Théodorakis au pilori. La presse étrangère au piège de l’extrême-gauche grecque

Rassemblement populaire place syntagma pour défendre la hellénicité de Macédoine

Il arrive qu’à iNFO-GRECE on se plaigne parfois du traitement que la presse francophone réserve à la Grèce. Un peu normal, n'est-ce pas ? Quand on aime son pays on aimerait n’entendre que du bien. Cela n’empêche pas la lucidité et la distance critique et iNFO-GRECE a souvent été à contre-courant des sites communautaires et/ou militants en n’épargnant pas les gouvernants, quel que soit leur bord, lorsque cela était nécessaire, souvent même en dépit des préférences politiques de nos lecteurs. Et, si nous nous permettons d’être critiques envers notre propre pays, comment pourrait-on se plaindre que les médias d’autres nations le soient ? Faut-il encore que la critique soit honnête, fondée et bienveillante et qu’elle ne soit pas la réaction épidermique à ses propres opinions servie sournoisement camouflée par une prétendue écriture journalistique.

On veut parler de l’article du quotidien belge La Libre qui au moment où la Turquie a décidé le blocus naval de Chypre avec ses frégates qui menacent ouvertement de couler les navires d’exploration pétrolière, que la même Turquie a manqué de peu de couler un garde côtes grec près de l’îlot d’Imia, qu’au Nord l’Albanie et Skopje – soutenus, là encore, par la Turquie – ne cachent plus leurs revendications territoriales, eh bien La Libre ne trouve rien de plus intéressant à écrire que trainer dans la boue l’homme le plus respecté de Grèce, le compositeur Mikis Théodorakis.

« L’artiste Mikis Theodorakis… une figure vantée par l’extrême-droite », parce qu’il a osé dire son opinion haut et fort et sans calcul politicien, comme il l’a fait depuis plus d’un demi-siècle, qu’il a osé dire que le nom de Macédoine n’était pas une banale appellation géographique et que sa valeur symbolique empêchait à la Grèce de le céder à des tiers qui cherchent ouvertement à s’approprier l’histoire qui s’y rattache avec l’irrédentisme qui en résulte. Parce qu’au début du mois, il a osé dénoncer tous les fascismes – y compris celui venant de sa gauche – cette gauche qui la veille de sa prise de parole l’a menacé de mort et badigeonné son domicile à Athènes de peinture rouge.

Du coup le qualitatif « artiste » employé dans le titre resonne très péjoratif, comme s’il fallait le salir encore plus, comme s’il s’agissait de réduire l’Artiste à une figure irresponsable et incompétente en matière de politique, alors qu’il n’y a pas artiste plus politique en Grèce que Theodorakis. Mais un artiste engagé d’abord pour la liberté, la justice et la démocratie et non pour faire régner ses convictions personnelles au mépris de celles des autres. Il n’est pas question de défendre ici une icône, mais de rendre honneur à un artiste qui à 93 ans garde toute sa lucidité et la force de son caractère. La petitesse de ces attaques est à mesurer à la grandeur de cet homme.

Alors on ne peut mieux faire que vous redonner le lien pour écouter son fameux discours sur la place Syntagma (passer directement sur la deuxième vidéo de la page, dans les commentaires), il y a de cela trois semaines, et vous verrez que même si tous les électeurs de l’extrême droite grecque s’étaient réunis il ne suffiraient jamais pour former la foule qui était venue l’écouter.

Et surtout ne nous laissons pas distraire par ces ignobles procès alors que les véritables problèmes nous les avons mentionnés au début de ce billet ; désormais ce ne sont plus des problèmes pour pimenter les discussions et l’ennui des salons diplomatiques mais ils sont en passe de devenir des véritables dangers pour l’intégrité territoriale de la Grèce et de Chypre et menacent la paix en Europe.

A.E. / i-GR

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