Entre la région de Metsovo et de Konitsa, cette Epire montagneuse a connu un développement exceptionnel au cours du 18e et 19e siècle, avant son déclin qui poussera les habitants à l'émigration définitive et laissera derrière des dizaines de villages déserts. Leurs "mastoria", tailleurs de pierre réputés, ont façonné l'architecture traditionnelle du Nord de la Grèce et ont laissé dans la région quelques joyaux de leur art que le temps a préservés jusqu'à nos jours.
En 1430 l'ensemble de l'Epire tombe sous le joug des Turcs. C'est le point de départ d'une série de persécutions qui vont façonner le visage actuel de toute la région. Les propriétés les plus prospères sont confisquées pour être données aux beys turcs et à leurs mercenaires albanais. Une partie des habitants de la pleine seront obligés de se convertir à l'islam ou... d'entrer dans les ordres monastiques, elle allait ainsi la tolérance religieuse. Aux alentours de 1600, l'on construit, ici, des monastères à tour de bras.

Mastoria de Pyrsogianni |
D'autres enfin, prennent le chemin des montagnes ou de l'étranger. Le tout est d'être libre. Quitte parfois à négocier. La loi du bakchich permet de s'octroyer quelques "privilèges". C'est le cas des Gianniotes, les habitants de la ville de Giannina, mais aussi des Metsovites et Zagoriotes. Ici, ce sont quelques libertés sociales, économiques ou religieuses ; là, une autonomie administrative. Les occupants jouent de la géométrie variable pour s'accommoder des conditions locales.

Un artisanat qui prenait soin du détail
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Mais, à chaque fois, les Epirotes mettront toutes les marges qu'ils disposent à profit de leur développement. Au 17e siècle, les villages de Syrakko et de Kalarytes grâce à l'orfèvrerie deviennent d'importants centres d'exportation disposant des comptoirs à Trieste ou à Livorno. L'indifférence des Turcs pour le commerce, les arts et les lettres, laisse le champ libre aux Grecs. Leurs caravanes sillonnent les Balkans pour amener les produits de l'élevage, la laine, la soie, le coton à Constantinople et jusqu'au Pont-Euxin, et au Nord, jusqu'à Vienne. Les artisans aussi empruntent les mêmes routes, du printemps à l'automne, puis, l'hiver retour à la maison. Ainsi va la vie des bûcherons de Zagori et des mâcons de Konitsa, des barilleurs de Pogoni et des étameurs de Mourgana.

La montagne pour forteresse naturelle |
A Metsovo, les demeures des archontes témoignent encore du développement de l'époque. Grandes maisons de pierre grise-verte qui marquent de leur austérité la place du village. L'extérieur est plutôt sobre. Il faut franchir le portique pour découvrir les riches décorations de tapisseries colorées, les plafonds aux bois sculptés, les larges cheminées. Capitale des valaques, qui s'y réunissent pour leur rassemblement annuel, chaque 15 août, la ville est encore aujourd'hui réputée pour ses élevages et ses fromages, et, désormais, pour son tourisme.

Peinture sur meuble en bois |
Des grandes familles de Metsovo se sont illustrées par leurs donations au jeune Etat grec au moment de sa libération de la Turcocratie. Tout voyageur grec qui passe sur la route nationale à une dizaine de kilomètres du village se sent obligé de s'y arrêter au moins une fois et de visiter les demeures des "bienfaiteurs de la nation", dont la plus imposante celle d'Averof-Tositsas.
Dans la campagne environnante, des ponts. Oui, des ponts. Il y en a partout. Des petits pour enjamber un ruisseau, des moyens pour traverser les routes de la montagne par tout temps, des grands qui ne craindront pas le torrent ou les débordements de l'Aoos. Et tous magnifiques, uniques, véritables joyaux en pierre. Nous sommes ici au centre de Pindos, la chaîne montagneuse qui commence en Serbie, traverse l'Albanie et se termine en… Crète. Pour l'instant, on peut partir à l'assaut de Katara, la "malédiction", le point culminant de Pindos, à une dizaine de minutes de Metsovo l'été, et à une heure l'hiver sous la neige. De l'autre côté, l'Est, les Météores et les plaines de Thessalie.

Monodendri |
Mais revenons sur nos pas et partons vers le Nord et les villages de Zagori. Chez les rares habitants qu'on peut croiser aujourd'hui, on en parle encore des premiers hameaux qui durant le 14e et le 15e siècle ont résisté au Turc et à l'Albanais.
Egnantia: le serpent des montagnes

680 km, d'Igoumenitsa à la frontière turque en Thrace, en cours de construction depuis 20 ans. 1650 ponts, 76 tunnels, 43 passages de rivières , elle devrait mettre un jour Igoumenitsa à trois heures et demi de Thessalonique au lieu de 7 heures actuellement |
Il est vrai que la montagne environnante forme une forteresse naturelle pour la quarantaine de villages de la région. Ici aussi, même si l'autonomie administrative est concédée par le Pacha de Giannina, beaucoup des habitants vont préférer partir à l'étranger pour échapper aux lourdes taxes que leur font payer les Turcs. Les femmes restées au village, s'occupent des enfants, de la maison et de l'agriculture. Nombreux sont ceux qui vont prospérer en Russie, en Moldavie ou à Constantinople et qui au retour au pays vont construire des maisons neuves pour leur famille, mais aussi des écoles, des églises, des fontaines et des chemins pavés. Mais, de la mort d'Ali Pacha à la libération en 1913, les villages perdent leurs privilèges et deviennent proie des nombreux brigands qui sévissent dans la région. La plupart des villages sont aujourd'hui abandonnés.
Si on pousse plus au Nord, à l'extrémité du nôme d'Ioannina près de la frontière albanaise, on arrive à la région de Konitsa. Comme à Zagori, ici aussi, une quarantaine de villages a connu un développement exceptionnel au cours du 18e et 19e siècle avant de connaître son déclin après la 2nde guerre mondiale. Guerre de libération, guerres balkaniques, 2nde guerre mondiale et guerre civile, ont poussé une grande partie de la population à l'émigration. Il ne reste plus aujourd'hui que la ville de Konitsa et 5-6 villages autour. Mais la région a donné les plus fameux tailleurs de pierre de Grèce. Recherchés dans tout l'empire ottoman, puis dans toute la Grèce. "Mastoria", ces techniciens dotés d'une extrême sensibilité artistique, ils intègrent avec harmonie l'artefact à l'élément naturel ; une marque qu'on trouve dans l'architecture traditionnelle de tout le Nord de la Grèce, de l'Epire à la Thrace, en passant par la Thessalie et la Macédoine.
Par Katerina Kosyva
Sélection photos: groupe de lycéens et de collégiens des régions
de Larissa, Tyrnavos, Elasson, Giannina et Kozani lors d'un voyage,
présenté en album sous le titre "Images de notre héritage culturel"
Traduction et adaptation française, iNFO-GRECE/AE
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