L'ambassade des Etats-Unis à Athènes attaquée à la roquette

L'ambassade des Etats-Unis à Athènes a fait l'objet vendredi à 5h58 d'une attaque à la roquette. L'attentat n'a fait aucun blessé et n'a que légèrement endommagé le bâtiment, mais l'émotion était grande dans la capitale grecque qui revivait le cauchemar des décennies passées marquées par le terrorisme gauchiste de la fameuse organisation du "17 novembre" démantelée peu avant les jeux Olympiques de 2004. L'audace et la méthode ressemblent d'ailleurs : la roquette de fabrication russe a été lancée depuis un endroit se trouvant en face de l'ambassade, la roquette et son lanceur, formant une arme d'un seul tir ayant une portée de 300 mètres, selon les précisions données vendredi soir par la police grecque.

L'ensemble du quartier a été isolé par les forces anti-terroristes qui sont arrivées sur place peu après avec des corps des pompiers et des artificiers.

Selon les premières déclarations du ministre de l'Ordre public, Vyron Polydoras, il y avait eu un ou deux appels téléphoniques auprès de la société de surveillance chargée de la sécurité de l'ambassade et un inconnu a revendiqué l'attentat au nom du groupe "Lutte révolutionnaire".

photo MM. Ries et Polydoras
L'ambassadeur des Etat-Unis, M. Ries (à g.), avec le ministre grec de l'Ordre public, M. Polydoras (à dr.)

Dans son premier rapport communiqué vendredi soir, la Police hellène précisait que l'appel avait reçu à 7h27 vendredi matin. Le porte-parole de la Police, Panagiotis Stathis, a expliqué que la roquette et son lanceur étaient examinés avec attention dans les laboratoires de criminologie et qu'il s'agit d'un engin antichar de fabrication russe, ayant circulé sous diverses versions dans l'Europe de l'Est, mais jamais en Grèce.

"Le gouvernement condamne de la façon la plus tranchante de tels actes honteux", a dit M. Polydoras. "Les autorités grecques coopèrent avec les services américains pour conduire l'enquête". Ce que l'ambassadeur américain, Charles Ries, confirmait de son côté, soulignant que les "relations greco-américaines sont excellentes, le resteront et ne seront pas influencées par cet attentat".

M. Ries a qualifié néanmoins cet attentat de "très sérieux" et déclaré s'être entretenu avec le ministre des Affaires étrangères, Dora Bakoyannis, laquelle l'a assuré de l'entière collaboration du gouvernement grec dans la recherche des auteurs de l'attentat.

Mme Bakoyannis s'est d'ailleurs rendue sur les lieux rappelant dans ses déclarations que "des attentats de ce type ont coûté beaucoup à la Grèce par le passé, tant au niveau social et économique que politique". "Le gouvernement grec est décidé à mettre tout en oeuvre pour empêcher que de tels actes se renouvellent", assurait-elle.

L'attentat a été largement commenté vendredi à Bruxelles en réunion extraordinaire des ambassadeurs des Etats-membres de l'OTAN à l'occasion de la visite du premier ministre japonais, Shinzo Abe.

photo façade de l'ambassade américaine
Les dégâts étaient limités à quelques vitres brisées mais d'une haute portée symbolique

Outre les relations avec les Etats-Unis, l'image internationale d'un pays sûr durement acquise avec le succès des Jeux Olympiques d'Athènes, après des décennies noires d'attentats meurtriers, semble devenir la première préoccupation quant aux premières conséquences de l'attentat, comme l'a exprimé vendredi le ministre du Développement touristique, Fani Palli-Petralia, commentant l'attentat. "La Grèce est et demeure un pays sûr. Nous avons réglé avec plein succès et sécurité des événements d'envergure mondiale, comme l'ont été les Jeux olympiques", a-t-elle dit.

En fin de matinée, le Premier ministre, Costas Caramanlis, recevait les ministres des Affaires étrangères et de l'Ordre public, Dora Bakoyannis et Vyron Polydoras.

A l'issue de l'entretien Mme Bakoyannis a indiqué que le gouvernement est en communication avec Washington et qu'elle rencontrera la semaine prochaine le secrétaire d'Etat américain, Condoleezza Rice. Une rencontre que son porte-parole, M. Koumoutsakos, précisait un peu plus tard qu'elle aura lieu en marge des réunions qui se tiendront le 25 janvier à Paris sur le Liban et le 26 janvier à Bruxelles ou se tiendra la réunion extraordinaire de l'OTAN sur l'Afghanistan.

De son côté, M. Polydoras a mis l'accent sur les directives données par le premier ministre d'intensifier les recherches à tous les niveaux et dans tous les secteurs, ajoutant que les services anti-terroristes développeront des activités en coopération avec une "force d'attaque" qui sera dirigée et coordonnée par le vice-commandant de la police, le général Stelios Syros sous la supervision duquel avaient été menées les enquêtes ayant conduit aux arrestations dans l'affaire de l'organisation terroriste du "17 Novembre" en 2002-2003.

M. Polydoras a estimé, au sujet de l'attentat contre l'ambassade américaine, qu'il s'agit d'une action de terroristes grecs ainsi qu'il ressort de la revendication de l'attentat par le groupe "Lutte révolutionnaire" informant par ailleurs que de nombreux indices avaient été découverts lesquels seront examinés minutieusement.

Enfin, le secrétaire général de la présidence, l'ambassadeur Constantin Georgiou, sur demande du Président de la Républque, Carolos Papoulias, a rencontré l'ambassadeur des Etats-Unis à Athènes, Charles Ries à qui il a fait part de l'aversion du peuple grec et sa condamnation ferme de l'attentat.

Sur le plan politique, par les déclarations de leurs représentants parlementaires, les partis politiques, ont unanimement condamné l'attentat.

"Le PASOK [socialiste, ndlr] condamne fermement l'attaque terroriste contre l'ambassade américaine. Le terrorisme, dans chacune de ses expressions, est horrible. Dans le cas présent, l'attaque lancée contre une représentation diplomatique va a l'encontre des intérêts du peuple grec, du prestige et des intérêts du pays", a déclaré le porte-parole du parti, Petros Efthymiou, tandis que son président, Yorgos Papandreou, a fait savoir qu'il a eu un entretien téléphonique avec l'ambassadeur américain l'assurant qu'il condamne énergiquement tout acte terroriste de ce genre.

"L'attaque à la roquette contre l'ambassade des Etats-Unis à Athènes, qu'elle que soit sa provenance, donne la possibilité aux USA de l'utiliser dans le cadre de leur attaque générale lancée contre les peuples", estimait, pour sa part, dans son communiqué du KKE (communiste).

Par contre, pour le KKE, "les affirmations concernant le dommage cause à l'image internationale de la Grèce visent à désorienter l'opinion; l'important est que cette attaque ne peut devenir un alibi pour intensifier la répression entreprise par l"Etat et les actions des divers services", une crainte partagé par l'autre parti d'inspiration communiste, le Synaspismos, qui par la voix de son secrétaire, Nikos Hountis, a condamné l'attaque à la roquette contre l'ambassade américaine, soulignant que "de tels actes ne doivent pas être utilisés pour entretenir un climat de peur hystérique a l'égard du terrorisme et pour renforcer des logiques de mesures de répression et de restriction des libertés démocratiques".

i-GR/ANA-MPA

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