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Le gouvernement Papandréou présente les mesures de sortie de la crise économique

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Par iNFO-GRECE ,

Des coupes franches dans les nombreuses primes de la fonction publique et la hausse des la TVA et autres taxes, forment l'essentiel des mesures annoncées par le gouvernement grec afin de répondre à l'exigence de Bruxelles de réaliser 4,8 milliards d'euros d'économies supplémentaires et réduire le déficit public de la Grèce de 4 points en 20010.

"Nous nous battons contre une situation financière la plus mauvaise de toute notre histoire", a souligné mercredi le porte-parole du gouvernement, Georges Petalotis, avant d'annoncer le paquet de mesures décidées par le gouvernement, ce plan de sortie de la crise ayant fait l'objet de la réunion plus tôt du Conseil des ministres et de l'entrevue entre le premier ministre, Georges Papandréou, et le chef de l'Etat, Carolos Papoulias.

Le projet de loi sur ces mesures, a-t-il informé, qui est intitulé "Protection de l'économie nationale. Mesures d'urgence contre la crise financière", a été déposé selon une procédure d'urgence au Parlement pour être débattu jeudi en commission parlementaire ad hoc et, le lendemain, mis au vote en assemblée plénière.

L'Union européenne n'avait pas laissé le choix à Georges Papandréou qui réclame la solidarité de ses partenaires européens afin de pouvoir emprunter à des taux raisonnables. Le gouvernement grec doit faire preuve de bonne volonté de maîtriser ses dépenses, avant que l'UE vienne à son secours : le déficit public qui a atteint 12,7% du PIB doit passer à 8,7% en 2010.

La tasse va donc être dure à boire pour les nombreux fonctionnaires d'un secteur public devenu le rêve de tout Grec, tant les avantages se sont cumulés au fil des années.

Si le gouvernement socialiste a réussi à préserver le principe d'un 14e mois de salaire des fonctionnaires, il en a taillé de 30% les primes de Pâques, de Noël et des congés d'été de l'ensemble des employés du public.

La liste des mesures

Les mesures directes pour le renforcement des recettes couvrent 2,4 milliards d'euros du déficit budgétaire attendu - qui devrait se situer à 4,8 milliards ou 2% du PIB -, a déclaré le porte-parole du gouvernement, Georges Petalotis, en annonçant le train de mesures supplémentaires décidé par le gouvernement, qui a déposé le jour même un projet de loi selon la procédure d'urgence.

Les mesures directes pour l'augmentation des recettes comprennent l'augmentation des coefficients de TVA respectifs de 4,5% à 5%, de 9% à 10% et de 19% à 21%, alors que reste inchangé l'abattement en vigueur pour les îles de l'Egée, soit des recettes de 1,3 milliard ou 0,55% du PIB

Il est appliqué par ailleurs une nouvelle augmentation des taxes spéciales à la consommation sur les carburants, soit 8 cents sur l'essence et 3 cents sur le diesel, alors que le prix du fuel de chauffage est maintenu; une hausse de 63% à 66% des taxes sur les tabacs - l'augmentation étant moindre sur les cigarettes bon marché - et de 20% sur les alcools, l'ensemble de ces mesures devant rapporter 1,1 milliard d'euros ou 0,45% du PIB.

Il est prévu également la suppression de l'exemption de l'Electricité de Grèce (DEH) de la taxe spéciale sur le pétrole pour la production d'énergie, le pays s'adaptant à son obligation communautaire pour la mise en application de la taxe spéciale à la consommation sur le courant électrique, exemption étant faite sur l'énergie produite à partir de sources renouvelables d'énergie; des taxes spéciales à la consommation sont par ailleurs introduites sur des produits de luxe, tels que des voitures avec des prix de production de plus de 17.000 euros (35.000 euros de prix d'achat), des bateau de plaisance, des hélicoptères privés, des pierres précieuses, des métaux précieux et des cuirs.

Les 50% restants des économies budgétaires du dit paquet extraordinaire pour le sauvetage de l'économie résulte des mesures directes de coupes dans les dépenses, à savoir la diminution de 30% dans les allocations de Noël, de Pâques et des congés payés, la diminution de 12% dans les allocations de toute nature et dédommagements des travailleurs dans le secteur public au sens large (y compris les personnes morales de droit public), exception faite des incitations de rendement, les allocations d'études de 3e cycle et des allocations pour des conditions spéciales de travail, tout comme une diminution de 7% des revenus, dédommagements et allocations dans les personnes morales de droit privé subventionnées par l'Etat ou des entreprises publique ou l'Etat a un rôle prépondérant, ainsi que les élus des collectivités régionales et locales.

Ces mesures concernant les dépenses doivent rapporter à l'Etat 1,7 milliard d'euros, ou 0,7% du PIB.

Une diminution est prévue également, de l'ordre de 5% (500 millions d'euros) pour la participation nationale du Programme d'investissements publics, alors que des coupes supplémentaires sont prévues dans le Programme d'investissements publics concernant l'éducation, l'ensemble des mesures devant faire économiser à l'Etat 700 millions d'euros ou 0,3% du PIB.

Le projet de loi incorpore également une série de mesures concernant plus amplement les rémunérations ou bonus de membres d'organes d'administration et les frais de déplacement, notamment, dans les entreprises supervisées par l'Etat, alors que des règles quantitatives sont introduites dans les embauches dans la fonction publique, avec en premier lieu la suspension des embauches en 2010 exception faite des domaines de l'éducation, de la santé et des forces de l'ordre, la règle devenant de "une embauche pour 5 départs à la retraite" à partir de 2011.

Comme l'a souligné en outre M. Petalotis, le gouvernement s'engage à ce que toute recette qui résultera de l'extension de licences de la société publique des jeux de hasard (OPAP), mais aussi de l'octroi de licenses de jeux de hasard seront allouées exclusivement à des actions de renforcement de l'emploi, ce montant étant évalué en 2010 à 400 millions d'euros.

Enfin, concernant les nouvelles mesures au titre de la nouvelle loi fiscale, il est prévu une nouvelle augmentation de 15% sur les biens immobiliers des sociétés offshore, l'introduction d'un nouveau coefficient d'imposition de 45% pour les revenus des personnes physiques avec un revenu de plus de 100.000 euros, l'augmentation provisoire sur 3 ans de la taxe sur les biens immobiliers de grande valeur de plus de 5 millions avec un coefficient de 2%, ainsi que le rétablissement de la taxe de 2% pour l'usage de radio fréquences par les médias électroniques.

Réactions

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a exprimé mercredi la satisfaction de l'UE sur les mesures supplémentaires annoncées par le gouvernement grec.

Dans une conférence de presse à Bruxelles, M. Barroso a estimé que les mesures annoncées ce jour même à Athènes confirmaient l'engagement du gouvernement de réduire d'environ 4% son déficit en 2010 et de matérialiser un programme ambitieux pour l'assainissement des finances publiques.

La Commission européenne soutient la Grèce dans ses efforts, a-t-il conclu, et considère que les mesures aujourd'hui sont "une preuve forte" de la détermination du gouvernement grec de respecter ses engagements.

Le ton était tout différent à Athènes, dans les autres partis de la gauche grecque.

Le KKE (communiste) a appelé les travailleurs à se mobiliser pour que le gouvernement revienne sur ses mesures économiques qui les mènent "droit au crematorium", dans un commentaire acerbe qui estime qu'elles profiteront à la ploutocratie grecque et européenne.

"Il est du devoir de tous les travailleurs, des couches populaires pauvres, de rejeter les dilemmes terroristes et les mensonges du gouvernement, de l'UE et de la ploutocratie, et de se soulever. Le patriotisme est un combat pour que le peuple ne fasse pas faillite".

Pour sa part, le président du GP de la SYRIZA (gauche radicale), Alexis Tsipras, à Bruxelles pour la réunion du GUE/NGL, a déclaré qu'avec les mesures économiques annoncées, le gouvernement a décidé avec "cynisme" "de fusiller" la société grecque et ses acquis. Il s'agit, a-t-il dit, "d'une attaque sans précédent contre le salariat depuis le retour de la démocratie en Grèce, le gouvernement appliquant des politiques hyper-néolibérales et plaçant l'économie grecque à la disposition des marchés de la spéculation et du capital bancaire international".

Enfin, le président de la ND (centre-droit), Antonis Samaras, a fait part mercredi de son opposition aux mesures économiques annoncées par le gouvernement, soulignant que "ces mesures ne constituent pas un moyen de sauvetage pour l'économie, mais au contraire la paralysent et blessent le tissu social".

"Les manoeuvres du PASOK au cours de ces cinq derniers mois ont mené le pays au bord de la faillite", a soutenu M. Samaras, soulignant qu'il s'agit de la responsabilité du PASOK actuel qui ne peut la porter sur d'autres. M. Samaras a encore estimé que les problèmes du pays sont graves, tout en reconnaissant que tous les partis gouvernementaux, y compris la ND, ont leur part de responsabilité.

Poursuivant sa critique, M. Samaras a accusé le premier ministre de ne "pas avoir eu le courage de présenter lui-même les mesures" et en a laissé la responsabilité au porte-parole du gouvernement, soulignant que si M. Papandréou avait pris ces mesures plus tôt, celles-ci seraient moins dures, moins douloureuses et ne seraient pas imposées par les contrôleurs communautaires.

Selon M. Samaras, "les mesures approfondiront la récession, car 25% à 30% du pouvoir d'achat des ménages seront perdus, et si des mesures ne sont pas prises pour donner un élan à l'économie, le gouvernement sera obligé à prendre de nouvelles décisions douloureuses pour le peuple".

Le président de la ND a rejeté l'augmentation de la TVA, l'augmentation de la taxe sur les carburants, ainsi que la réduction du 14e salaire, proposant au contraire une augmentation de la taxe sur le tabac et l'alcool, une plus grande imposition des objets de luxe, une augmentation des recettes via l'exploitation des biens publics, ainsi qu'une plus forte réduction des dépenses fonctionnelles de l'Etat.

Papandréou informe le chef de l'Etat des décisions difficiles mais nécessaires

Le premier ministre, Georges Papandréou, s'est référé "à des décisions difficiles n'étant pas simplement un choix, mais une nécessité", informant mercredi le président de la République, Carolos Papoulias, sur les nouvelles mesures économiques.

Le premier ministre a souligné que lui-même et son gouvernement luttent aux côtés du peuple grec pour une société juste, de grands changements qui apporteront la croissance, l'emploi et des perspectives d'avenir, soulignant en outre "compter naturellement à la solidarité européenne qui est un des volets de cet accord".

Papandréou reçoit les représentants des grandes centrales syndicales

Le président de l'Union des fonctionnaires (ADEDY), Spyros Papaspyros, a présenté au premier ministre des propositions d'économies dans toute l'administration publique, notant que "si nous voulons soutenir la cohésion sociale et que les mesures soient justes socialement, on ne peut procéder à des coups de ciseaux dans les salaires et les pensions".

M. Papaspyros, reçu mercredi par M. Papandréou, en même temps que les représentants des autres syndicats et du patronat, a informé le chef du gouvernement de la décision de l'ADEDY de se mobiliser contre les mesures économiques annoncées, demandant en outre une rencontre séparée gouvernement-ADEDY sur les questions de l'administration publique et des salaires, et de ne pas placer le dossier des caisses de sécurité sociale au rang des problèmes budgétaires.

Dimitris Assimacopoulos, président de la Confédération générale des professionnels, commerçants et artisans (GSBEE), a qualifié pour sa part ces mesures de "sévères", appelant toutefois à partir de demain "à parler surtout de développement et de production", Yannis Panagopoulos, président de la Confédération générale des Travailleurs de Grèce (GSEE), jugeant ces mesures "unilatérales et sans justice sociale", notant que "une fois encore, ce sont les idiots qui paient les frais".

Les commentaires du président de la Confédération nationale du Commerce grec (ESEE), Vassilis Korkidis, et Haris Kyriazis, vice-président de la Confédération des Entreprises et Industries (SEB), ont été plus modérés, le premier déclarant espérer ne pas se retrouver dans la même situation dans un an, et donc mettant en priorité de s'occuper de "gérer le lendemain", le second demandant au gouvernement d'adopter un "nouveau paquet de mesures" à caractère, non plus recettes comptables, mais productives, pour plus d'investissements, de compétitivité et d'encouragements à l'extériorisation des sociétés.

i-GR/ANA-MPA

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