Papandreou - De Villepin : à la recherche d'un modèle pour résoudre les crises.

Le ministre grec des Affaires étrangères Georges Papandreou, de retour des Etats-Unis et avant de repartir pour le Caire, et son homologue français Dominique de Villepin ont appelé, cet après-midi à Paris, les pays européens à l'ordre communautaire, alors que les divisions entre pays-membres de l'UE apparaissent plus marquées que jamais à l'approche d'échéances cruciales dans la résolution de la crise avec l'Irak. Point de presse de D. de Villepin et interview avec G. Papandreou.

Dans le point de presse commun, les deux ministres ont exposé leur points de vue sur la situation en Irak insistant sur la nécessité de poursuite du travail des inspecteurs des Nations Unies.

L'engagement de dernière minute de l'Irak de procéder à la destruction de leurs missiles Al-Samoud tombait à pic pour le ministre des Affaires étrangères de la France. "C'est un signe important [qui] montre que les inspecteurs peuvent travailler", a dit M. de Villepin tout en précisant que "toutes les autres options restent possibles, y compris le recours à la force".

Toutefois, M. de Villepin a soutenu avec vigueur que pour l'heure il n'y a pas besoin d'une deuxième résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unies donnant le feu vert à une intervention militaire en Irak comme le demandent les Etats-Unis soutenus notamment par l'Espagne et la Grande-Bretagne. "Une deuxième résolution est prématurée. Il n'y a pas de raison aujourd'hui d'abandonner le choix pacifique, qui est celui de la France, de l'Allemagne et de la Russie appuyé par la Chine dans ce qu'on appelle la déclaration de Paris", a dit Dominique de Villepin, rappelant que "la France en appelle à l'Espagne et à la Grande-Bretagne à rester fidèles à la déclaration commune du Conseil Européen de Bruxelles". M. de Villepin a repété sa conviction, exprimée déjà en matinée dans un entretien accordé à plusieurs quotidiens européens, que le processus pacifique pour le désarmement de l'Irak par le biais des inspections de l'ONU pourrait devenir "un outil que l'on puisse utiliser pour résoudre pacifiquement d'autres crises de prolifération". Un avertissement de plus en direction des Etats-Unis dans l'escalade avec la Corée du Nord.

Des approches différentes pour parvenir au désarmement de l'Irak que Georges Papandreou a tenté de dédramatiser en se montrant optimiste quant aux chances d'un désarmement pacifique du dictateur irakien. "Dans la rencontre que l'ai eu avec le chef du Département d'Etat américain Colin Powell, je me suis rendu compte que les préparatifs militaires avançaient à un rythme soutenu mais M. Powell m'a également laissé entendre que cette guerre n'était pas inévitable. C'est une fenêtre que nous pouvons saisir malgré les approches différentes.", a dit M. Papandreou qui doit se rendre demain au Caire pour assister au sommet des pays arabes. "Je transmettrai au sommet islamique des pays arabes ce message dans l'espoir qu'ils le feront passer à Saddam Hussein pour montrer d'une façon dramatique que la guerre peut être évitée", le ministre grec.

Papandreou : Une communauté internationale unie peut être beaucoup plus efficace. Mais unité sur quelle décision ?

Dans sa rencontre avec les journalistes grecs, qui a suivi la conférence du Quai d'Orsay, le ministre des Affaires étrangères grec a répété que "notre but est de faire tout mouvement possible pour avoir une résolution pacifique à la crise irakienne et d'épuiser tout moyen diplomatique et bien entendu de respecter les décisions des Nations Unies. Le message doit être sûrement fort et unitaire envers Saddam Hussein, que la communauté internationale attend sa coopération absolue dans tous les secteurs et tant que cette coopération avance, la possibilité de guerre se réduit".

Question: En ce moment, le Conseil de Sécurité apparaît divisé. Croyez-vous que les choses peuvent changer et qu'il y aura une majorité pour la paix ?

Georges Papandreou: En faveur de la paix, il y a l'opinion publique de l'Europe et peut-être même au niveau international. Je pense qu'au Conseil de Sécurité, il y aura une discussion sur le fond et probablement une confrontation des différents points de vue. Nous attendons également les informations que va apporter M. Blix ; puis, les choses dépendront également de son degré de satisfaction par rapport à la coopération de l'Irak dans le désarmement. Le rôle des inspecteurs est très important. La crédibilité de leur parole a un certain poids puisque ce ne sont pas eux qui prennent les décisions. C'est pourquoi je pense que la date du 7 mlars est très importante. C'est là que sera discuté le nouveau rapport des inspecteurs et nous verrons à partir de là les évolutions possibles. L'intention de tous, et notamment de l'Europe, est qu'on puisse avoir, si possible, une résolution pacifique de la crise.

Question: Est-ce que M. Powell a envoyé un message précis à l'Union Européenne ou à la France ?

G. P. : Ce que j'ai ressenti dans ma rencontre avec Powell c'est qu'il veut avoir une coopération avec l'Europe. Je pense que, de part et d'autre, on a compris que la guerre des déclarations et des petites phrases à laquelle nous avons assisté les dernières semaines n'a pas contribué à la compréhension des différentes positions qui aiderait à la convergence vers une position commune. Il faut en tout cas, et même si nous ne trouvons pas de position commune, réduire nos différences pour être plus efficaces et avec des moyens pacifiques résoudre le problème actuel en Irak et ailleurs dans le monde. M. Powell malgré les préparatifs militaires qui ont lieu aux Etats-Unis n'exclue pas une résolution pacifique du problème irakien, à condition, bien sûr, que Saddam Hussein entreprenne des mouvements spectaculaires, voire dramatiques. Voilà le point de vue des Etats-Unis et c'est à partir de ces données, que la présidence grecque du Conseil européen analysant et évaluant les différentes situations essaie d'exploiter chaque fenêtre et de saisir chaque occasion pour une résolution pacifique du problème.

Question: En tant que Présidence du Conseil européen avez-vous demandé à la France d'exercer son droit de veto au Conseil de Sécurité ?

G. P. : Nous n'avons pas le droit en tant que présidence d'imposer une position qui de plus n'est pas partagée par les Quinze membres. Nous avons cependant discuté et la décision que nous avons pris à l'Union Européenne est que nous posons un cadre de principes, mais que les décision définitives devraient se prendre au Conseil de Sécurité. C'est là que se prendra la décision finale pour la marche à suivre. Mais nous en avons beaucoup discuté sur ces sujets dans le cadre de l'UE.

Question: Il y a l'éventualité d'un veto de la Russie ou de la Chine, voire même de la France qui ne s'est pas encore prononcée. Croyez-vous que l'exercice d'un veto serait efficace ?

G. P. : Il s'agit d'une situation très compliquée. Le fait est qu'une communauté internationale unie peut être beaucoup plus efficace. Mais sur quelle décision se fera cette unité ? Il peut avoir des désaccords sur le contenu ou sur le besoin d'une deuxième résolution, mais le veto il n'est pas absolument sûr qu'il arrêtera une entreprise guerrière. L'ensemble des membres [du Conseil de Sécurité] devront évaluer tous ces paramètres avant d'arrêter leur décision finale, et devront avoir toujours comme objectif de parvenir à une résolution pacifique du problème irakien.

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