Bakoyannis - Rice : passage en revue des questions régionales sans fausse note

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Le secrétaire d'Etat américain, Condoleezza Rice, est arrivée mardi matin pour une brève visite de travail à Athènes au cours de laquelle elle a eu un premier entretien avec son homologue, Dora Bakoyannis. L'ensemble des questions bilatérales et internationales et notamment sur le programme nucléaire de l'Iran, ont été passées en revue, mais si l’identité des points de vue a été mise en avant, les recommandations de Mme Rice à Chypre de ne pas entraver la marche européenne de la Turquie vers l’Europe ont laissé ses interlocuteurs sans… voix, au moment même où l’opposition de gauche se faisait entendre dans la rue.


Au menu des entretiens des deux ministres des Affaires étrangères se trouvaient l'ensemble des questions régionales et internationales, telles que le programme nucléaire de l'Iran, les développements dans la marche européenne de la Turquie, la question chypriote, la situation dans les Balkans et, plus particulièrement, le statut final du Kosovo, ainsi que la question concernant la sécurité de l'énergie.

La garantie de la stabilité et du progrès dans l'Europe du Sud-Est, la lutte contre la pauvreté, la prévention de la prolifération des armes nucléaires, la lutte contre les catastrophes naturelles et la répression du terrorisme international sont les champs politiques de coopération entre la Grèce et les Etats-Unis, a affirmé le ministre des Affaires étrangères, Dora Bakoyannis, dans une conférence de presse commune à l'issue de son entretien avec son homologue américain, Condoleezza Rice.

Mme Bakoyannis a notamment souligné que les relations greco-américaines sont particulièrement bonnes depuis de nombreuses années, faisant état de l'instauration d'une relation stratégique entre la Grece et les Etats-Unis, ainsi que des relations traditionnelles d'amitié et de coopération. "Nos objectifs coïncident en grande partie. Mais comme cela est naturel pour des pays démocratiques où domine la liberté d'opinion, nous ne nous accordons pas toujours sur la façon dont ces objectifs doivent être atteints, et c'est pourquoi notre coopération continuera d'etre systématique. Nous recherchons une meilleure coordination et le développement de nos relations bilatérales au niveau politique et économique dans notre intérêt mutuel", a-t-elle souligné.

Au sujet de l’Iran, Mme Rice a dit qu'"aucun choix n'est retiré (de la table des négociations)" tout en mettant l'accent sur le fait que la priorité majeure de Washington pour l'instant est de renforcer l'effort diplomatique alors que de son côté, Mme Bakoyannis a affirmé que la Grèce reste ferme sur ses positions quant à la coordination de l'UE ainsi que sur la prise de décisions dans le cadre du Conseil de Sécurité de l'ONU.

Mme Bakoyannis a relevé que les "Etats-Unis ont conscience que l'Iran n'est pas l'Irak", précisant toutefois que "le président américain ne retire aucune option de la table (des négociations)".

Interrogée sur l'éventualité d'imposer des sanctions à l'Iran, Mme Rice a expliqué que son pays n'a pas de différend avec le peuple d'Iran qui, ainsi que nous l'estimons, "mérite un meilleur traitement que celui que lui réserve les actuels dirigeants qui isolent de plus en plus le pays. Nous ne discutons pas si Téhéran a le droit de disposer ou non de l'énergie nucléaire pour un usage civil. L'Iran peut disposer de l'énergie nucléaire pour un tel usage, mais étant donné son attitude antérieure, il sera nécessaire qu'il présente des garanties tangibles qu'il ne procèdera pas à la production d'armes nucléaires. Lorsque la communauté internationale demande à un Etat membre de faire quelque chose, il faut que cet Etat soit crédible".

Mme Rice avait été plus explicite sur l’attitude américaine dans les jours à venir, dans une interview accordée dès son arrivé le matin à l’hôtel à l’ANA-MPA et à quatre quotidiens grecs. Pour le chef de la diplomatie américaine, les chances que les membres du Conseil de sécurité adoptent une position unique sont très limitées, faisant clairement entendre que dans ce cas, tout Etat souhaitant adresser un message sévère à l'Iran doit le faire dans le cadre de "L'Alliance de ceux qui le veulent" (Alliance of the Willing), "cette Alliance ne signifiant pas qu'elle souhaite une intervention armée, mais que si l'on n'arrive pas à se mettre d'accord sur certains pas raisonnables au Conseil de sécurité pour faire pression sur l'Iran, certains pays le souhaitant peuvent le faire".

De son côté, Mme Bakoyannis a exprimé l'intérêt du gouvernement grec au sujet du programme nucléaire de l'Iran et souligné la nécessité d'une coordination de l'UE et de la prise de décisions dans le cadre du Conseil de Sécurité. "Nous sommes au milieu d'un effort diplomatique qui dispose encore d'outils pour être efficace", a souligné Mme Bakoyannis, qui a invité Téhéran à éviter toutes déclarations pouvant accentuer la méfiance de la communauté internationale.

Au chapitre de la question chypriote et de l'adhésion de la Turquie à l'UE, Mme Rice a souligné que "Chypre a intégré l'UE alors qu'elle était encore divisée et je pense qu'il y avait à l'époque une certaine compréhension de la part de Nicosie quant à son intention de ne pas s'opposer par la suite à l'adhésion de la Turquie", ajoutant que "Chypre doit contribuer aux efforts pour sortir le nord de l'île de son isolement et agir avec responsabilité en ce qui concerne le respect des objectifs que nous considérons comme indispensables à l'adhésion de la Turquie à l'UE".

Mme Rice s'est en outre déclarée favorable à l'orientation européenne de la Turquie tout en reconnaissant toutefois qu'Ankara doit remplir ses obligations et en mettant l'accent sur "le rôle constructif" joué par la Grèce.

La marche européenne de la Turquie continue à être une priorité majeure de la politique des Etats-Unis pour la région, a dit la diplomate américaine, insistant sur le fait que "la Turquie doit adhérer à l'UE".

Mme Rice a reconnu toutefois qu'"il existe des critères qui doivent être remplis", ajoutant que les Etats-Unis encouragent à la fois l'UE et la Turquie de progresser dans cette voie, car "la Turquie est un pays européen, et il doit avoir cette perspective. Bien sûr, il reste beaucoup à faire, et la question chypriote figure parmi les questions qui doivent être réglées. Nous pensons que la Turquie et Chypre doivent faire toutes deux preuve de bonne volonté et déployer tous leurs efforts. Chypre a adhéré à l'UE alors qu'elle était encore divisée, et je pense qu'il y a eu à l'époque un certain accord sur le fait que Nicosie ne ferait non seulement rien pour empêcher l'adhésion de la Turquie, mais y contribuerait activement dès lors que l'UE en décidait en ce sens. Nous encourageons toutes les parties concernées: la Turquie à faire ce qu'elle doit faire, mais aussi Chypre à faire ce qu'il faut afin de sortir le Nord de Chypre de son isolement et à agir de façon responsable dans l'effort pour que soient satisfaits les éléments importants en vue de l'adhésion de la Turquie".

Mme Bakoyannis s'est également déclarée favorable à l'adhésion de la Turquie, qui doit toutefois, a-t-elle insisté, être perçue comme la récompense à la capacité Ankara de se conformer pleinement à la marche européenne qu'elle a elle-même choisie de suivre. Le chef de la diplomatie grecque, qui a encore mis l'accent sur la nécessité du fonctionnement sans problème du Patriarcat oecuménique, a mis en relief les décisions courageuses politiques et économiques prises par la Grèce vis-à-vis de la Turquie. "Nous attendons la réponse de la Turquie qui, pour l'instant, n'est pas à la hauteur des circonstances. Au contraire, malheureusement, nous faisons face souvent à des provocations qui ne vont pas de pair avec l'esprit de bon voisinage, ni avec les aspirations européennes de la Turquie", a affirmé Mme Bakoyannis, tout en réitérant en outre qu'Athènes compte sur "un règlement viable et fonctionnel de la question chypriote", parlant à ce sujet d'une "nouvelle dynamique qui s'est développée ces derniers temps et qui doit être mise en valeur par tous".

La situation des Balkans et plus particulièrement le statut du Kosovo était également inscrit au menu des entretiens des deux ministres qui ont évoqué un règlement qui puisse garantir la stabilité de la région, de même que la situation au Moyen Orient, la lutte contre le terrorisme international et la sécurité des ressources énergétiques.

Les deux ministres ont enfin évoqué la question de la sécurité en matière d'énergie, Mme Rice soulignant pour sa part que "cette question ne concerne pas seulement les Etats-Unis, mais aussi l'UE qui discute d'ores et déjà de solutions alternatives", pour insister encore sur le fait que "Washington soutient la diversité dans les sources d'apprivisionnement" et exprimer son inquiétude face au "monopole russe".

De son côté, Mme Bakoyannis a évoqué l'affirmation de la Grèce en carrefour de l'énergie, soulignant que le gouvernement grec considère important qu'il existe des sources d'énergie diversifiées.

Après son entretient avec Mme Bakoyannis, Condoleezza Rice a été reçue pour un bref entretien par le Premier ministre, M. Caramanlis.

Le ministre des Affaires étrangères, Dora Bakoyannis, a eu un entretien téléphonique avec le président de la République chypriote, Tassos Papadopoulos, à l'issue de son entrevue avec Mme Rice.

Manifestations de l’opposition

Le responsable de la section Politique étrangère, Sécurité et Défense du Bureau politique du PASOK (socialistes), Christos Papoutsis, a déclaré que "la visite du secrétaire d'Etat américain, Condoleezza Rice, à Athènes a provoqué plus de préoccupations et d'inquiétudes auprès du peuple grec", qualifiant à cette occasion d'"inacceptable" la mention faite par Mme Rice à "Chypre du Nord" et déplorant que cette expression soit restée sans commentaire et sans aucune réaction de la part du ministre des Affaires étrangères, Dora Bakoyannis, qui était présente.

Evoquant la question de l'Iran, M. Papoutsis a affirmé que "nous sommes opposés à toute perspective de guerre" et invité le gouvernement "à informer clairement le peuple grec des positions qu'il compte prendre dans le cadre des décisions critiques du Conseil de sécurité de l'ONU, de l'UE et de l'OTAN".

Dans un commentaire, le KKE (communistes) a estimé que "rien de bon n'est à prévoir pour le peuple grec et les peuples des Balkans et de la région du Moyen-Orient".

Au nom de Synaspismos, le secrétaire du Comité central, Nicos Hountis, a condamné les interventions des forces spéciales de la police (MAT) contre les manifestants.

En effet, neuf personnes ont été arrêtées mardi par les forces de l'ordre, après les incidents le matin même au centre d'Athènes, au cours des deux manifestations séparées organisées contre la visite du secrétaire d'Etat américain.

Les incidents ont eu lieu lorsque les manifestants réunis à l'appel du Forum social grec ont tenté de forcer le barrage des forces de police, lesquelles ont répondu aux cocktails Molotov par des gaz lacrymogènes. Les jeunes se sont attaqués ensuite à une dizaine de magasins, brisant les vitrines et brûlant trois voitures.

Entre temps, les manifestants du KKE réunis au début aux Propylées ont remonté l'avenue Panepistimiou pour emprunter, faute de pouvoir avancer vers la place Syntagma, la rue Amerikis et descendre ensuite l'avenue Academias avant de se disperser dans le calme.

A Thessalonique, les manifestations séparées du KKE-PAME d'une part, de Synaspismos, du Forum et de "L'Alliance Stop à la guerre", étaient programmées dans la soirée, devant aboutir au consulat américain.

i-GR/ANA-MPA

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