Après plus d’un siècle de vie dans le centre d’Athènes, l’historique café le Mûrier a fermé ses portes faute de pouvoir renouveler son bail. Dans un texte poignant, “To Vima” raconte la dernière soirée et la fin d’une époque pour la capitale grecque.
Samedi 31 octobre, l'angle des rues Charilaou Trikoupi et Kallidromiou est bondé. Le Mûrier ne peut accueillir tous ceux qui se sont précipités pour la dernière fête, la foule jonche l'asphalte et le trottoir. À l'intérieur, le rébétiko [genre de blues grec] rythme les récits des habitués, les étreintes, les plaisanteries, les rires et les larmes. Jeunes et vieux, travailleurs, étudiants et retraités, universitaires, anciens et nouveaux résidents d'Exarcheia, mais aussi habitants d'autres quartiers qui avaient vécu là un temps ont répondu présent. Des gens qui avaient fait du Mûrier leur maison, leur repère.
La pluie accompagne la soirée sans interrompre la fête. Personne ne semble pressé de quitter le lieu qui, pour beaucoup, est lié à des périodes entières de leur vie. Les musiciens donnent le ton. Entre les chansons, les habitants authentiques, pas des imitations arrivées dans le quartier avec la gentrification, évoquent leurs souvenirs. Les plus âgés, la voix brisée tantôt par l'émotion tantôt par l'alcool, racontent des anecdotes…