Explication d'une expression biblique

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Explication d'une expression biblique

Bonjour,
Svp, j'aimerai avoir la définition de l'expression « les dominations », suivant le texte biblique:
"Car j'ai l'assurance que ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni les choses présentes ni les choses à venir," Romains 8:38

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Si vous posez cette question dans un forum sur la langue grecque, je suppose que ce que vous intéresse c'est comment ce passage de l'épître aux Romains était dans l'original. Et, là effectivement le rendu de "αρχαί" par "dominations" pose problème.

Voici l'original en grec de Προς Ρωμαίους:

8:38 πέπεισμαι γὰρ ὅτι οὔτε θάνατος οὔτε ζωὴ οὔτε ἄγγελοι οὔτε ἀρχαὶ οὔτε ἐνεστῶτα οὔτε μέλλοντα οὔτε δυνάμεις
8:39 οὔτε ὕψωμα οὔτε βάθος οὔτε τις κτίσις ἑτέρα δυνήσεται ἡμᾶς χωρίσαι ἀπὸ τῆς ἀγάπης τοῦ θεοῦ τῆς ἐν Χριστῷ Ἰησοῦ τῷ κυρίῳ ἡμῶν.

que je traduirais pour commencer par :

8.38 car je suis convaincu que ni la mort ni la vie ni les anges ni les "autorités" ni les "puissances" ni les choses présentes ni celles futures 8.39 ni hauteur ni profondeur ni une quelconque création autre pourra nous séparer de l'amour de Dieu en Jésus Christ notre seigneur.
(On reviendra sur "les autorités", "les puissances" et "les dominations" plus loin)

Le mot grec ἀρχή,  et ἀρχαί ou ἀρχές au pluriel respectivement en grec ancien et grec moderne, a toujours posé problème aux traducteurs car il exprime à la fois le commencement, le principe, l'ordre et l'autorité ; on pourrait aussi le comprendre comme la source du pouvoir absolu. Même aujourd'hui, on dit en grec moderne άρχοντας, c'est à dire détenteur de l'autorité, pour désigner un "seigneur" pas forcement dans le sens religieux mais surtout celui médiéval de "maitre" ou, plus moderne, de parvenu et de puissant (auquel on rattache certes les valeurs de la noblesse seigneuriale), et, on dit aussi αρχές pour désigner les autorités, les institutions, ou plutôt leurs représentants.

Déjà Saint Jean, qui commence son évangile par "Ἐν ἀρχῇ ἦν ὁ λόγος, καὶ ὁ λόγος ἦν πρὸς τὸν θεόν, καὶ θεὸς ἦν ὁ λόγος. οὗτος ἦν ἐν ἀρχῇ πρὸς τὸν θεόν.", a fait couler beaucoup d'encre aux traducteurs et interprètes qui cherchaient à comprendre et à faire comprendre le sens de cette phrase : Au commencement était celui qui est la Parole de Dieu. Il était avec Dieu, il était lui-même Dieu. Au commencement, il était avec Dieu. (bible Segond, protestant) ou Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement tourné vers Dieu. (traduction œcuménique). Si la première occurrence de "εν αρχή" ne pose pas trop de problème à la traduction et peut se traduire sans grand risque par "au commencement", la deuxième occurrence est plus problématique parce que rien à première vue n'indique que "ἦν ἐν ἀρχῇ πρὸς" se réfère de nouveau à une temporalité et non à une relation d'autorité.

Pour notre phrase aux Romains, voici quelques traductions en français :

En effet, j'ai l'assurance que ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni le présent ni l'avenir, ni les puissances, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur. (Traduction de Segond révisée 2007, protestant)

Car j'ai l'assurance que ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni les choses présentes ni les choses à venir, ni les puissances, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus Christ notre Seigneur. (traduction de Louis Segond 1910, protestant)

Oui, j'en ai l'assurance, ni mort ni vie, ni anges ni principautés, ni présent ni avenir, ni puissances, ni hauteur ni profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur. (La Bible de Jérusalem, catholique)

Oui, j'en ai l'assurance : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni le présent ni l'avenir, ni les puissances, ni les forces des hauteurs ni celles des profondeurs, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus Christ, notre Seigneur. (Traduction œcuménique)

Car je suis assuré que ni mort, ni vie, ni anges, ni principautés, ni choses présentes, ni choses à venir, ni puissances, ni hauteur, ni profondeur, ni aucune autre créature, ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu, qui est dans le christ Jésus, notre Seigneur. (Traduction J.N. Darby, protestant évangélique)

Quant aux traductions des orthodoxes en grec moderne, la plupart laissent le terme "αρχαί" tel quel, puisque le même mot existe en grec moderne et que les traducteurs supposent qu'il a le même sens aujourd'hui que hier, tout en s'épargnant de dire lequel.

On voit qu'en français, ce sont les termes "dominations" et "puissances" qui reviennent le plus souvent pour traduire "αρχαί". Dans ma traduction du début j'ai utilisé le terme "autorités" en le mettant entre guillemets pour pouvoir y revenir après cette brève étude. Si on regarde la structure de la phrase il est facile de voir que Paul utilise une rhétorique à base de couples d'oppositions, même si cette structure n'est pas systématique. Ainsi nous avons "οὔτε θάνατος οὔτε ζωὴ / ni mort ni vie", "οὔτε ἐνεστῶτα οὔτε μέλλοντα / présent-future", "hauteur-profondeur", etc. Nous pourrions alors envisager que "οὔτε ἄγγελοι οὔτε ἀρχαὶ" est aussi une opposition "anges / démons" auquel cas on pourrait comprendre que par "dominations" les traducteurs ci-dessus entendaient les "démons qui nous possèdent/dominent". Ce serait en ce cas faire fi des la non-systématicité des oppositions, c'est à dire "οὔτε δυνάμεις / ni puissances" et "οὔτε τις κτίσις ἑτέρα / ni création autre" qui restent orphelins d'opposé.

On peut cependant émettre une autre hypothèse : qu'à travers ces couples d'oppositions - mais pas seulement - la volonté de Paul est de faire un catalogue exhaustif de ce qui pourrait nous séparer de l'amour de Dieu afin de démontrer que rien-absolument-rien ne suffit à faire cette séparation. Dans ce cas, à la place du couple "οὔτε ἄγγελοι οὔτε ἀρχαὶ" on peut voir "οὔτε ἄγγελοι οὔτε ἀρχαὶ οὔτε δυνάμεις" une sorte de tryptique visant à décrire l'ensemble des pouvoirs auxquels on est soumis.

Les "ἄγγελοι" restent des "anges" ; "ἀρχαὶ" on pourrait le traduire par "institutions", "commandements" ou "gouvernements", mais je resterai plus terre-à-terre et préférerai le mot plus abstrait d'"autorités", dans le sens où si les anges représentent la volonté de Dieu et le pouvoir céleste, les autorités représentent la volonté politique et et le pouvoir terrestre. Cette approche est aussi conforme à l'esprit du "ἀπόδοτε οὖν τὰ Καίσαρος Καίσαρι καὶ τὰ τοῦ Θεοῦ τῷ Θεῷ / rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu, Marc 12:17" qui énumère à sa façon les deux pouvoirs, spirituel et institutionnel.

Il nous reste "δυνάμεις" qu'on peut traduire par "forces ou puissances" sous-entendu "autres/inconnues" afin de respecter la symétrie pour l'immatériel avec ce qui suit à propos du matériel où, à la fin de l'énumération, il est fait allusion à des choses encore inconnues "οὔτε τις κτίσις ἑτέρα / ni une quelconque création autre".

La structure de notre traduction retrouve ainsi la symétrie cohérente de l'original :

1 couple - 1 triptyque - 1 couple - 1 triptyque
θάνατος / ζωὴ - ἄγγελοι / ἀρχαὶ / δυνάμεις - ἐνεστῶτα / μέλλοντα - ὕψωμα / βάθος / κτίσις ἑτέρα
mort/vie - anges/archanges/autres puissances - présent/future - en haut/en bas/autre création
soit:
ensemble/cycle de la vie - ensemble immatériel : les pouvoirs (connues ou inconnues) - ensemble des temps - ensemble matériel : les créations (connues et inconnues)

Cela nous conduit à conclure avec la traduction suivante:

Car je suis convaincu que ni la mort ni la vie, ni les anges ni les autorités ni aucune autre force, ni les choses présentes ni celles futures, ni ce qui est au-dessus de nous ni ce qui est en-dessous ni une quelconque création autre, pourront nous séparer de l'amour de Dieu révélé en Jésus Christ notre Seigneur.

J'espère vous avoir éclairé plus qu'embrouillé, mais c'est ce que me venait à l'esprit en réponse à votre question.

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