Ecoutes téléphoniques : Athènes, un nid d'agents secrets étrangers pendant les JO de 2004 ?

L'affaire d'écoutes téléphoniques des personnalités politiques de haut rang la veille des Jeux Olympiques d'Athènes continue à faire la Une de l'actualité en Grèce où l'on s'intérroge sur l'auteur des écoutes et ses mobiles. La justice a ouvert des poursuites contre X pour "violation du secret téléphonique", sans exclure des poursuites supplémentaires pour "espionnage", a indiqué le procureur du tribunal de première instance, M. Diotis. Le porte-parole du gouvernement, Théodoros Roussopoulos, a réfuté catégoriquement que le gouvernement ait désigné implicitement jeudi dans sa conférence de presse, l'ambassade américaine comme responsable des écoutes téléphoniques, alors que l'opposition demande l'élucidation complète de l'affaire, le président du PASOK, Georgios Papandreou, estimant que la révélation du scandale par le gouvernement ressemble à un enterrement.


L'instruction a été confiée par le Parquet au 24e juge d'instruction ordinaire, Georgios Aktypis, mais la presse se donne à cœur joie de mener ses propres enquêtes. Les mouvements de personnel de la société de téléphonie mobile Vodaphone où ont eu lieu les détournements des conversations téléphoniques passent ainsi au crible des journalistes qui surenchérissent sur les différentes hypothèses dignes d'un roman d'espionnage. Un cadre de Vodaphone s'est suicidé quelques jours avant l'information du gouvernement par la direction de la société. L'assassinat d'autre employé en 2003 –pour des raisons jusqu'ici liées à une affaire de jalousie amoureuse- revient à l'actualité, ainsi que la démission d'un autre cadre de la société actuellement employé chez l'opérateur historique OTE, mais qui au moment des faits occupait un poste-clé dans le secteur de la sécurité des systèmes.

Dans le périmètre désigné la veille par les ministres révélant l'affaire et où aboutiraient les écoutes, outre le fait qu'il se trouve l'ambassade américaine, selon le journal To Vima, pour qui le nombre des personnes ainsi espionnées atteint les 600, des agents du MI-6 britannique se seraient installés pendant les Jeux Olympiques.

Dans son briefing quotidien très largement consacré à l'affaire des écoutes téléphoniques, M. Roussopoulos a précisé vendredi que l'affaire sera discutée en commission des Institutions et de la Transparence du Parlement et, si cela s'avère nécessaire, le cadre institutionnel de protection des communications sera renforcé. Le porte-parole du gouvernement a souligné que le gouvernement avait fourni toutes les informations en sa possession et précisé, en réponse aux questions des journalistes, que le gouvernement avait tout d'abord informé la justice qui, par la suite, a fait son devoir. Seuls quelques ministres ont été avertis, qui étaient directement concernés par ces écoutes.

Jeudi, M. Roussopoulos et les ministres de l'Ordre public, Georgios Voulgarakis, et de la Justice, Anastassios Papaligouras, avaient révélé lors d'une conférence de presse convoquée expressément sur le sujet l'étendue des écoutes. Désignant le périmètre où avaient été localisés les "écouteurs", M. Voulgarakis faisait -sans le dire- de l'ambassade américaine le principal suspect. M. Roussopoulos a tenu à préciser que le ministre de l'Ordre public n'avait fait que signaler les endroits où se trouvaient les antennes de téléphonie mobile concernées.

Les trois ministres avaient surpris par l'ampleur des écoutes révélées selon lesquels les téléphones mobiles des pas mois d'une centaine de personnalités politiques étaient placés sur table d'écoute plusieurs mois durant et avant les JO de 2004, dont notamment le Premier ministre, plusieurs membres du cabinet ministériel chargés des portefeuilles sensibles, un ancien ministre du PASOK, le maire d'Athènes, le commissaire européen désigné par la Grèce, des journalistes, diplomates et juges, ainsi que de citoyens appartenant politiquement aux rangs de la gauche extraparlementaire, tous utilisant le réseau de Vodaphone.


Beaucoup des questions autour du suicide d'un cadre de Vodafone à quelques jours du dévoilement de l'affaire au gouvernement par la direction de l'entreprise

Selon les ministres, le gouvernement aurait été informé de l'affaire le 10 mars 2005, par le directeur-conseil de Vodafone/Panafon, Georgios Koronias, après qu'un logiciel espion avait été répéré dans sa société ne faisant pas partie des sous-systèmes logiciels ni de Vodafone ni de ceux de la maison mère Ericsson. Seul hic, Vodaphone a retiré depuis le logiciel en question privant la police de la possibilité de localisation des réceptionnaires des écoutes.

Interrogé sur la responsabilité du directeur-conseil de Vodaphone, M. Roussopoulos a affirmé que la question fait l'objet d'une enquête de la justice en cours, alors que la compagnie précise dans un communiqué qu'une "image" précise du réseau avait été enregistrée avant le retrait du logiciel.

Vodaphone a indiqué - dans un communiqué publié vendredi - que "dès qu'un logiciel étranger installé sur le réseau capable de détourner des communications téléphoniques avait été découvert, celui-ci avait été immédiatement désactivé, ainsi que le prévoit le réglement", précisant toutefois qu'"une copie de ce logiciel avait été faite et conservée dans les archives de la société, mais sans pouvoir affirmer les dates de mise en fonction de ce logiciel". Ce point de la désactivation précipitée du "programme fantôme", sans avoir donné le temps aux autorités compétentes de tenter au préalable de tracer l'origine des écoutes et remonter jusqu'à leurs auteurs, fait l'objet d'une controverse, la tâche étant à présent - selon les avis de spécialistes - rendue plus difficile.

Pour le ministre des Affaires étrangères, Petros Molyviatis, qui figure avec le Premier ministre, Costas Caramanlis, parmi les personnalités politiques de haut rang visées par les écoutes, "le gouvernement a géré une affaire très complexe et sensible avec responsabilité et sérieux". "Le gouvernement a pleinement informé l'opinion publique et donné des explications complètes", a ajouté M. Molyviatis, qui a précisé que la révélation de cette affaire n'a affecté en rien la politique étrangère grecque, ni d'aucune façon les relations de la Grèce avec tout autre pays.

Pour sa part, le ministre de la Défense, Spilios Spiliotopoulos, a assuré que cette affaire n'a en aucune façon mis en danger la défense et la sécurité du pays, rappelant que "toutes les communications du ministère de la Défense, qui traitent de questions de sécurité nationale ou de secret national, se font par le biais de réseaux et appareils sécurisés et cryptés".

Par ailleurs, quatre des personnes victimes de ces écoutes qui résident à Thessalonique ont fait savoir dans la matinée de vendredi leur décision de porter plainte et engager une action en justice contre la société Vodafone et l'Etat grec pour ne pas avoir assuré le secret des communications et pour ne pas avoir conservé des preuves à conviction susceptibles de trouver les coupables.

L'opposition demande l'élucidation complète de l'affaire

Le PASOK (socialiste, opposition) a réagi jeudi à la question des écoutes téléphoniques, faisant état d'une affaire politique majeure et attribuant de grandes responsabilités au gouvernement pour la façon dont cette question a été gérée.

Dans une déclaration écrite, le président du parti, Georgios Papandréou, souligne qu'il s'agit "du sommet de l'iceberg de l'opacité, de la désintégration des services due à un mécanisme de parti et d'initiatives politiques irresponsables".

M. Papandréou a demandé que cette question soit élucidée jusqu'au bout, tout en exprimant des doutes sérieux quant à la capacité du gouvernement à le faire, alors qu'en ce qui concerne les déclarations des trois ministres, il a estimé que le gouvernement a laissé de sérieuses questions sans réponse et affirmé qu'il n'est pas à même de protéger le citoyen contre la violation de ses droits fondamentaux.

"Le gouvernement crée de l'insécurité dans tous les domaines", a lancé par ailleurs M. Papandreou, en tournée à Florina (Nord de la Grèce), ironisant sur la conférence de presse la veille de trois ministres - Voulgarakis (Ordre public), Roussopoulos (d'Etat) et Papaligouras (Justice) - dévoilant, "mais plutôt enterrant", une vaste affaire d'écoutes téléphoniques. Cette présentation, a-t-il dit, ressemblait plutôt "à un roman policier", mais en fait revalait la faillite du gouvernement à gérer le pays, le chef de file de l'opposition critiquant surtout le fait que dans des questions d'une telle importance nationale, aucune des personnes suivies n'avait été mise au courant de ce qui s'était passe avant cette conférence de presse.

Le SG du KKE (parti communiste), Aleka Papariga, a estimé que l'affaire des écoutes téléphoniques "n'est qu'une branche du grand arbre touffu de la filature généralisée de partis, de gouvernements, de mouvements, qui sert les intérêts d'Etats, de gouvernements et de services secrets".

Selon Mme Papariga, la surveillance exercée a deux buts, l'un étant de créer les conditions pour frapper le mouvement radical, et l'autre étant de recueillir des données pour la guerre existant entre Etats, gouvernements et milieux d'affaires.

Pour sa part, le président de Synaspismos (gauche radicale), Alecos Alavanos, a accusé le gouvernement d'être responsable pour avoir tardé à procéder aux communiqués relatifs, puisque l'affaire avait été dénoncée par la presse depuis des mois.

"Le gouvernement doit procéder à l'élucidation complète de cette affaire et à nommer les personnes et - éventuellement - les compagnies, aussi importantes soient-elles, qui sont impliquées dans cette affaire", a conclu M. Alavanos.

Du côté du parti au gouvernement, "le gouvernement a géré de la meilleure façon possible une question de haute sécurité nationale", a déclaré pour la ND (Nea Dimokratia,), son secrétaire général Vanghelis Meïmarakis, à sa sortie du Palais Maximou, où il s'est entretenu avec le Premier ministre, Costas Caramanlis de l'affaire des écoutes téléphoniques, en tranchant qu'il n'y a eu aucun intérêt politicien dans le moment choisi pour révéler l'affaire ni dans la façon de la présenter, mais au contraire que l'ensemble de la procédure répond à la politique de la ND et son concept de "tout en plein jour".

i-GR/ANA

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