"Nous espérons qu'il y aura un dialogue substantiel pour dégager au sein du Conseil de sécurité un consensus sur le rôle de l'ONU et pour les prochaines phases en Irak", a déclaré le ministre des Affaires étrangères Georges Papandreou, après avoir rencontré en qualité de Président en exercice du Conseil des Affaires générales de l'Union Européenne, le Secrétaire d'Etat américain Colin Powell et le Secrétaire général de l'Otan jeudi 3 avril à Bruxelles au sujet de la crise en Irak.
Toutefois le ministre grec a reconnu que personne n'avait actuellement arrêté une opinion sur le rôle que les Nations-Unies doivent jouer dans l'après-guerre en Irak.
Colin Powell maintient que les Etats-Unis et leurs alliés dans cette guerre doivent avoir le premier mot. Et façon de montrer que l'Union Européenne ne comptait pas pour lui en tant que unité politique, il a tenu a recevoir tous ses rendez-vous dans les locaux de l'Otan. De même il a préféré un marathon de rendez-vous brefs avec plusieurs ministres des Affaires étrangères des pays-membres de l'UE et de l'Otan, plutôt qu'une rencontre approfondie avec la Présidence du Conseil européen.
La France, qui commençait à se trouver isolée dans le camp de la "paix" après les revirements de la Russie et de l'Allemagne, malgré les tentatives de ces derniers jours de calmer le jeu et d'apparaître comme un soutien des Etats-Unis, risque malgré tout de déplacer l'affrontement avec les américains de la question de la résolution 1441 à la primauté du rôle de l'ONU dans la reconstruction de l'Irak.
Le ministre français des Affaires étrangères Dominique de Villepin y a vu aussi "une volonté de pragmatisme et de concertation" et même son homologue britannique s'est mis au diapason pour préserver un semblant d'unité européenne. Mais, Colin Powell tout en étant conscient du besoin des européens pour stabiliser politiquement la région, n'est pas disposé à faire des cadeaux à ceux que l'opinion publique américaine considère désormais comme des traîtres. Il a ainsi rappelé que la coalition "paye le prix politique, le prix financier et le prix en vies" et qu'elle tenait à jouer un rôle déterminant dans la façon d'envisager l'avenir de l'Irak.
Outre la politique, l'enjeu des marchés de la reconstruction et le financement pourraient bien constituer la principale discorde des deux côtés de l'Atlantique. Si les Européens ne veulent pas rester hors jeu, ils devront probablement se montrer plus généreux et mettre la main dans le portefeuille pour financer l'aide humanitaire et la reconstruction. La ministre suédoise des Affaires étrangères Anna Lindh ne pouvait mieux résumer la situation : "Ceux qui ont fait partie de l'alliance ont une responsabilité économique majeure, mais je pense que d'autres pays veulent aussi prendre part dans la reconstruction", a-t-elle dit.
Il reste que la France et l'Allemagne ne tiennent pas à financer la réparation des dégâts d'une guerre qu'ils n'ont pas voulu. Sauf que dans ces conditions, il leur sera difficile de continuer à revendiquer leur lot dans la répartition des marchés de reconstruction.