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Rédigé en octobre 2007
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Témoignage d'une collaboratrice de Nikos Kazantzaki

Yvette Renoux-Herbert : « Kazantzaki avait ce désir de transmettre un idéal aux jeunes »

par Cassandre Toscani

Yvette Renoux-Herbert (à dr.) en compagnie de Nikos et Eleni Kazantzaki à Antibes
Antibes, villa Menolita, 1945. Yvette Renoux-Herbert (à dr.) en compagnie de Nikos et Eleni Kazantzaki.

Yvette Renoux-Herbert est présidente de la section française de la Société internationale des Amis de Nikos Kazantzaki. Elle a connu l'écrivain grec, lorsqu'il travaillait à l'Unesco, grâce à son père, orientaliste et interprète à la SDN, puis à l'ONU. Etant devenue une amie intime du couple Kazantzaki, Mme Renoux-Herbert évoque pour les lecteurs d'iNFO-GRECE leur vie à Paris et à Antibes.

i-GR – Vous avez donc travaillé avec Nikos Kazantzaki. C’est un privilège. Racontez-nous…

Yvette Renoux-Herbert – C’était en février 1947, j’avais 22 ans. J’étais rentrée des Etats-Unis et travaillais à Paris à l’Unesco, dont les bureaux étaient installés à l’hôtel Majestic. Kazantzaki venait d’y être nommé conseiller à la littérature. Mon père, orientaliste et interprète, était son ami. Il souhaitait que je l’assiste. L’idée me plaisait. Je l’ai donc rencontré pour la première fois chez la veuve du journaliste et helléniste René Puaux, dans un vaste appartement haussmannien, place de la Madeleine. Madame Puaux sous-louait son salon au couple Kazantzaki car elle avait des difficultés à se maintenir après la mort de son mari. Ses enfants vivaient avec elle. Il y a trois ou quatre ans, j’ai repris contact avec la fille, Mademoiselle Puaux, qui a aujourd’hui presque 90 ans. Elle a déménagé dans un appartement à peu près identique, rue de Castiglione, dans le même quartier. Elle a reconstitué le salon. Il est bien tel que je l’avais connu. J’ai revu, avec émotion, le fameux fauteuil où Kazantzaki s’asseyait toujours ; « le fauteuil du poète », comme on l’appelait. Personne d’autre que lui n’avait le droit de s’y asseoir.

i-GR – Comment s’est passée votre première rencontre avec Kazantzaki ?

Y. R.-H. – J’étais très intimidée. Il était impressionnant. Agé de 64 ans à l’époque, grand, filiforme, très droit, il avait le front haut et le regard farouche. Il portait la moustache et avait une voix un peu rauque. Il m’a parlé de sa mission à l’Unesco. Son projet était ambitieux. Nous nous sommes accordés, et j’ai été ravie de travailler avec lui. Notre bureau occupait une chambre de l’hôtel, nous partagions la salle de bains, dont la baignoire servait de lieu d’archives. Dans cet espace, nous vivions comme un couple. C’était curieux. C’était après la guerre. Tout était improvisé. Nous avons travaillé un an ensemble, jusqu’en mars 1948.


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