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Rédigé en mars 2004
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Les côtes sauvages de l'Eubée

par Maud Vidal-Naquet
photos de Laurent Fabre

Eubée plage

Est-ce la proximité d'Athènes qui en chasse les touristes ? Si l'Eubée est très appréciée des Grecs, peu d'étrangers s'aventurent sur cette île immense, deuxième par la taille après la Crète. A côté de quelques recoins investis par le tourisme de masse, une bonne partie de l'île est restée sauvage, idéale pour des ballades au volant d'une voiture ou d'une moto. On y découvre des petits villages accrochés aux flancs des montagnes et des plages superbes, parmi les plus belles de Grèce.

Suivant le marchand ambulant...

Depuis près de 2500 ans, l'Eubée n'est plus une île. Le premier pont à relier l'île à la Grèce continentale date de 441 avant notre ère et, aujourd'hui, deux ponts modernes enjambent l'étroit chenal d'Euripe et rejoignent la capitale Halkida au centre de l'île. Pourtant c'est en bateau que nous nous rendons en Eubée. Car pour visiter cette île toute en longueur, la meilleure solution est de débarquer sur l'une de ses extrémités. Sur 175 km, l'Eubée s'étire face à l'Attique et la Béotie. Nous embarquons au port de Rafina, à 20 minutes du nouvel aéroport d'Athènes. Pratiquement toutes le heures en été, des ferries font la navette avec Marmari et Karistos au sud de l'Eubée. Depuis le pont du ferry, nous avons alors un premier aperçu du vert et montagneux de l'île.

Très sauvage et ventée, l'extrémité sud de l'île est peu habitée. La seule ville est Karistos, une agréable station balnéaire lovée au fond d'une baie. Il faut penser à y faire le plein d'essence pour explorer la région. Nous nous élançons sur la bonne piste en terre qui longe la pointe sud. À travers des paysages arides superbes, elle nous conduit de petites criques en plages de galets. Des coulées de lauriers-roses, des touffes de chardons bleus, et quelques éoliennes géantes ponctuent notre parcours. Eole souffle suffisamment régulièrement pour produire de l'électricité pour tout le sud de l'Eubée. Face à nous Andros, l'île la plus septentrionale des Cyclades. Avec Tinos et Mykonos, elle prolonge l'Eubée dans la mer Egée. Nous avons à plusieurs reprises le sentiment d'être seuls au monde. Dans le village de Potami, nous déjeunons dans une « kantina » (petit snack au bord de la route). Quelques chambres sont à louer face à la mer. Mais les autres villages traversés sont en fait de minuscules hameaux.

Au détour d'un virage, nous entendons une camionnette qui distille une musique doucereuse : c'est un marchand ambulant. Nous décidons de le suivre. Lorsque Athanasis coupe son moteur, une poignée de paysans l'attend déjà au bord de la route. Comme tous les mardis et vendredis, il vient vendre dans ces villages reculés les produits de première nécessité: fruits et légumes, pain, vin, cigarettes… En faisant nos courses dans ce bout du monde, nous suscitons la curiosité. Les questions fusent. Quelle est notre nationalité ? D'où venons-nous ? Est-ce que la Grèce nous plaît ? Et surtout comment trouvons-nous leur région ? Visiblement, peu de monde s'aventure jusqu'ici. Ces paysans sont heureux d'apprendre que nous apprécions leurs collines escarpées, mêmes s'ils nous confient qu'en hiver la vie y est dure.