Nana Mouskouri a reçu une Victoire d'honneur des mains de Nikos Aliagas. ALAIN JOCARD / AFP
EN IMAGES - La 41e édition des récompenses de la chanson française a été marquée par des looks atypiques et de nombreux hommages.
« Je suis jamais prête, mais je suis prête », assure Nana Mouskouri alors qu'elle s'apprête à recevoir un hommage XXL de la part des Victoires. D'abord un message très touchant de son amie de toujours Line Renaud, qui témoigne à sa « petite sœur » son « grand amour ». « Avec toi, c'est la musique qui remporte une grande victoire ce soir », lui dit-elle. Puis Serge Lama, qui lui chante à distance leur duo de 1969 Une île et lui confie qu'elle a « triomphé dans son cœur entier » : « Ce que tu vas recevoir ce soir, tu le mérites absolument. » Isabelle Boulay la rejoint ensuite sur scène pour une interprétation de L'amour en héritage qui ne laisse pas Nana indifférente. Vincent Dedienne et Valérie Lemercier lui chantent Quand on s'aime avant que Nikos Aliagas ne lui remette sa Victoire d'honneur pour récompenser ses 70 ans de carrière, au cours de laquelle la chanteuse a enregistré 1500 chansons. « Mon public est la France. J'ai tout appris en France », a-t-elle déclaré au moment de recevoir le prix.
Autre Victoire spéciale de la soirée, Indochine a reçu un prix pour sa tournée ayant réuni plus d'un million de spectateurs. Alors qu'il boycottait les Victoires de la musique depuis 2018, le groupe de rockeurs était absent de la cérémonie. Il a toutefois enregistré un medley de ses titres Sanna sur la croix et Trois nuits par semaine dans les conditions du direct. Au moment de recevoir la récompense, Indochine s'est payé Live Nation et sa billetterie Ticketmaster en ligne : « Nous, on fait de la musique, on n'est pas là pour faire ce genre de ségrégation par l'argent. »
La concurrence était rude avec le trio L2B, qui faisait peut-être office de favori dans la catégorie de la révélation masculine. Mais rien à y faire. Difficile pour ces jeunes rappeurs de battre le rock de Boulogne-sur-Mer. Celui du jeune Sam Sauvage, chanteur à la plume alerte, à la voix chavirante et à la coiffure ébouriffée, qui a reçu vendredi soir la plus grande distinction de sa carrière à ce jour. Rendu populaire grâce aux réseaux sociaux, l'artiste de 25 ans a sorti récemment son premier album et s'apprête à partir en tournée dans toute la France. « Je ne m'y attendais vraiment pas, ce n'est pas de la fausse modestie, c'est une vraie surprise, a-t-il déclaré sur scène au moment de recevoir son prix. Merci au public de m'avoir tant supporté. J'ai fait dix ans de bars et de restaurants dans une indifférence nécessaire. Je dédie cette victoire à tous les musiciens et musiciennes, de n'importe quel âge, qui ont un rêve. »
« Waaaw, merci beaucoup ! ». Elle était nommée dans cinq catégories. Annoncée comme grande favorite dans chacune d'entre elles, Theodora repart finalement avec quatre trophées. Un quasi sans faute pour la jeune artiste. À seulement 22 ans, la star de la pop urbaine compte déjà dans son armoire à trophée les Victoires de la meilleure création audiovisuelle pour le clip de son tube Fashion Designa, du meilleur album pour Mega BBL, de la révélation scène et de la révélation féminine. Vêtue d'une improbable cape-parachute en dentelle noire et d'un petit chapeau blanc, elle a reçu ces différents prix vendredi soir des mains de Blanca Li, réalisatrice de plusieurs œuvres des Daft Punk, de l'actrice Camélia Jordana, de la chanteuse et animatrice Marianne James et du pianiste Sofiane Pamart. Sur scène, elle a remercié ses amis Aya Nakamura et Tiakola. « Si mon projet aux influences afro-caribéennes a été compris, c'est grâce à ces gens-là », a-t-elle déclaré.
Aux alentours de 21 h 10, Mika, président d'honneur de cette 41e édition des Victoires de la musique, est monté sur scène sur les airs de son tube Take it Easy, sorti en 2007. Vêtu d'un costume blanc, le chanteur s'est illustré autour d'une vingtaine de choristes et de danseurs, interprétant son répertoire festif, de Grace Kelly à Elle me dit, en passant par Underwater. Le spectacle du chanteur d'origine libano-britannique a été sublimé par les notes de la fanfare en uniformes militaires. « En 1985, c'étaient les premières Victoires de la musique. Je venais d'arriver en France, ma famille fuyait la guerre au Liban. Très tôt, la musique m'a été essentielle, m'a permis de me construire, de trouver ma voie. [...] Aujourd'hui, il y a des artistes d'une telle diversité, avec des voix multiples qui racontent la France », a-t-il déclaré sur scène. Avant de conclure : « La musique nous porte, nous transforme et parfois même, elle donne une essence à une vie. »
« Sur la plage abandonnée... ». C'est l'une des belles surprises concoctée par Virginie Petit, la directrice artistique des Victoires de la musique. Impossible de passer à côté d'un hommage à l'icône du cinéma décédée il y a un mois et demi. Elle a laissé à la musique quelques hits que l'on fredonne encore soixante ans après leur sortie. L'été s'en est allé, Brigitte Bardot aussi. Sur scène, il ne fallait pas moins de deux artistes pour évoquer son souvenir. La tâche revient à Helena Noguerra , qui ne joue donc pas seulement les animatrices ce soir, et Aurélie Saada, en duo, dans une reprise de l'emblématique La Madrague, chanson de 1963 dans laquelle Bardot évoque son nouveau refuge de Saint-Tropez et ses langueurs d'âme. Le titre, au succès immédiat, est l'un des moments forts du premier album de l'actrice.
Un peu de gaieté au milieu d'une cérémonie plutôt sérieuse. Avant minuit, Philippe Katerine s'est retrouvé « tout simplement tout nu » sur la scène de la Seine Musicale. Une interprétation décalée de Nu, son titre de 2024, a fait rire toute la salle. Le chanteur français s'est présenté les fesses à l'air avec une longue barbe blonde pour cacher l'avant de son corps. Comme à son habitude, il portait sur sa tête une couronne de fleurs. Juste avant, il a fait son entrée sur la chanson Reine d'Angleterre. « Je suis la reine d'Angleterre et je vous chie à la raie », répète-t-il dans une robe de Cendrillon, baguette magique en main, devant ses musiciens.
Ni Feu! Chatterton, l'un des grands perdants de la soirée, ni Pierre Garnier, ni Orelsan : le trophée est revenu à Disiz, rappeur repenti et plume mélancolique. Il y a vingt ans exactement, il recevait une Victoire de l'album rap. L'ancien Disiz la peste, son pseudo de l'époque, a depuis fait sa mue vers la pop. Le musicien de 47 ans a sorti le disque On s'en rappellera pas l'an dernier. Micro à la main, il s'est souvenu de sa récompense d'il y a deux décennies. « J'avais été étonné que ce soit pour une catégorie d'album aussi large (...) Cela disait moins de la musique que l'on faisait que de la place à laquelle on nous assignait », affirme l'artiste masculin de l'année, qui estime que l'industrie musicale a fait sa mue. Lui a fait la sienne en parallèle, du rap vers la pop. « Recevoir un tel prix n'a pas le même sens aujourd'hui, ce n'est pas un aboutissement, mais un jalon de plus qui fait sauter les verrous de la réussite. »