Douche froide sur le parti socialiste grec éclaboussé par un scandale économico-touristique

porto karras

En pleine campagne électorale, un scandale économico-touristique éclabousse le parti socialiste (PASOK) au pouvoir déjà malmené dans les sondages. Le ministre délégué à l'Economie Christos Pachtas a démissionné du gouvernement et, dans une tentative du chef de la campagne et candidat à la présidence du parti, le ministre actuel des Affaires étrangères Georges Papandreou, de reprendre l'initiative, neuf députés ont été radiés des listes de candidature du parti aux prochaines élections, sans toutefois être exclus du parti. La sanction des sondages a été immédiate : -6% pour le PASOK.

Un tollé de protestations a suivi la contestation du vote d'un amendement promu lors d'une séance nocturne mercredi de la semaine dernière par le ministre délégué à l'Economie dans le cadre de la loi du développement et qui autorisait le complexe touristique Porto Karras à étendre ses constructions sur la presqu'île de Sithonia en Chalcidique en contournant les contraintes, notamment écologiques, actuelles. L'unité phare de Porto Karras, l'hôtel du même nom est déjà connu en Grèce pour son Casino, mais il a été aussi sous les feux des projecteurs pour avoir accueilli en juin 2003 le Conseil Européen de l'Union Européenne clôturant la présidence grecque de l'UE.

Les neuf députés qui ont débattu et voté le projet ont été immédiatement exclus des listes des candidats du parti aux élections de mars prochain et convoqués devant une commission du parti lundi, tandis que les réactions à droite comme à gauche allaient bon train. Georges Papandreou a présenté la décision de l'éloignement des 9 députés comme une "nécessité politique" mais plusieurs cadres du parti la jugeaient précipitée.

Le secrétaire du Comité Central du PASOK, Michalis Chryssochoïdis, commentant la décision du parti a propos de l'exclusion des député du parti suite à l'affaire, il a dit que "des erreurs politiques et des choix erronés ont été faits qui ont jeté un voile inadmissible sur la position du PASOK face à la question de la transparence dans la vie politique et du fonctionnement parlementaire".

Le Président de Nea Dimokratia, principal parti de l'opposition conservatrice, Costas Karamanlis, accusant le gouvernement de corruption et d'hypocrisie, a fait état de pratiques de passe-droit, de ports de vin et de solde des biens publics avec des procédures obscures. A gauche les critiques ont été encore plus virulentes avec la secrétaire générale du Parti communiste (KKE) Aleka Papariga qualifiant l'amendement d'acte criminel et Nikos Constantopoulos de Synaspismos a estimé qu'il s'agissait de l'Hydre de l'Herne de l'entrelacement d'intérêts. Pour sa part, l'ancien transfuge du PASOK et président de DHKKI Dimitris Tsovolas a dit que cela constituait un problème politique et moral énorme incluant des dimensions pénales.

Effectivement, le Parquet a décidé d'étudier le matériel audio-visuel de cette séance au Parlement afin de décider de la nécessite d'une intervention de la justice dans cette affaire.

Le porte-parole du gouvernement, M. Protopapas, a reconnu que des erreurs avaient été faites, l'ex-ministre délégué, Christos Pachtas, n'ayant pas informe son supérieur hiérarchique, a savoir le ministre de l'Economie et des Finances, Nicos Christodoulakis, de son intention de déposer l'amendement litigieux.

M. Christodoulakis, a déclaré, de son côté, vouloir retirer l'amendement en cause et dégager ensuite les responsabilités, mais un des députés mis en cause, Alekos Chrisanthakopoulos, a soutenu lundi soir que le ministre était au courant de l'amendement avant son vote, et a conseillé à M. Papandreou d'être vigilant sur son entourage et ses conseillers lesquels peuvent, selon lui, l'entraîner dans une stratégie d'échec. Certains députés concernés niaient avoir voté l'amendement et laissaient entendre que leur signature aurait pu être imitée afin de forcer le passage de l'amendement.

Le Premier ministre, Costas Simitis, a décidé mardi de radier du groupe parlementaire du PASOK le député Ioannis Anthopoulos, invoquant "ses actes et son attitude à l'égard des autres députés dans le cadre de l'amendement litigieux". M. Anthopoulos renvoyé également devant la commission de déontologie du parti, il en a été exclu. M. Anthopoulos avait soutenu la veille avoir signé l'amendement au nom de trois autres députés "sur incitation du ministre, une pratique courante", a-t-il dit, "lorsque rien de substantiel n'est en jeu".

Le principal bénéficiaire de 'amendement devrait être la firme de construction Technical Olympics, propriétaire du complexe touristique Porto Karras. Bien qu'une bonne part de son chiffre soit réalisé aux Etats-Unies (environ 70%) où elle est côté à la bourse électronique du Nasdaq, dans une note d'évaluation d'un courtier de la Bourse d'Athènes que nous nous sommes procurée, le développement de Porto Karras apparaît comme le plus grand facteur de génération de valeur, notamment le projet de construction sur 8 à 10 ans de 2000 logements sur 250.000 m2, visés par l'amendement, qui devait générer 205 millions d'euros de profits. Bien que réticente sur ces projections de l'entreprise, la note du courtier estimait que la première tranche d'investissements de 41 millions d'euros devrait être très profitable après 2003, et alléger le fort endettement de la firme. En mai 2003, l'action de Technical Olympics à la Bourse d'Athènes présentait déjà un gain de 70% sur l'année, mais le courtier l'estimait encore sous-évaluée de 40%.

Les conséquences politiques de l'affaire ont atteint de plein fouet le PASOK. Dans un sondage réalisé pendant le week-end en pleine affaire "Porto Karras" par Metron Analysis pour le compte d'Ant1 TV, le PASOK reculerait à 37,7% des intentions de vote contre 46,3% de votes favorables à Nea Dimokratia, creusant ainsi l'écart à 8,6 points alors qu'il s'était resserré à 2 points après la démission du Premier ministre Costas Simitis de la présidence du PASOK et la désignation de son successeur Georges Papandreou.

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