Les consommateurs grecs prennent goût au boycottage

Revigorée par le succès de l'appel au boycott du 3 septembre dernier pour protester contre la hausse des prix, l'Union des consommateurs grecs (INKA) a annoncé que "puisque certains refusent d'obtempérer", elle appelle à une nouvelle abstention des ménagères du 16 au 19 septembre, ciblant cette fois le marché des fruits et légumes. L'INKA entend faire plier les commerçants qui continuent malgré le boycott-avertissement du 3 septembre d'afficher des prix en hausse parfois de 10% d'une semaine à l'autre et de 60% par rapport à la même période de l'année dernière.

Toutefois au Ministère du Développement on attribue ces hausses en partie au mauvais temps et si on est soucieux de contenir l'inflation, on mesure également la crainte de stigmatiser les agriculteurs qui ont été particulièrement touchés cette année par les mauvaises conditions climatiques. On compte alors davantage sur les importations et sur mesures techniques pour contrôler les prix et essayant de limiter le marché noir, on a promu une série de mesures pour imposer un système de facturation unique "des champs jusqu'aux rayonnages". Or, dans un marché en majorité artisanal et en bonne partie contrôlé par les intermédiaires cela risque d'avoir l'effet inverse en faisant apparaître le prix "réel" après intégration des impôts directs et indirects. Le porte-parole du gouvernement à salué hier la mobilisation des associations des consommateurs. Les agriculteurs producteurs-vendeurs aux marchés populaires ont annoncé quant à eux la fermeture de leurs stands à partir du 1er octobre pour dénoncer le doublement des coûts de production, tandis que la Confédération générale des Unions agricoles a reproché aux Associations de consommateurs de "troubler les eaux" avec des interprétations sur les causes des hausses des prix erronées.

Proche du parti socialiste au gouvernement, l'Union des consommateurs vient d'une certaine façon au secours du gouvernement qui tente d'endiguer le dérapage de l'inflation. Mais les estimations du revenu minimum d'une famille grecque pour faire face à ses dépenses courante avancées par l'INKA risquent aussi de donner un certain souci au gouvernement. Selon l'Union des consommateurs, les besoins minimum mensuels d'une famille grecque de 4 personnes se situent à 560.000 drachmes ou 1643 euros, dépenses de logement non incluses ! Loin de la misère.

Grâce à l'ouverture européenne, les associations des consommateurs grecs ont pu se frotter aux stratégies modernes de communication et de médiatisation des groupes de pression analogues des pays du Nord-Ouest de l'Europe. Avec l'enthousiasme des néophytes, l'INKA a tenu à marquer sa rentrée 2002 ainsi fin août dernier annonçait tour à tour la création des Comités Populaires de la Loi du marché (Laïkès Agoranomikès Epitropés) pour surveiller l'évolution des prix localement et "le rétablissement de la transparence du marché", le lancement de son site Internet et la journée de boycott national du 3 septembre, faisant participer des millions de ménagères grecques au 32e anniversaire du mouvement. Mais l'apparent succès de la mobilisation n'a pas suffit à retenir les prix qui ont continué à grimper vers des nouveaux sommets. Il est vrai qu'avant le boycottage des marchés, les grecques avaient pris soin de faire le plein de leurs cabas la veille.

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