3 octobre 1878, la Charte de Chalépa, près de Chaniá, en Crète

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3 octobre 1878, la Charte de Chalépa, près de Chaniá, en Crète

La Crète, Kríti, l'île natale de Zeus, le royaume de Minos, où naquirent entre autres l’iconographe-peintre Theotokópoulos El Greco, Kornáros, Venizélos, Kazantzákis, n'en peut plus... La plus grande île grecque, est depuis la nuit des temps au carrefour de l'Europe, du Proche-Orient, et de l'Égypte. « Crétoise, minoenne », romaine, byzantine, elle est conquise par les Arabes en 823, pour 138 ans (Chaniá vient de « khan’dak »), libérée par les Byzantins, déchirée après la perverse et criminelle IVème « Croisade », par les Génois et les Vénitiens (qui vont lourdement et avec violence de l'exploiter) elle passera après ces derniers sous le sanglant joug turc pour 229 ans, avant son autonomie durement acquise en 1898, son rattachement à la Grèce en 1913, ses derniers musulmans étant des « échangés lausannois » en 1923, qui partirent ...

Contre vents et marées, à travers tant de vicissitudes historiques, et beaucoup de sang versé, les Crétois, fiers et rétifs, sont restés des hellènes chrétiens orthodoxes. Les réformes de 1839 un et de 1856 par les Turcs furent des leurres.
Le 14 mai 1866 (année où l'Autriche abandonne la Vénétie à l'Italie) l'assemblée d'Hágia Kyriakí avait à nouveau protesté auprès de la Porte. L'Angleterre et la France soutenaient la Turquie, ne voulait pas de rattachement de la Grande Île à la Grèce. Le sultan y envoya l’armée ainsi que le khédive d'Égypte Ismaïl pacha (qui souhaitait rattacher l'île à l'Égypte). Le 20 VII 1866 les Crétois déclarent aux consuls des Grandes Puissances qu'ils défendront leur île les armes à la main. Le 21 VIII à Askyphos proclament l'Enôsis. Ils battent les Égyptiens aux Vrýssès d'Apokoróna. Mais, le 12 X, les Crétois ont battus par Mustapha pacha. Le 8 XI, 15 000 soldats turcs, avec 30 canons, assiègent le fameux monastère de d'Arkádi, où siège le comité révolutionnaire de Réthymno. Comme au début de la guerre de l'indépendance, compte tenu de l'ennemi entre dans le monastère, la poudrière est mise à feu. Le sultan envoie Omer pacha, beaucoup d'hommes, les batailles, les massacres, les destructions se succèdent. Les insurgés sont vaincus...
Le feu couve sous la cendre. Les Crétois musulmans et les Turcs se regroupent dans les villes plus ou moins fortifiées. À Berlin, du 13 VI aux 13 VII 1878, les Grandes Puissances s'opposent à nouveau à l'Enôsis. Elles enjoignent à la Turquie d'accorder des droits aux chrétiens de Crète. C'est l'année du traité d’Hágios Stéphanos (San-Stéfano), la création de la Grande-Bulgarie, de l'indépendance de la Roumanie, de la Serbie, du Monténégro, et - pour l'anecdote - l'année où Edison invente la lampe électrique et Eastman la plaque photographique.
Le 3 octobre 1878 une charte est signé à Chalèpa, qui pourrait correspondre à une se mit autonomie de la Grand de Île : le gouverneur général pourrait être chrétien, mandaté pour cinq ans, avec quelle un assistant de l'autre religion ; l'assemblée, de 80 représentants, aurait 49 chrétiens 31 musulmans ; la gendarmerie serait constituée uniquement d'insulaires ; la langue officielle des tribunaux et de l'assemblée se règle grecque, seules les procès-verbaux, décisions judiciaires, et l'épistolographies officielles seraient bilingues ; amnistie aux insurgés de 1878 ; port d'arme autorisée aux Crétois ; allégement des impôts ; autorisation des cercles littéraires et de publication de journaux.
La charte fut signée, du côté ottoman, par le « vali » Kôstákis Adosídis pacha, le général Moukhtar pacha, et Sélim éffendi. Du côté chrétien les représentants du « Comité pancrétois d'Insurrection » signèrent Papadopétrákis, Voloudákis, Sphakianákis, Askoútis, Mitsotákis, Michélidákis, Thiakákis, Chatzidákis, Stavroúdis, Síphakas et Ménégídis.

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