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Est-ce la proximité d'Athènes qui en chasse les touristes ? Si l'Eubée est très appréciée des Grecs, peu d'étrangers s'aventurent sur cette île immense, deuxième par la taille après la Crète. A côté de quelques recoins investis par le tourisme de masse, une bonne partie de l'île est restée sauvage, idéale pour des ballades au volant d'une voiture ou d'une moto. On y découvre des petits villages accrochés aux flancs des montagnes et des plages superbes, parmi les plus belles de Grèce.
Suivant le marchand ambulant...
Depuis près de 2500 ans, l'Eubée n'est plus une île. Le premier pont à relier l'île à la Grèce continentale date de 441 avant notre ère et, aujourd'hui, deux ponts modernes enjambent l'étroit chenal d'Euripe et rejoignent la capitale Halkida au centre de l'île. Pourtant c'est en bateau que nous nous rendons en Eubée. Car pour visiter cette île toute en longueur, la meilleure solution est de débarquer sur l'une de ses extrémités. Sur 175 km, l'Eubée s'étire face à l'Attique et la Béotie. Nous embarquons au port de Rafina, à 20 minutes du nouvel aéroport d'Athènes. Pratiquement toutes le heures en été, des ferries font la navette avec Marmari et Karistos au sud de l'Eubée. Depuis le pont du ferry, nous avons alors un premier aperçu du vert et montagneux de l'île.
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Très sauvage et ventée, l'extrémité sud de l'île est peu habitée. La seule ville est Karistos, une agréable station balnéaire lovée au fond d'une baie. Il faut penser à y faire le plein d'essence pour explorer la région. Nous nous élançons sur la bonne piste en terre qui longe la pointe sud. À travers des paysages arides superbes, elle nous conduit de petites criques en plages de galets. Des coulées de lauriers-roses, des touffes de chardons bleus, et quelques éoliennes géantes ponctuent notre parcours. Eole souffle suffisamment régulièrement pour produire de l'électricité pour tout le sud de l'Eubée. Face à nous Andros, l'île la plus septentrionale des Cyclades. Avec Tinos et Mykonos, elle prolonge l'Eubée dans la mer Egée. Nous avons à plusieurs reprises le sentiment d'être seuls au monde. Dans le village de Potami, nous déjeunons dans une « kantina » (petit snack au bord de la route). Quelques chambres sont à louer face à la mer. Mais les autres villages traversés sont en fait de minuscules hameaux.
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Au détour d'un virage, nous entendons une camionnette qui distille une musique doucereuse : c'est un marchand ambulant. Nous décidons de le suivre. Lorsque Athanasis coupe son moteur, une poignée de paysans l'attend déjà au bord de la route. Comme tous les mardis et vendredis, il vient vendre dans ces villages reculés les produits de première nécessité: fruits et légumes, pain, vin, cigarettes… En faisant nos courses dans ce bout du monde, nous suscitons la curiosité. Les questions fusent. Quelle est notre nationalité ? D'où venons-nous ? Est-ce que la Grèce nous plaît ? Et surtout comment trouvons-nous leur région ? Visiblement, peu de monde s'aventure jusqu'ici. Ces paysans sont heureux d'apprendre que nous apprécions leurs collines escarpées, mêmes s'ils nous confient qu'en hiver la vie y est dure.
Redescente vers les plages...
Au franchissement du Kavo Doro (cap d'or), la piste s'élève et suit un relief beaucoup plus accidenté. Les paysages deviennent verdoyants et l'eau coule en abondance. Chaque village affiche avec fierté sa fontaine. Lorsque nous redescendons vers la mer, nous découvrons deux belles plages à l'embouchure de gorges qui descendent du Mont Ochi. Juste après le village de Kalergo, l'une d'elles est accessible en voiture. Seul un couple de Belges occupe la place avec un incroyable camping-car 4X4 que Bert a bricolé lui-même.
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Cela fait 10 jours qu'ils sont installés sur cette plage de rêve, avec l'Egée pour seul horizon. En nous baladant dans la gorge, nous sympathisons avec un jeune soldat en permission. Ses parents habitent un peu plus loin, dans une petite ferme en pierres sous les châtaigniers. Nous lui disons que sa maison est merveilleusement située entre la mer et la montagne. Le jeune devient mélancolique. « Bien sûr que c'est le plus bel endroit du monde, mais c'est difficile de rester ici. A moins de devenir paysan, tailleur de pierre ou berger. Les jeunes sont obligés de partir à Athènes pour trouver une femme et du travail » dit-il à regret. « S'il y avait des touristes, j'aimerais ouvrir ma propre taverne. »
En route vers le nord...
Plus au nord, nous tombons sous le charme de la côte est de l'Eubée, entre Kimi et Pili. Les quelques routes asphaltées et surtout les nombreuses pistes en terre sont suspendues entre la mer et le mont Dirfis, le point culminant de l'île (1743 m). Tout aussi sauvage mais peut-être plus accueillante que le sud de l'île, cette partie compte d'immenses plages aux eaux cristallines, comme la plage de Chiliadou.
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Les Athéniens y viennent avec délectation le week-end. Les villages sont plus grands. Kimi est réputé dans la Grèce entière pour ses cerises (juin), ses figues (août, septembre) et ses amandes (toute l'année). Les amygdalota, petits gâteaux à la pâte d'amandes, sont de vraies délices. Les tavernes sont excellentes et bon marché. Elles proposent plus facilement de la viande que du poisson. A l'entrée du village de Vlachia, nous sommes arrêtés par de délicieuses odeurs de grillades. La taverne est déjà pleine de Grecs. Mais il reste quelques places à la terrasse qui offre une vue superbe sur toute la côte éclairée par la pleine lune. Nous commandons deux assiettes de païdhakia (côtelettes d'agneau), et par curiosité une salade au nom étrange, kritama. Nous apprendrons que ce sont des algues bouillies. Les parts sont copieuses et l'agneau du patron particulièrement goûteux. Pour moins de 18 Euros à deux, nous nous régalons.
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Pour s'échapper de l'Eubée par le nord, il suffit de se rendre à Agiokambos et d'embarquer sur une « pantoufla » (bateau en forme de chaussure pour transporter un grand nombre de voitures à l'air libre). En 45 minutes, on rejoint Glyfa où d'autres merveilles inexplorées attendent celui qui voudrait s'élancer vers la Grèce centrale ou le Pélion.
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