Rapport annuel du gouverneur de la Banque de Grèce. Situation dramatique à l'horizon 2015

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Le gouverneur de la Banque de Grèce (BdG), Nicos Garganas, a averti d'une nouvelle tendance à la hausse des taux d'intérêt de la BCE, recommandant la prudence pour les emprunts, lors d’une intervention devant les actionnaires de la BdG jeudi à l'occasion de la parution du Rapport annuel 2005 de la Banque centrale. Se voulant optimiste sur la marche de l’économie grecque malgré une croissance en léger ralentissement en 2006, M. Garganas s’est fait plus alarmiste sur le long terme où les effets du vieillissement de la population devraient se sentir « dramatiquement » dès 2015.


"Nous devons nous attendre, a-t-il déclaré, à ce que la Banque centrale européenne (BCE) procède à de nouvelles hausses des taux", les consommateurs devant alors en tenir compte sérieusement, précisant encore que "le rythme des hausses des taux de la BCE dépendront des taux de croissance de l'économie européenne et, plus généralement, des répercussions indirectes de la montée des prix du pétrole".

En ce qui concerne l'économie grecque, la Banque de Grèce estime que la flambée des prix internationaux du pétrole n'aura pas de conséquences graves pour la Grèce, tablant par ailleurs sur un taux de croissance en 2006 légèrement en recul par rapport à l'année précédente (3,5% au lieu de 3,7%), alors qu'est prévu pour l'inflation une baisse de 0,2% (3,3% au lieu de 3,5%).

L'argent plus cher, si la BCE augmente ses taux, devrait entraîner une demande moins forte dans l'immobilier et maintenir les salaires à leurs niveaux actuels, M. Garganas n'excluant pas à moyen terme une chute des prix dans certaines régions.

Une fois encore, le gouverneur de la BdG a recommandé l'accélération de la mise en application des reformes structurelles, essentiellement au plan du marché de l'emploi et de la sécurité sociale, mentionnant en particulier une limitation nécessaire des départs anticipés à la retraite et des mesures contre l'évasion fiscale.

Selon le Rapport annuel, il est de toute urgence de revoir le système de sécurité sociale en raison du problème du vieillissement de la population. Du point de vue Dépenses pour les pensions/PIB, le rapport s'établit à 12,4% en 2005 et à 22,6% en 2050, les dépenses de santé représentant 5,1% et 6,8% respectivement. Vieillissement de la population et faible natalité font que, à cette échéance, l’indice de « dépendance des personnes âgées », c'est-à-dire la part de la population de de 65 ans sur les actifs (15-64 ans) sera un des plus élevés des pays de l’OCDE. En 2005, les plus de 65 ans représentaient 26,8% de la population âgée de 15-64 ans, cette proportion sera de 60,4% en 2005 !

Idem pour les dépenses publiques pour les pensions et retraites, alors qu’elles sont déjà parmi les plus élevées de l’OCDE, elles devraient, avec les données actuelles, croître à un des rythmes les plus soutenus également. Le problème sera d’autant plus dramatique que l’endettement de la Grèce étant le plus élevé de l’Union européenne, le budget public n’aura la possibilité de contribuer à faire face au problème que si la dette représentant actuellement 107,5% du PIB descend en dessous du taux de 60% d’ici 2015. Ceci suppose un excédent budgétaire de 5,1% par an, alors que le plan de stabilité et de développement du gouvernement ne prévoit que des excédents des 2,5% en moyenne sur les prochaines années.

Commentant le fort taux de chômage en Grèce malgré une croissance économique forte, M. Garganas a qualifié ce problème de "structurel", proposant l'adoption de politiques visant à une plus grande flexibilité, plus de recrutements et de meilleures compétences professionnelles.

Enfin, le rapport conclut sur une note plus sombre en tirant la sonnette d'alarme a propos de la hausse du déficit de la balance des échanges courants, celui-ci étant le signe de la faiblesse de la compétitivité de l'industrie grecque. Le fait que la compétitivité de l'économie grecque a régressé de 12,5% entre 2001-2005 et de 30% en termes de coût du travail est révélateur de cette situation, les remèdes proposés par la BdG étant une amélioration de l'environnement des affaires, de la fiscalité des entreprises et de l'efficacité du secteur public. Le rapport de la BdG mentionne à ce propos le classement de la Grèce à la 80e position parmi 155 pays dans l’indicateur de « la facilité à entreprendre » établi par la Banque mondiale.

Etaient présents a cette manifestation, les ministres de l'Economie et des Finances, du Développement et de l'Emploi, MM. Alogoskoufis, Sioufas et Tsitouridis, les gouverneurs et présidents des grandes banques, ainsi que le président de l'Union des employés des banques (OTOE), Dimitris Tsoukalas.

Sans surprise, la gauche et les syndicats ont dénoncé aussitôt les propositions du gouverneur de la Banque de Grèce.

"Les prises de position cyniques de M. Garganas [sont] un nouvel appel à l'accélération des mesures de démolition de la sécurité sociale, de l'augmentation de l'âge de départ à la retraite et de la baisse du coût du travail", fait remarquer le KKE (communistes).

De son côté, la GSEE (Confédération syndicale) soutient que M. Garganas "a réitéré de manière monotone et inlassable les recettes néolibérales les plus extrêmes pour l'économie du pays, en proposant des politiques encore plus dures d'austérité et de chômage".

i-GR/ANA-MPA

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