Ericsson et Vodafone se renvoient la responsabilité des écoutes illégales en Grèce

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Le cerveau des écoutes illégales se trouvait au sein d'Ericsson-Vodafone, selon les éléments de l'ADAE (Autorité de garantie du secret des communications) contenus dans le rapport remis à la commission des institutions et de la transparence du parlement hellénique, alors que le directeur-conseil de Vodafone appelé à déposer devant la même commission s'est contenté de dégager toute responsabilité de sa société, disant qu'"elle n'a pas commandé, ni installé" le logiciel ayant permis d'écouter la veille des Jeux olympiques d'Athènes une centaine de personnalités, dont le Premier ministre lui-même et le ministre de la Défense. Le mystère demeure dont entier sur les auteurs des écoutes et leurs mobiles.


Selon le rapport de l'ADAE, le logiciel intrus était installé dans trois centres de Vodafone et avec des fonctions qui n'étaient pas utilisées habituellement par Vodafone ni par d'autres sociétés grecques, mais sa de nature générique permettrait de l'installer dans n'importe quel système Ericsson, la société mère de Vodafone. Juqsqu'à présent, un seul centre était connu et la révelation de l'ADAE laisse entendre que la couverture géographique des écoutes illégales était plus large que celle estimée initialement. Toutefois, l'investigation de l'ADAE est limitée par le fait que Vodafone, soutenant qu'elle n'entretien pas des archives complètes de l'activité de ses centres, n'a pas fourni à l'Autorité indépendante les archives des dates les plus sensibles, c'est-à-dire ceux précédant les Jeux Olympiques.

Commentant ces nouveaux éléments, le porte-parole du gouvernement, Théodoros Roussopoulos, a dit que Vodafone n'avait jamais fourni auparavant au gouvernement les éléments dont fait état le rapport de l'ADAE.

Le directeur-conseil de Vodafone, Giorgos Koronias, a expliqué devant la Commission parlementaire, où il était appelé à déposer jeudi dernier, que c'était la société-mère Ericsson qui avait installé le logiciel dans les centres Vodafone, mais à l'insu de cette dernière. "A notre demande d'explications à Ericsson le 13/2/2006", a dit M. Koronias, "il nous a été répondu que cette installation a eu lieu pour des raisons de sécurité suite aux attentats du 11 septembre aux Etats-Unis, sur la demande de plusieurs de ses clients [d'Ericsson]". "Un tel logiciel est connu seulement par des sociétés fournisseurs, nous en tant qu'opérateurs nous n'avons pas la compétence nécessaire pour l'écrire, ni pour l'installer. […] Seulement un personnel autorisé peut activer un tel logiciel qui nécessite une série de codes et de paramètres que seule Ericsson est en mesure de connaître", a dit encore le responsable de Vodafone.

Toutefois, malgré cette réponse sans ambiguïté sur la part d'Ericsson, M. Koronias, continue à faire état d'une installation mystérieuse par des gens "disposant peut-être même d'une compétence supérieure à celle d'Ericsson".

Enfin, M. Koronias, a expliqué que la découverte de ce logiciel-espion a eu lieu le 10 mars 2005 et que dès qu'il a vu dans la liste des personnes sous écoute "5-10 noms d'hommes politiques parmi lesquels celui du premier ministre", a réalisé qu'il s'agissait d'une "question de sécurité nationale, et c'est en fonction de cela que nous avons agit en informant immédiatement le gouvernement".

La Commission parlementaire devrait entendre la semaine prochaine le directeur d'Ericsson Hellas ainsi que le directeur du bureau politique du Premier ministre, Giannis Angelou.

Ericsson Hellas, dans un communiqué publié après la déposition du responsable de Vodafone, refuse toute responsabilité dans l'affaire rappelant que c'est Ericsson qui a découvert la première les écoutes illégales et que c'est elle qui a par la suite informé Vodafone. Ericsson déclare qu'elle n'a aucun rapport avec la création, l'introduction et l'utilisation du logiciel espion dans le réseau de Vodafone.

Le porte-parole par intérim du gouvernement, Evanghelos Antonaros, répondant aux questions de presse vendredi sur les écoutes téléphoniques, a réitéré que le gouvernement était résolu à faire toute la lumière sur cette affaire, le concernant à plus d'un titre, puisque les cibles principales ont été le premier ministre, Costas Caramanlis, et le gouvernement.

A un journaliste qui faisait observer que le directeur-conseil de Vodafone, entendu en commission parlementaire la veille, aurait "photographié", selon lui, des services secrets étrangers alors que le gouvernement évitait de prendre position sur cet avis, M. Antonaros a rappelé que toute personne, y compris M. Koronias, ayant des preuves de ces allégations, sont tenus de les déposer auprès du procureur.

M. Antonaros n'a pas par ailleurs souhaité commenter la proposition du député de la ND et ancien président du parti, Miltiade Evert, a propos de la confrontation entre les représentants de Ericcson et de Vodafone, cette question étant de la compétence de la commission parlementaire, alors qu'expliquant les déclarations la veille du ministre de l'Ordre public, Vyron Polydoras, jugeant "novice" l'Autorité de protection du secret des communications, il a déclaré que "le ministre voulait dire que ADAE n'a encore que quelques mois d'existence".

Une directive communautaire pour la protection du secret des communications à partir de février 2007

Les auteurs des écoutes téléphoniques illégales doivent être sanctionnés selon la loi, a déclaré le vice-président de la Commission européenne, Franco Frattini, chargé de la Justice, de la Liberté et de la Sécurité, en visite à Athènes depuis jeudi, commentant le fait que notamment le premier ministre, M. Caramanlis, des ministres, dont celui de la Défense, des hauts gradés de la police, et les services de sécurité des JO d'Athènes aient été mis sur écoutes.

S'exprimant, lors d'une conférence de presse vendredi dans les bureaux de la Représentation de la commission européenne à Athènes, M. Frattini a rappelé que la directive communautaire concernant le cadre d'actions de lutte contre les écoutes illégales, d'ores et déjà prête, devrait être mise en application à partir de février 2007 par les Etats-membres qui seront tenus d'harmoniser leurs législations nationales.

M. Frattini a estime que dans le cas de la Grèce, la justice ayant été saisie de l'enquête, il ne reste plus qu'a attendre les résultats.

i-GR/ANA

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