Volte-face du PASOK sur l'Education : la motion de censure contre le gouvernement dans le vide

Le Parlement a rejeté par 164 voix contre 122 sur un total de 286 votants la motion de censure déposée par le PASOK contre le gouvernement. "L'économie, l'éducation et la politique étrangère à elles seules justifient un recours à des élections anticipées", avait argumenté le leader socialiste Georges Papandreou, qui malgré un langage extrêmement dur à l'égard du gouvernement n'est pas parvenu à convaincre les autres partis de gauche, alors qu'au contraire il a réussi à souder le gouvernement dont les principaux ténors ont dénoncé le populisme de l'initiative.

Le président de la gauche radicale Synaspimos a qualifié le débat parlementaire de "théâtre d'ombres", tandis que la responsable communiste a ironisé appelant à une motion de censure la fois contre la ND et le PASOK.

Les députés de la ND et les députés indépendants, MM. Papathemelis et Mantouvalos, ont voté contre, les députés du PASOK, de Synaspismos et les députés indépendants, MM. Papantoniou et Manos, ont voté pour, alors que les députés du KKE s'étaient retirés de l'hémicycle, ne souhaitant pas participer au scrutin. Deux députés de la ND, Mme Kalantzakou et M. Spiliotopoulos, étaient absents.

Le premier ministre, Costas Caramanlis, a tranché dimanche au dernier jour du débat parlementaire que les élections auront lieu à leur heure, répondant à la requête d'élections anticipées du président du PASOK, Georges Papandreou, dans le cadre de la motion de censure contre le gouvernement déposée au Parlement, et assurant ne pas placer son intérêt personnel ou de parti au-dessus de l'intérêt national.

M. Caramanlis, s'il a reconnu que la demande de convoquer des élections anticipées était "séduisante", a toutefois noté qu'elle l'aurait été encore plus si le PASOK avait tout d'abord voté la révision de la Constitution "et surtout l'article 16", déplorant que le principal parti de l'opposition ait choisi de se soustraire de cette procédure d'importance cruciale dans la vie politique du pays.

M. Caramanlis a appelé les députés à "dire un non retentissant au populisme et à l'attitude anti-institutionnelle" de l'opposition. "Je demande un non dynamique à la tentative de polarisation, non à la tension sans cause ni raison, non à la retraite politique, non au volte-face politique", a-t-il dit notamment, pour lancer ensuite "Je demande un vote de continuation des changements et des réformes, je demande un vote de gouvernance responsable et de constance, un vote de respect des institutions, un vote de confiance vis-à-vis des citoyens, un vote de confiance dans le pays, dans le présent et l'avenir".

M. Papandreou à la tribune

Soutenant sa motion de censure, M. Papandreou, a affirmé qu'à elles seules les questions économiques, l'éducation et les affaires extérieures justifient un recours aux urnes, critiquant durement du reste le gouvernement sur tous les chapitres du programme gouvernemental, les ministres personnellement et le premier ministre, Costas Caramanlis, en particulier.

S'adressant directement au chef du gouvernement, il l'a accusé d'être parvenu "à être le pire des premiers ministres", et s'est interrogé pourquoi lui-même ou ses ministres "ne se sont-ils retirés faute d'être compétents".

Arguant la faillite, selon lui, du gouvernement, notamment en économie (la mise sous surveillance par l'UE coûte 1,5 milliard, a-t-il soutenu), dans l'administration publique (les recrutements "bleus"), l'ordre public (la désorganisation des services de lutte anti-terroriste), l'information et la presse (menaces sur les médias régionaux), mais aussi l'éducation (à qui les Grecs font-ils confiance, a-t-il dit, pour gérer les grandes questions de l'éducation, la loi sur les universités, l'article 16?), M. Papandreou a fait référence aussi à la politique étrangère, déclarant que le gouvernement est absent "des affaires européennes, touriste à Lucerne (où ont eu lieu les dernières concertations intercommunautaires chypriotes sous l'égide de l'ONU), absent dans les Balkans et pour le Kosovo".

Certes, M. Papandreou pouvait se sentir conforté dans sa démarche par le dernier sondage de Metron Analysis publié dans la dernière édition dominicale de Eleftherotypia et pour lequel 43,8% contre 38,1% estiment justifiée la motion de censure déposée par le PASOK contre le gouvernement (contre 38,1% exprimannt un avis contraire et 18,1% ne prenant pas position), mais sans doute a-t-il sous-estimé que ces mêmes sondés à 49,3% contre 37,4% demandent au premier ministre de ne pas accepter la convocation d'élections anticipées et qu'en matière d'éducation, il sont 45,7% à se prononcer pour des réformes tout de suite (avec l'actuel gouvernement) tandis que 39,2% préférant qu'elles aient lieu après les élections.

Jeudi dernier, le PASOK s'était certes retiré du débat sur l'art. 16 de la Constitution devant ouvrir la voie à la création d'universités privées, mais ayant soutenu initialement la reforme, Papandreou se devait de redorer son blason auprès des enseignants qui devraient se mobiliser cette semaine avec des annonces des grèves illimités dans les universités.

Un virage qui n'a pas forcement été apprécié des partis communistes ou d'inspiration communiste de gauche qui voient ainsi le PASOK revenir sur leur chasses gardées.

Le président de Synaspismos (gauche radicale), Alecos Alavanos, a parlé dimanche, en décrivant le débat sur la motion de censure déposée par le PASOK, de "théâtre d'ombres" et de "mise en scène truquée".

"Les protagonistes dans le débat aujourd'hui ne sont ni le gouvernement ni le principal parti de l'opposition. C'est le mouvement étudiant, le mouvement des enseignants, la direction et les membres de la Fédération panhellénique des personnels enseignants des Universités (POSDEP)", a déclaré M. Alavanos.

M. Alavanos, qui a confirmé que son parti continuera à participer à la discussion sur la révision de l'art. 16 de la Constitution sur l'enseignement supérieur, a critiqué le PASOK, estimant que la motion de censure se retourne contre ce parti et contre sa tactique suivie jusqu'à présent en ce qui concerne la révision de la Constitution.

Le secrétaire générale du KKE (parti communiste), Aleka Papariga, s'est déclarée quant à elle pour une motion de censure à la fois contre le gouvernement et contre le principal parti de l'opposition, informant dans le même temps que le KKE ne participera pas au vote sur la motion de censure.

"Le gouvernement est jugé sur sa politique, mais le PASOK est lui aussi jugé en tant que parti briguant le pouvoir. Mais les deux partis n'ont pas de différences, et le problème politique persiste", a-t-elle souligné.

En revanche, les principaux orateurs de Nea Dimokratia, ont apporté un soutien sans faille au premier ministre, d'autant que certains avaient été visées nommément par M. Papandreou.

Ainsi, le ministre des Affaires étrangères Mme Bakoyannis a rappelé au PASOK qu'il était le premier parti à demander une motion de censure pour sortir de ses [propres] problèmes accusant M. Papandreou de demander des élections, "non pas pour régler les problèmes du peuple, mais pour sortir de ses impasses à l'intérieur du parti".

Critiquant le retrait des députés du principal parti de l'opposition de la discussion et vote sur la révision de l'art. 16 de la Constitution sur l'enseignement supérieur, Mme Bakoyannis l'a caractérisé comme un acte politique ramenant les choses vers le passé, "un recul désordonné" visant à faire front aux divergences apparues au sein du parti sur la révision de l'art. 16.

Répondant aux attaques sur la politique étrangère du gouvernement, le chef de la diplomatie a insisté sur le consensus entre les partis, et déclaré ne pas voir de raison de créer des tensions ou d'exprimer des avis contraires non existants. "Il n'est pas bon pour le pays de mêler des politiques de partis dans les questions de politique étrangère", a -t-elle recommandé.

Le ministre d'Etat, enfin, et porte-parole du gouvernement, Theodoros Roussopoulos, a regretté qu'"une fois encore" les socialistes soient "absents des choix cruciaux pour l'avenir et, avant tout, pour l'éducation. La majorité des Grecs, dans tous les sondages, montrent qu'ils demandent un large consensus que nous, pour notre part, ambitionnons et attendons. Vous, toutefois, vous avez choisi de vous retirer de la discussion sur la révision de la Constitution. Vous avez fait la preuve, en agissant ainsi, que vous restez englués dans le passé", a-til dit à l'adresse des socialistes.

i-GR/ANA-MPA

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