le sport dans a zone occupée

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le sport dans a zone occupée

La République turque de Chypre du Nord (RTCN) est championne du monde de football. En 2006, cet Etat, reconnu uniquement par la Turquie, a remporté sa première Coupe du monde, en Allemagne, à l'issue d'une finale arrachée contre Zanzibar.

Il s'agissait de la "Fifi Wild Cup", une compétition parodiant la "vraie" Coupe du monde et réunissant les fédérations non reconnues par la toute puissante Fédération internationale de football (FIFA). Cette coupe, "nous ne la prenons pas vraiment au sérieux", commente Niyazi Okutan, le président de la fédération chypriote turque de football. Dans son bureau, quelques trophées poussiéreux s'entassent dans une vitrine, témoignages de rencontres disputées contre les sélections groenlandaise, tibétaine ou gagaouze.

Chiffres

La FIFA compte 208 fédérations contre 192 pays membres de l'ONU.

Exemples de territoires reconnus par la FIFA mais pas par l'ONU : Porto Rico, Bermudes, Nouvelle-Calédonie, Montserrat, îles Caïman, îles Vierges britanniques...

Equipes ayant participé à la "FIFI Wild Cup" en 2006 : Groenland, Zanzibar, Gibraltar, Tibet, République turque de Chypre du Nord.

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L'équipe de RTCN, non reconnue par la FIFA, est condamnée à disputer des matches sans enjeu. Prisonniers du conflit chypriote, les sportifs de ce territoire de 200 000 habitants, occupé depuis 1974 par l'armée turque, vivent une situation unique d'embargo sportif. La FIFA, qui réunissait autour de la même table, le 20 septembre, à Zurich, les présidents de fédération des deux communautés de l'île, a entamé un dialogue.

Le football chypriote turc "n'a pas d'existence légale, constate prudemment Jérôme Champagne, conseiller spécial du président de la FIFA, Joseph Blatter, et chargé de déminer ce dossier politique. Nous devons chercher des solutions pour permettre au football chypriote turc de s'exprimer. (...) De chaque côté, il y a des radicaux qui ne veulent rien céder sur les symboles et des réalistes qui veulent faire avancer les choses."

Début juillet, l'annulation d'un match amical entre le club anglais de Luton (2e division) et Cetinkaya, champion 2007 de RTCN, a révélé la profondeur du désaccord. Attendue comme un événement dans le nord de l'île, la rencontre a été annulée à la dernière minute, après une protestation de la fédération chypriote, la seule reconnue par la FIFA. De quoi provoquer le report des discussions prévues entre les leaders politiques des deux républiques, Mehmet Ali Talat et Tassos Papadopoulos. "Il suffisait que le club demande l'autorisation à la fédération chypriote, il l'aurait obtenue", assure Jérôme Champagne. Au siège de Cetinkaya, collé à la ligne verte qui divise l'île, cet argument est irrecevable. "Nous n'avons pas à demander une autorisation à quelqu'un qui ne reconnaît pas notre existence, rugit le président Zeki Ziya. Notre fédération doit être reconnue. C'est une question humanitaire."

Un mirador des casques bleus surplombe la pelouse bosselée, bordée par des maisons en ruine. Et l'escalier qui descend vers le stade, criblé d'impacts de balles, est clos par des barbelés. Le terrain d'entraînement de Cetinkaya, situé dans la zone tampon sous contrôle de l'ONU, évoque plus la guerre que le sport. Dans ce décor, les joueurs s'entraînent sans grande motivation. Les perspectives de carrières sportives sont quasi nulles en RTCN. Les footballeurs ont même posé nus sur un calendrier, sans réussir à convaincre les instances sportives.

Même la flamme olympique, de passage à Chypre avant les JO d'Athènes en 2004, avait soigneusement évité la zone nord. "Tout le problème de Chypre est là, résume Hasan Ali Biçak, président du comité national olympique, non reconnu par le CIO. Nous avions voté pour le plan Annan (le plan de paix onusien prévoyant la réunification de Chypre, rejeté par la partie grecque en 2003). Il prévoyait, pour le sport, l'existence de deux fédérations et d'un comité joint."

La seule issue possible reste l'émigration. Les cyclistes les plus talentueux du nord de Chypre courent sous les couleurs de la Turquie, dont ils ont le passeport. En août, trois d'entre eux participaient aux championnats du monde de VTT à Pra-Loup, en France. D'autres athlètes font le choix, plus difficile, de rouler pour "l'ennemi" : les Chypriotes turcs sont légalement citoyens chypriotes, et rien ne leur interdit de franchir la ligne de séparation.

Dervis, le capitaine de Cetinkaya, a ainsi failli partir cet été pour jouer à Morfou. "Le club a reculé au dernier moment, ils avaient peur de donner une mauvaise image à leur équipe", raconte-t-il. Le modeste spécialiste du demi-fond Zafer Sukusu a, lui, fait le choix, depuis deux ans, de courir avec le maillot de la République de Chypre pour tenter d'accéder à un niveau international. Pour la presse nationaliste chypriote turque, il est devenu un traître.

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