![]() iNFO-GRECEL'actualité de la Grèce et de Chypre Olympe, le refuge des dieux...
Présenter une ville, une île, une région, c'est une tâche désormais balisée : il y a les monuments, les musées, les villages pittoresques, les plages, les itinéraires, les hôtels, les restaus, le poste de police, l'office du tourisme… Une check-liste de laquelle il est difficile de s'écarter.
Difficile aussi de présenter un Olympe qui vous connaissez tellement bien que plus rien ne vous surprend. Avec qui vous avez des comptes à régler autant que de doux souvenirs à cajoler: tels pavés mal ajustés responsables d'une chute mal cicatrisée, tel rocher fautif d'une roulade de laquelle vous devez votre salut à cette poignée de fougères où vous vous êtes agrippés. Vous lui en voulez à cet Olympe de vous avoir nourri de pain, d'origan et de tsamiko ; vous en voulez à ses maîtres de vous avoir oublié lors du partage de la terre. Mais, vous lui pardonnez tout pour vous avoir gavé de contes et de légendes, pour vous avoir ouvert les yeux au paradis des couleurs, pour vous avoir réveillé chaque matin au chant du rossignol et chaque soir vous avoir envoyé les muses pour berceuse ; vous pardonnez ses hôtes pour vous avoir invité à partager en leur compagnie ce qui leur restait, leur caillou béni.
Alors de quel Olympe va-t-on parler ? Laissons plutôt place aux images. Posons-nous au hasard des sommets et des ravins, empruntons le chemin en lacets tracé par les va-et-vient des mulets et patiné durant des années par les troupeaux des chèvres et des moutons, reposons-nous aux clairières des bergers où une fontaine ou un ruisseau d'eau cristalline n'est jamais loin pour désaltérer le maigre repas fait de pain sec et d'olives noires.
Encore
un effort, quelques mètres plus haut pour sortir du brouillard et vous
voilà face aux myttikia, rochers pointus ou châteaux comme on les appelle qui annoncent le toit des dieux ; tournez-vous et vous aurez le
premier panorama au dessus des nuages. Météore comme un aigle, libre comme un kleftès, les insoumis qui trouvaient refuge dans la montaigne face à l'occupant, votre
regard embrasse les plaines que vous venez de quitter.
Peu importe puisque nous sommes dans un rêve, un songe qui revit chaque été quand les olympiens reviennent au berceau se ressourcer et ranimer les lieux restés déserts le reste de l'année. Partis chercher meilleure fortune en ville, ils ont laissé dieux et terres à leur sort. Durant l'hiver, vous croiserez leurs fantômes : un vieux berger penché sur son bâton, un bûcheron étonné de vous croiser en tel chemin, une mémé promenant son ombre squelettique dans le brouillard.
Seul Saint-Elie, le prophète, depuis ses nombreuses chapelles qui peuplent sommets et clairières, en compagnie d'Apollon sur leur char solaire, visitent les ruines de Dion où Alexandre le Grand est venu faire ses sacrifices avant la campagne d'Asie et celles de Leivithra pour entretenir le tombeau d'Orphée. Ensemble, ils veillent au temps qui s'use sur la montagne des dieux et aux demeures des hommes qui s'usent sur le temps, avec pour seul espoir la lueur de la chandelle, pour peu qu'un passant s'arrête pour l'entretenir versant un peu d'huile ; aussi inaccessibles soient les lieux, il en trouvera toujours dans le bocal plastique devant l'iconostase. AE
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