Partager  Envoyer cet article Format imprimable

L’éducation philippine au cœur d’Athènes

par Carole Schnitzler

avec

Située à deux pas de la place Amerikis, l’école philippine accueille quotidiennement 110 enfants dans ses locaux situés au numéro 18 de la rue Mythymnis. Agés de 8 mois à 8 ans, ils sont en majorité philippins mais certains viennent également du Bangladesh, du Pakistan, d’Albanie ou même d’Afrique. Comme le souligne la directrice, Debbie Carlos-Valencia, il est important que les enfants s’adaptent, se socialisent et se familiarisent avec d’autres nationalités et cultures.

Ouverte en 1995 sous l’impulsion de l’association Kasapi (voir encadré), cette école avait pour principal but de répondre aux besoins des parents qui travaillent. Elle s’adapte en effet à leurs horaires et fonctionne de 7h30 à 18h30. Quand elle a ouvert, elle se tenait dans un appartement trois pièces et accueillait 14 enfants mais bientôt la demande se fit plus grande obligeant l’association Kasapi à trouver d’autres locaux. En 1997, l’école déménagea près de la place Amerikis dans une maison dont l’état nécessitait de nombreuses réparations. Les parents et les membres de l’association furent alors appelés en renfort afin d’en faire un lieu pouvant accueillir sans risque des enfants. Leur aide fut soit matérielle, soit financière. Quoi qu’il en soit, ils se devaient de contribuer d’une manière ou d’une autre à la création de l’école qui est un projet autofinancé. En effet, elle ne reçoit aucune aide financière du gouvernement philippin et n’obtient de l’Etat grec que les repas quotidiens pour les enfants.

L’association Kasapi

Créée en 1986, l’association a pour ambition de répondre aux besoins des immigrés philippins de s’organiser afin d’améliorer leurs conditions de vie et de travail. Pour cela, elle a établi des contacts avec différents syndicats de travailleurs grecs et tente d’aider les Philippins dans tous les aspects de leur vie quotidienne. Quand ceux-ci ont des problèmes concernant leur travail (non-paiement des salaires, refus des employeurs de cotiser à la sécurité sociale grecque (IKA) etc...), l’association les renvoie vers des avocats grecs qui travaillent bénévolement afin d’aider les immigrés.

L’association compte aujourd’hui près de 1000 membres, c’est peu compte tenu de la population philippine présente en Grèce mais comme le souligne Debbie Carlos-Valencia, il existe de nombreuses associations philippines qui sont soi à caractère religieux ou à caractère ethnique. L’association Kasapi, elle, se veut l’association de tous les Philippins quelque soit leur ethnie ou leur religion et affiche une seule priorité : la promotion des droits et du bien-être des immigrés philippins.

L’école se subdivise en deux sections : l’école maternelle (crèche et préparation à l’école primaire ) et l’école primaire qui assure les 3 premières années du cursus obligatoire. La première accueille 60 enfants de toutes les nationalités, la seconde, principalement destinée aux enfants philippins en compte 50. Quand on se promène dans les couloirs, partout sur les affiches ou dans les conversations l’anglais règne en maître. C’est en effet la langue de communication principale puisque tous les cours sont dispensés dans cette langue. Seuls ceux de grec et de filipino (langue et culture) se déroulent dans les langues des pays concernés.

Le programme suivi est le même que celui de l’enseignement philippin auquel s’ajoute bien évidemment l’apprentissage de la langue grecque. Les professeurs sont tous originaires des Philippines où ils ont suivi leurs études et obtenu l’autorisation d’exercer le métier d’enseignant. Un seul professeur grec officie afin d’apprendre aux élèves les bases de la langue et de la culture grecque. Cette volonté de suivre le cursus philippin s’explique. Beaucoup de parents souhaitent renvoyer leurs enfants dans leur pays d’origine afin qu’ils y poursuivent leurs études. Cependant certains rejoignent également le système scolaire grec. Pour cela, ils passent des entretiens qui évaluent leurs capacités orales et écrites et n’ont d’ordinaire aucun problème à s’intégrer dans le cursus général. Les cours généraux ont lieu jusqu’à 15h ensuite les enfants peuvent soit se reposer, soit étudier ou participer à des activités comme des cours de danses traditionnelles philippines ou d’informatique.

Les ressources de l’école sont bien évidemment limitées et les droits de scolarité (33000 drachmes par mois) suffisent rarement à combler les dépenses mais comme le souligne la directrice "nous ne pouvons demander plus aux parents qui sont souvent, eux aussi, dans une situation financière difficile ". Pour les livres, l’association a obtenu le droit de reproduire en Grèce des manuels scolaires philippins et les propose donc à prix coûtant.

Quand on demande à Debbie Carlos-Valencia pourquoi l’association Kasapi a ressenti le besoin de créer une école philippine, elle explique que pour les parents, il est difficile de suivre, d’aider et de guider leurs enfants dans leurs études quand ils sont dans une école grecque compte-tenu du problème linguistique. Il est vrai que dans cette école, il existe un véritable partenariat entre les parents et les professeurs. Des rencontres sont organisées tous les mois afin de discuter des problèmes et des nouveautés et de consulter les parents sur tous les sujets qui concernent les enfants.

Ayant suivi un parcours universitaire en sociologie et s’étant spécialisé aux Pays-Bas en éducation, la directrice de l’école estime qu’il est très important de donner aux enfants immigrés une éducation car ils sont les victimes de l’immigration. Il importe donc de leur donner un environnement sain et sécurisé. C’est en tout cas l’ambition de cette école...