairer le Politique, le prend en otage. A moins, qu'elle ne soit, elle-même, otage de certaines considérations politiques. Il y a bien longtemps, nos illustres ancêtres avaient inventé la politique ; ils avaient aussi inventé l'ostracisme. En affichant leur penchant pour la pratique du deuxième, nos contemporains prennent le risque de se trouver aux côtés des pages de l'histoire écrites par certains ayatollahs et autres commissaires du bien du peuple, plutôt qu'en compagnie des meilleures figures de l'esprit grec. Mais il est toujours temps de reconnaître ses erreurs. Auront-ils le courage ?

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