"L'Humanité", 2 XII 06: Coup de semonce à la Turquie

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"L'Humanité", 2 XII 06: Coup de semonce à la Turquie

Coup de semonce à la Turquie
Élargissement . La Commission européenne recommande un gel partiel des négociations en cours en vue de l’adhésion turque à l’UE. Mécontentement à Ankara, mais aussi à Chypre.

C’est un avertissement sérieux, mais attendu, qu’a adressé mercredi la Commission de Bruxelles aux autorités turques. Elle

recommande au Conseil européen de geler en partie les négociations en cours depuis un an en vue de l’adhésion de la Turquie à l’UE.

Les huit dossiers, sur trente-cinq, pour lesquels les pourparlers devraient être suspendus - le Conseil des ministres européens des affaires étrangères en décidera le 11 décembre - concernent le marché intérieur, la libre circulation des biens, les transports et la politique extérieure. Ils sont tous liés au blocage des négociations sur la question de Chypre, et sanctionnent en fait le refus d’Ankara d’ouvrir ses ports et aéroports aux bâtiments chypriotes. La présidence finlandaise avait mis fin lundi, sur un constat d’échec, à ses efforts pour convaincre les Turcs de respecter le protocole d’Ankara signé en 2005 et prévoyant l’application du libre échange avec Chypre, comme avec tous les pays membres de l’UE. La décision de la Commission était donc, comme l’ont déclaré Jacques Chirac, Angela Merkel et

Romano Prodi, « inévitable ». Mais le fait qu’elle ait été rendue publique plus tôt que prévu (on l’attendait pour le 6 décembre) et en plein sommet de l’OTAN lui donne une publicité particulière dont se serait sans doute bien passé le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan. Dans un premier temps, visiblement furieux, il a jugé cette recommandation « inacceptable ». Mais peu après, le porte-parole du ministre des Affaires étrangères, Abdullah Gül, déclarait : « Nous sommes déterminés à continuer sur le chemin de l’UE », écartant toute idée de rupture. Pour Bulent Ecevit, ancien député libéral turc et ardent lobbyiste de l’adhésion de son pays à l’Europe, « il ne s’agit pas d’un coup d’arrêt mais d’une difficulté comme en ont connu tous les pays candidats à l’adhésion ; le développement des relations entre la Turquie et l’Europe n’est pas linéaire, il progresse par sauts suivis de pauses, mais ne revient jamais en arrière. C’est cela l’important. »

Il est clair que la recommandation de la Commission vise à faire pression sur la Turquie pour qu’elle reconnaisse la partie grecque de Chypre. Les deux semaines qui restent avant la décision du Conseil, le 11 décembre, suffiront-elles à changer la situation ? Rien n’est moins sûr. Le gouvernement Erdogan doit faire face à la pression des nationalistes et de l’armée, hostiles à cette reconnaissance. Or la Turquie entre en 2007 dans une année électorale. La « pause » risque donc se prolonger, d’autant qu’elle arrange bien un certain nombre de pays européens qui ne cachent plus leur hostilité à l’adhésion turque. C’est le cas de l’Allemagne qui s’est montrée, avec l’Autriche, une des plus fermes partisanes du gel. France, c’est aussi le cas de l’UMP, malgré les efforts de Jacques Chirac pour promouvoir l’adhésion, et l’année électorale à venir n’est guère favorable à une décrispation.

Le sommet de Riga aura montré que la Turquie est de plus en plus un sujet qui divise : la Grande Bretagne par exemple, mais aussi le Portugal et l’Espagne ont été hostiles au gel prôné par la Commission. Tout n’est donc pas bouclé. Comme le déclarait le commissaire à l’élargissement, Olli Rehn : « Le train continue d’avancer, mais il y a des travaux sur la voie... »

Françoise Germain-Robin