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Présidentielles en France : barrage réussi contre l'extrémisme

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Par iNFO-GRECE ,

Avec plus de 82% des voix, Jacques Chirac est réélu Président de la France avec un score jamais atteint par un candidat se présentant au suffrage universel, démontrant sa capacité à rassembler au delà de son propre camp. Malgré la forte mobilisation à gauche comme à droite pour faire barrage à l'extrême droite, le candidat du Front National Jean-Marie Le Pen, avec près de 18% des voix, conserve un potentiel de nuisance intact, dont il ne va pas se priver de faire usage dans les élections législatives de juin prochain.

"J'ai entendu et j'ai compris votre appel pour que la République vive, pour que la Nation se rassemble, pour que la politique change", a déclaré Jacques Chirac quelques minutes après l'annonce des résultats. Dans la suite de son allocution, il a souligné les priorités de l'action du prochain gouvernement au premier rang desquelles la sécurité, la restauration de l'autorité de l'Etat, la croissance et l'emploi.

L'ensemble de la classe politique qui avait fait block derrière Chirac s'est félicité de la défaite du Front national, la gauche tenant à rappeler sa contribution décisive dans le score historique du Président sortant.

Comme attendu, Jean-Marie Le Pen s'est posé en victime d'un complot et a dénoncé une "victoire équivoque, acquise à la méthode soviétique".

Il n'empêche que malgré la crainte de voir le parti de l'extrême droite emporter la présidentielle en cas d'un taux d'abstention élevé et malgré la pression tout au long de l'entre-deux tours du block républicain, 19% de Français ne se sont pas rendus aux urnes. C'est mieux que le 28,4% d'abstention du premier tour, mais ne permet pas de laver la tache laissée sur l'image de la France à l'issue du 1er premier tour où outre les 19,2% des deux candidats de l'extrême droite réunis, les 5 candidats de l'extrême gauche totalisaient eux aussi 19,6%. Soit 38,8% de voix pour des candidats qui n'acceptent les règles du jeu démocratique que du bout des lèvres.

Certes la mobilisation républicaine a été sans précédent devant les caméras des télévisions, mais nombre d'observateurs ont fait remarquer que les manifestants les plus bruyants étaient ceux qui ne s'étaient pas acquittés de leur devoir citoyen au premier tour. Cette mobilisation a certes permis le sursaut démocratique mais aussi montré l'immaturité ou l'irresponsabilité de nombreux électeurs à commencer par l'ancien Premier ministre Lionel Jospin qui, non seulement, et contrairement à la plupart des responsables du parti socialiste, n'a pas appelé explicitement à voter pour Jacques Chirac, mais il a fait savoir la veille de l'élection qu'il ne se déplacerait pas pour voter puisqu'il exercerait son devoir par procuration.

Irresponsabilité ou immaturité aussi chez tous ces étudiants et enseignants qui, n'assumant pas le fait de voter pour le seul candidat démocrate restant en lice, s'ingéniaient tout au long de la semaine à trouver le moyen le plus rigolard et franchouillard pour tourner en dérision un geste symbolique et salvateur pour les valeurs de la démocratie: qui en se bouchant le nez avec des pinces à linge, qui en tenant le bulletin avec des gants, qui en allant vers l'urne à reculons, qui en mettant un brassard noir, avant de s'aviser que le législateur avait prévu la gravité du geste électoral et avait interdit toute manifestation ostentatoire dans les bureaux de vote. Beaucoup de ces ingénieurs dans l'art de voter venaient des facultés de… Sciences politiques.

Si ce soir la démocratie l'a emporté sans réserves, il convient de rester vigilants dans les semaines à venir, le pouvoir de nuisance de Jean-Marie Le Pen étant resté intact à l'issue du deuxième tour. Le 18% de Le Pen n'est plus un vote protestataire comme on a voulu le dire. La stabilité du score de Le Pen entre le premier et le deuxième tour ne doit pas masquer sa progression en voix ; quelques 500.000 supplémentaires selon les premières estimations. Si Jacques Chirac a su attirer vers lui 10% des électeurs frontistes du premier tour, Le Pen en a récupéré autant de nouveaux dans les reports des partis de gauche selon un sondage IPSOS diffusé à France2 et Europe 1. Avec des scores bien moindres, Le Pen a réussi à semer le trouble en jouant l'arbitre dans les précédentes législatives. Il est fort à craindre que dans les législatives de juin prochain, Le Pen ne se satisfasse pas à monnayer l'arbitrage. Avant le "troisième tour social" promis par la gauche pour "se laver les mains du vote Chirac", il reste un troisième tour anti-Le Pen à mener pour tous les démocrates français.

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