Interview du Président de Chypre : 'la normalisation des relations de la Turquie avec Chypre signifie le retrait de l'armée turque'

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Le Président chypriote, Tassos Papadopoulos, s'est expliqué pour la première fois depuis l'ouverture des négociations pour l'adhésion de la Turquie à l'UE

Le gouvernement de Chypre s'est assuré de l'engagement de la Turquie à contribuer à la recherche d'une solution globale de la question chypriote dans le cadre de l'ONU et conformément aux principes de l'Union européenne, a soutenu de Président chypriote, Tassos Papadopoulos, lors sa première rencontre télévisuelle avec la presse depuis l'accord sur l'ouverture des négociations pour l'adhésion de la Turquie à l'UE lundi dernier.


Le Président Papadopoulos a encore rappelé que son "but constant et inébranlable est une résolution de la question chypriote qui renversera les données du régime d'occupation et qui garantira les intérêts du peuple chypriote dans son ensemble".

M. Papadopoulos a remercié le gouvernement grec pour son soutien constant et actif et a souligné les positions positives des autres Etats-membres de la Communauté européenne, "sans lesquels nous n'attendrions pas nos objectifs dans les négociations".

Le Président chypriote a indiqué qu'il avait déposé auprès du Secrétaire général des Nations Unies les modifications souhaitées au plan Annan. "Malgré la position intransigeante de la Turquie", a-t-il dit, "le Secrétaire général ne doit pas abandonner ses efforts, au contraire, il doit continuer avec les rythmes et avec la manière que lui-même décidera, de sorte que les conditions indispensables pour la reprise des discussions dans une optique d'accord soient réunies au plutôt possible".

Interrogé sur le fait que la reconnaissance formelle de Chypre par la Turquie n'a pas été obtenue avant le début des négociations pour l'adhésion turque à l'UE, M. Papadopoulos, a expliqué que "l'ouverture des négociations de l'UE avec la Turquie ne concernait ni ne pouvait concerner les paramètres détaillés du règlement de la question chypriote".

"Malgré cela", a-t-il continué, "nous nous sommes assurés de l'obligation de la Turquie à œuvrer pour la création d'un climat favorable pour la résolution du problème et pour la normalisation de ses relations avec Chypre", précisant aussitôt que "normalisation des relations implique la levée des conséquences de l'invasion et de l'occupation, comme le retrait des forces militaires turques de l'île et des colons, la fin de l'exploitation illégale des propriétés des chypriotes-grecs et le plein respect des droits de l'Homme".

M. Papadopoulos a rappelé que le Protocole d'extension de l'Union douanière contient l'obligation de son application à Chypre et que des obligations complémentaires ont été incluses dans le Cadre des négociations pour l'adhésion. "Conformément à l'avis du service juridique du Conseil de l'Union européenne, l'ouverture des négociations constitue une "de facto" reconnaissance de la République de Chypre", mais, a-t-il ajouté, "la Turquie est obligée de reconnaître aussi "de jure" pendant le processus d'adhésion", soulignant que la première évaluation des obligations de la Turquie aura lieu courant 2006.

"Nous allons continuer notre lutte et la revendication pour renverser les données de l'occupant, pour obtenir justice pour notre patrie […] le cheminement sera difficile", a conclu M. Papadopoulos, "mais je suis persuadé que ce sera celui souhaité par nous tous".

Il ressort de l'intervention du Président de Chypre que les avancées sur la question chypriote reposent sur les recommandations de l'UE envers la Turquie de contribuer à la création d'un climat favorable, ce qui n'est pas une nouveauté, la Turquie ayant soutenu depuis toujours que, de son point de vue, elle y mettait toute sa bonne volonté, rejettent la responsabilité de l'échec à la partie chypriote-grecque. Restera donc à trouver des critères plus objectifs pour évaluer cette bonne volonté turque.

D'autre part, le règlement de la question chypriote est renvoyé devant l'ONU et dépend donc des offices de bonne volonté de son Secrétaire général, Kofi Annan, a qui il est demandé de ne pas baisser les bras devant "l'intransigeance de la Turquie". Or, il est à mentionner que M. Annan, s'est retiré de la médiation, non pas à cause de l'intransigeance de la Turquie, mais à cause du rejet de son plan par les Chypriotes-grecs, lors du référendum qu'il leur a imposé.

Le plan Annan était tellement impartial et cherchait à amadouer l'occupant, la Turquie, plus qu'à rendre justice aux victimes grec-chypriotes, qu'espérer que Kofi Annan, en revenant à la médiation, pourrait être une contribution favorable relève de la plus improbables des hypothèses. De plus vexé de ne pas avoir réussi à présenter un succès personnel dans l'affaire lors de l'Assemblée générale pour l'anniversaire des 50 ans de l'ONU, M. Annan a clairement cherché à se venger par la suite sur les Chypriotes-grecs.

Enfin, l'Europe a pris soin de ne pas froisser la Turquie en la conduisant devant la Cour de justice pour l'occupation militaire illégale d'un territoire désormais européen ; mais comment pourrait-elle le faire, alors que son Tribunal pénal "international", s'est hâté à faire l'impasse sur quelques crimes de guerre en Croatie rien que pour amener le protecteur autrichien des Croates de lever ses objections à l'entrée de la Turquie dans l'Europe.

i-GR/CNA

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