A combien, l’amour de Dieu ?

saint stephane

Maintenant que nos hommes d’église en ont fini avec les messes pascales, à notre tour de chanter le tropaire. Pour les Grecs et les Hellénistes, ça veut dire « θα τους τα ψάλουμε » ; pour les autres quelques digressions étymologiques sont nécessaires, avant d’entrer dans le vif du sujet qui concerne l’art de la métropole orthodoxe de Paris de plumer ses fidèles la nuit de la Résurrection de Jésus.


Le tropaire est un hymne liturgique, la plupart du temps, composé d’une seule strophe. Comme nous aurons besoin de plus d’un paragraphe pour notre chant, allons, donc, chercher la définition dans son équivalent français d’ « antienne », lui aussi tirant son sens du grec « antiphonos » qui signifie des voix qui se répondent. Voilà que l’on se rapproche de notre « θα τους τα ψάλλουμε » qui signifie plus ou moins « on va donner de la voix ». Mais rassurez-vous, on ne vous le rassasiera qu’une seule fois, à moins qu’à notre voix, le ciel ne daigne envoyer aucune réplique.

Car vous l’aurez compris, déjà par le titre, c’est d’une affaire de ciel et plus précisément du prix de l’amour du ciel que nous voulons nous entretenir. Comme chacun sait, pour les chrétiens, le jour de la Résurrection est un jour d’amour, de réconciliation, de réalisation d’une promesse de Dieu et de la signature d’un nouveau testament. Pour tout orthodoxe qui se respecte, s’il ne doit aller qu’une fois dans l’année à l’église, ce sera celle-là. Peut-être qu’il jeûnera un peu, si les vraies-fausses excuses de la vie moderne ne lui en ont pas empêché. Il mettra ensuite ses plus beaux vêtements et se rendra en famille - avec toute la famille, la plus large possible réunie pour ce jour unique -, à l’église de sa diocèse. Il trouvera une église en deuil, plongée dans le noir. Puis soudain, le prêtre surgit, une bougie allumée en main, entonnant « Δεύτε λάβετε φως / approchez recevoir la lumière ». Alors que tous les lustres de l’église se rallument, une joyeuse bousculade s’ensuit pour le qui va recevoir la lumière sainte en premier. Lorsque la flamme divine transmise de main en main, de bougie en bougie, arrive jusqu’au dernier des fidèles, il sera temps de chanter tous ensemble « Le Christ est ressuscité / Χριστός Ανέστη ». On s’embrasse, on casse les œufs rouges, les cloches sonnent pour annoncer la victoire de la vie sur la mort.

Et notre tropaire alors ? Oh oui, dans la joie et l’émotion on allait l’oublier ! L’histoire commence un peu plus tôt. Quand endimanchés/empascalinés, nous prenons le chemin de l’église. On sait qu’il faut une bougie, une grande, une belle, que chacun tiendra fièrement en main pour les circonstances. En général, la νονά / marraine prend soin de fournir les bougies de Pâques à ses filleuls. Idem pour les jeunes fiancés où le jeune homme a acheté le cierge pascal de sa bien aimée. Comme on le devine il doit être le plus beau pour que sa fiancée soit la plus belle parmi toutes les futures mariées. Les autres passeront par un magasin et en achèteront des plus ordinaires, mais des grandes quand même. On ne va quand même pas aller avec un lumignon rikiki pour accueillir le plus beau des messages de Dieu !

Seulement, voilà. A Paris, ville accueillante mais néanmoins étrangère à toutes ces coutumes, il n’est pas évident de trouver les commerces appropriés. Et il n’y a pas que les résidents orthodoxes de la capitale, Grecs, Libanais, Russes, Roumains, Français aussi... Dans les rues autour de la rue Georges Bizet, où se trouve la métropole grec-orthodoxe et la cathédrale Saint Stéphane, des cars déversent par centaines les touristes grecs venus en voyage de groupe visiter Paris et qui ne manqueraient pour aucun Disneyland au monde la magie de ces quelques instants de la Résurrection à la mode orthodoxe. Tous ceux-là, ils seront aussi à la recherche du fameux cierge.

Qu’à cela ne tienne, notre métropole a tout prévu. Aux deux entrées de la cathédrale, les femmes du patronage ont installé des comptoirs de fortune où sont proposées les fameuses bougies. Prix 10 euros pièce ! 65,6 francs ! Détrompez-vous, ce n’est pas une des belles bougies mentionnées plus haut. Non, à part la taille, des bougies ordinaires, vendues 50 centimes en grande surface en Grèce, et achetées la moitié au grossiste. Pour 4 personnes ce sera donc 40 euros, 262 francs ! 10% du RMI français, le Revenu minimum d’insertion ! Pour l’église ce sera Revenu maximum, avec une marge bénéficiaire échappant à toute taxe et impôt d’au moins 2.000 %. Certes, on avait le choix, il y avait les bougies petite taille, celles qu’on allume tous les dimanches pour 1 euro, vendues pour l’occasion 3 euros. 300% d’augmentation, alors que le passage à l’euro avait déjà permis d’arrondir les 5 francs en 1 euro.

On comprend qu’à jour exceptionnel, on tire ainsi les prix vers le haut, mais pas à ce point ! 40 euros, 262 francs, le prix de la messe  - fut-elle pascale - pour une famille de 4 personnes c’est inacceptable. On comprend aussi que l’église puisse avoir des besoins. Mais quels besoins ? Les salaires sont payés par l’Etat grec ; les églises et les bâtiments ? des œuvres de généreux donateurs. Puis, toute la période du Carême et la Grande semaine permettent déjà, grâce à une affluence exceptionnelle de fidèles, de bien remplir les caisses.

Notre Eglise serait-elle en difficulté ? Comme toute bonne entreprise, elle pourrait mieux employer son personnel en surnombre, puis se défaire de quelques trésors devenus vains, superflus ou inutiles en temps de crise : des croix en or, des habits décorés de pierres précieuses, des terrains, des bâtiments… Tout cela est bien beau et méritant quand on peut se l’offrir et l’offrir à Dieu avec des moyens justes. Mais pas au prix de l’arnaque du fidèle et du pèlerin. Rien ne justifie une telle appétence de notre Eglise pour l’argent de ses ouailles le jour de la Résurrection, pas même lorsqu’il s’agit de couvrir les besoins que l’on sait très importants et urgents pour l’entretien de la cathédrale de Saint Stéphane. Les moyens appropriés doivent être trouvés dans la conviction de tous les Grecs de Paris et de France et pour cela, à iNFO-GRECE, nous sommes à la disposition des responsables pour que notre site contribue à une telle mobilisation.

Nous espérons que le Très Respecté métropolite de l’Eglise orthodoxe de France saura nous fournir des explications convaincantes pour ce qui semble un dérapage de la paroisse du centre parisien, car, quelques en soient les raisons, le cierge du fidèle, qui doit rester un geste symbolique, ne saurait devenir une source de profit. Est-il inutile de rappeler que pour les besoins exceptionnels, notre Eglise dispose toujours de la belle tradition de la quête ? On fait circuler un panier et chacun donne ce qu’il veut et ce qu’il peut. Là, il n'est pas rare de voir des billets de 10, de 50 euros, voire plus, à côté des centimes des plus pauvres. Et, il n'y a rien à redire. Puis, ayons confiance, Dieu trouvera sa façon de faire venir à l’église les donateurs qu’il aura besoin. Comme le veut cette anecdote comparant le curé, le pasteur et le pope dans leur art de gérer l’obole des fidèles, le pope grec se fait peu de souci : il lance le panier de la quête vers le ciel, Dieu garde ce qu’il veut et laisse tomber le reste pour son Eglise.

i-GR/AE

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