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Rédigé en août 2007
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Interview du fondateur et directeur
de la Mouratoglou Tennis Academy

Patrick Mouratoglou :
"L'essentiel se passe dans la tête"

par Cassandre Toscani

Patrick Mouratoglou
Français par sa mère, Grec par son père, à 37 ans, Patrick Mouratoglou est une figure incontournable du tennis. Meilleur espoir français à 15 ans, il fonde, en 1996, dans les Yvelines (France), la Mouratoglou Tennis Academy, première école dans son genre en Europe. Avec une méthode d'enseignement personnalisée, qui fait exploser le potentiel réel du joueur, il s'impose dans le tennis de haut niveau. Son plus beau fleuron, le Chypriote Marcos Baghdatis est désormais un familier des courts internationaux. Les talents de la MTA n'ont pas fini de nous surprendre. Entretien.

i-GR – Comment avez-vous réussi à hisser en une décennie la MTA au rang des cinq meilleures académies de tennis au monde ?

Patrick Mouratoglou – Des académies, comme Bollettieri, pour ne citer que la plus importante, existaient déjà aux Etats-Unis. En France, il n’y en avait pas. Lorsque j’ai créé la mienne, en 1996, j’ai observé que tout fonctionnait sur un même mode : la sélection naturelle. Le principe est simple : on prend un maximum d’individus que l’on soumet à un entraînement identique. A la fin, il en sort forcément quelque chose : certains réussissent, quand une multitude échoue. Je me suis dit que si l’on était capable de choisir des joueurs ayant un réel potentiel en vue d’un travail personnalisé, on devait obtenir des résultats extraordinaires. Tel était mon projet de départ, à contre-courant des idées en vogue dans le tennis à l’époque. Au début, personne n’y a cru, mais dès l’obtention des premiers résultats, on a compris que ma démarche n’était pas absurde, qu’elle avait un sens. J’ai observé le tennis de haut niveau. J’ai tenté de saisir ce qui fait la performance ou ne la fait pas. De bons joueurs de tennis, il en existe des milliers. La différence entre un champion et un joueur simplement talentueux, c’est l’état d’esprit. L’essentiel se passe dans la tête. L’esprit, le mental entraînent tout le reste. Les champions d’aujourd’hui comme les sœurs Williams, Sharapova ou Rafael Nadal ou encore Lleyton Hewitt nous le démontrent tous les jours.

Ils sont un millier à postuler chaque année mais seul un petit nombre aura
le privilège de poursuivre son rêve au sein du Liberty Country Club.

i-GR – Définissez-nous ce qu’est « un état d’esprit de champion »…

P. M. – C’est une psychologie particulière. Un champion a une ambition démesurée. Il est possédé par la rage de vaincre. Il n’a pas peur de l’avenir. Il a une immense confiance en lui, il affronte les choses tous les jours et ne se cache pas derrière des excuses. Regardez Richard Williams : il a inculqué cet état d’esprit à ses deux filles, Serena et Venus. Je l’ai rencontré récemment. Nous avons longuement discuté : ce qui l’intéressait, ce n’était pas tant le tennis, mais d’armer ses filles pour la vie, de leur donner les moyens de réussir quoi qu’elles entreprennent. Pour obtenir ce résultat, il n’a rien laissé au hasard, il leur a consacré 100 % de son temps. Il avait annoncé à leur naissance qu’il en ferait des n° 1 mondiales. Il l’a fait. Les voir jouer toutes les deux les finales des grands chelems est vraiment surréaliste.

i-GR – A 15 ans, vous étiez l’un des meilleurs espoirs du tennis français. Pourquoi avez-vous arrêté ?

P. M. – Le tennis est toute ma vie. Ça l’a toujours été. Je ne me voyais pas faire autre chose, mais à 15, 16 ans, mes parents ont voulu que je fasse des études. Ils estimaient que le sport était trop aléatoire. Ils préféraient avoir des certitudes pour mon avenir. Ils ont donc souhaité que je mette un terme à l’entraînement intensif, car le tennis de haut niveau et les études traditionnelles étaient incompatibles et continuent à l’être d’ailleurs. Par la force des choses, j’ai dû arrêter.

i-GR – Vous le regrettez ?

P. M. – Ah oui ! Je le regrette encore aujourd’hui. J’ai eu l’impression qu’on me volait mon avenir, qu’on me volait ma vie en quelque sorte. Et puis, finalement, j’ai pu transformer cette frustration en quelque chose de positif. Maintenant, j’aide les joueurs à réaliser ce que je n’ai pu faire. C’est une manière de vivre mon rêve. J’ai de moins en moins de regrets, mais avec cette question à jamais sans réponse : aurais-je pu devenir un champion de tennis ?

A trente kilomètres de Paris, au milieu des champs, la Mouratoglou Tennis Academy offre aussi des moments de détente.