La Grèce salue 'le moment historique', d'un accord de l'UE avec la Turquie pour l'ouverture des négociations d'adhésion

molyviatis blazy

"Un moment historique", "le début d'une nouvelle époque", telles ont les premières déclarations du ministre des Affaires étrangères, Petros Molyviatis, après l'accord intervenu lundi soir à Luxembourg en Conseil des Affaires générales permettant d'ouvrir les négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE. Même climat à Ankara où dès dimanche le Président turc, Ahmet Necdet Sezer, estimait que les relations actuelles entre la Grèce et la Turquie entrent dans une ère nouvelle, tandis que le Patriarcat oecuménique de Constantinople rappelait que dès le début des années '90 il avait soutenu les aspirations européennes de la Turquie.

S'adressant à la presse lundi soir, M. Molyviatis a rappelé que cet accord avait été le résultat de discussions longues et difficiles, mais que la Grèce et Chypre avaient réussi à consolider tous leurs objectifs sur base d'engagements juridiques et textes institutionnels.

Une nouvelle période s'ouvre dans les relations Grèce-Turquie, une période "de paix et de stabilité" qui avantagera le peuple grec mais aussi le peuple turc, et toute la région, veut croire M. Molyviatis, exprimant par ailleurs l'espoir que les mauvaises relations du passé avec la Turquie se transformeront. Ce que souhaite la Grèce stratégiquement, a poursuivi le ministre, c'est de transformer "notre voisin" en une région de paix, de sécurité et de stabilité, et ceci peut se réaliser uniquement par la voie européenne. C'est pourquoi la Grèce vise aussi à l'adhésion à l'UE de tous les pays balkaniques et de la Turquie.

A propos de la déclaration sur le paragraphe 5 (devenu paragr. 7) de la présidence britannique, M. Molyviatis la qualifiée comme étant purement interprétative, soulignant qu'elle n'a aucun impact juridique, se referant par contre au fait que la Turquie ne peut désormais empêcher la participation de Chypre dans la Politique européenne de défense et sécurité, sans en subir des conséquences dans sa marche vers l'UE.

Plutôt dans la journée la Grèce avait exclu toute renégociation du paragraphe 5 du texte du cadre de négociations de l'UE avec la Turquie, estimant qu'il y a la une ligne rouge infranchissable. Le paragraphe 5 mentionne que la Turquie - au cours de la période allant jusqu'à son adhésion à l'UE - devra progressivement harmoniser ses politiques à l'égard des pays tiers et ses positions au sein des organismes internationaux avec les politiques et les positions de l'UE, ce qui signifie que la Turquie est invitée implicitement, mais clairement, à ne pas poser d'obstacles à l'adhésion de Chypre à des organisations internationales.

Enfin, M. Molyviatis s'est dit satisfait du progrès en ce qui concerne la Croatie. Une décision sur l'ouverture des négociations avec la Croatie a été prise dès lundi soir après l'avis du procureur du TPI pour l'ex-Yougoslavie, Carla Del Ponte, déclarant que Zagreb coopérait pleinement avec son tribunal. C'était la contrepartie réclamée par l'Autriche pour qu'elle n'exerce pas son veto à l'ouverture des négociations avec la Turquie.

Dimanche soir, les ministres des Affaires étrangères de l'UE, réunis en conseil à Luxembourg, avaient échoué à trouver un accord dans la nuit sur le cadre des négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE et ont dû interrompre leurs travaux. Le conseil des ministres des Affaires générales de l'UE s'est réuni à nouveau lundi dès 10h30 pour reprendre les débats, mais en fin d'après-midi l'Autriche réclamait toujours qu'une option de "partenariat privilégié" avec la Turquie soit introduite dans le texte et que les négociations ne conduisent pas obligatoirement à l'adhésion. Vers 18h00 et alors que la présidence britannique était sur le point de jeter l'éponge, l'Autriche a levé ses objections après qu'elle ait obtenu l'engagement de l'UE d'ouvrir les négociations avec son poulain, la Croatie, dont les négociations étaient ploquées parce qu'accusé par la procureure du TPI pour l'ex-Yougoslavie, Carla Del Ponte de ne pas coopérer "pleinement" pour livrer au TPI les responsables des massacres lors des guerres qui ont suivi l'éclatement de la Yougoslavie.

Dimanche, le Président de la Turquie, Ahmet Necdet Sezer, estimait que les relations actuelles entre la Grèce et la Turquie facilitent le règlement des questions bilatérales. "Les développements dans les relations de la Grèce et de la Turquie ont créé des conditions qui facilitent le règlement des questions bilatérales", a-t-il souligné à l'occasion de l'ouverture des travaux de l'Assemblée nationale turque à Ankara. "Nous exprimons notre volonté de développer nos relations avec la Grèce sur la base du respect mutuel, de la confiance et de l'amitié", a-t-il ajouté en exprimant "l'espoir que la Grèce exprime clairement une volonté identique et poursuive ses efforts sincères pour le maintien du dialogue". C'est-à-dire que si concession turque il y a, ce sera donnant-donnant.

"Le 3 octobre 2005 restera dans l'histoire comme le jour de la Rencontre de l'UE et de la Turquie en vue de l'acceptation de valeurs communes", indiquait un communiqué publié dimanche par le Patriarcat oecuménique de Constantinople, une institution habituée à jouer le valet du pouvoir turc pour préserver ses maigres marges d'exercice de son ministère.

Le communiqué rappelle notamment que "dès le début des années '90 le Patriarcat oecuménique et son Patriarche estimaient que - si les valeurs de l'UE expriment le point de référence d'une civilisation moderne- la Turquie a sans aucun doute le droit d'en faire partie", soulignant encore que "la Turquie avec sa structure sociale et religieuse viendra enrichir l'UE".

 

Après l'annonce de la fin des concertations entre les ministres des Affaires étrangères des Etats-membres de l'UE, le ministre turc des Affaires étrangères Abdullah Gül, quittait Ankara pour le Luxembourg. "Nous avons trouvé un accord. 'Inch Allah', nous partons pour le Luxembourg", a-t-il dit.

Cette journée éprouvante pour les diplomates finie, la cérémonie, initialement prévue à 15h, pouvait commencer à minuit. Demain, c'est le cauchemar des ministres des Finances qui commence lesquels devront trouver entre 16 et 28 milliards d'euros de fonds européens par an que Bruxelles estime que la Turquie - pays le plus peuplé de l'Union - absorbera en 2025. Un coût jamais vu jusqu'ici qui viendra s'ajouter à toutes les aides pour accompagner les reformes et l'adaptation de la Turquie aux normes de l'Union européenne.

i-GR/ANA

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