Marc Bocquet, baroudeur de la pub et du voyage.
Avant
de se consacrer à la publicité et de quitter une situation confortable
à Paris pour repartir à zéro en Grèce, Marc Bocquet,
avait déjà le goût de l’aventure. Après une année
de petits boulots aux Etats-Unis, on le retrouve en Pologne comme maître
d’hôtel dans un restaurant chic de Varsovie.
Puis, retour à Paris, où il démarche des annonceurs pour leur proposer des espaces publicitaires dans des journaux jusqu'à ce qu'il décide de créer sa propre entreprise, spécialisée dans la gestion de budgets de relations publiques, embauchant jusqu'à 7 personnes. Quatre ans après, baisse de rentabilité et apparition des premières factures impayées en pleine crise du marché publicitaire. Il préfère alors mettre fin à cette expérience et accepte un poste de chef de publicité dans une grande régie.
Un jour, pour échapper "à la grisaille" parisienne, Marc décide de prendre des vacances avec son meilleur ami, un médecin grec installé à Paris, et ils se rendent à l’île de Paros. C’est au cours de ce séjour que Marc fait connaissance avec Katerina, une ressortissante hellène dont le métier était assez similaire au sien puisqu’elle s’occupait, entre autre, de la publicité d’un magazine médical à Athènes.
Bien que Marc ne parle pas un mot de grec, son anglais lui est d’un grand secours pour communiquer tant avec les gens sur place qu’avec sa nouvelle amie. Il décide alors de rejoindre Katerina à Athènes. Le voilà pour un nouveau défi.
Comme c’est le cas pour beaucoup de Français et d’autres étrangers qui débarquent dans la ville de Périclès et de Socrate, il trouve un premier emploi dans le secteur du tourisme, chez Jet Tours, une société française. Son travail consiste à accueillir les touristes français à l’aéroport, à les accompagner à l’hôtel, à vérifier que leur séjour se déroule dans de bonnes conditions, etc. Quelques mois plus tard, après l’échéance de son contrat, il suit des cours intensifs de grec.
Marc, espérait mettre à profit son expérience du marché publicitaire français : "dans un pays comme la France ou les Etats-Unis, où la population est plus importante, les groupes de consommateurs minoritaires représentent eux aussi un marché non négligeable. Ici, ce n’est pas rentable de faire une étude de marché pour un groupe de 400 personnes qui en France ou aux Etats-Unis, serait numériquement plus important. Cela signifie qu’en Grèce le marketing souhaite atteindre moins de publics-cibles différents et est de ce point de vue moins complexe".
| Marché publicitaire et presse locale d'opinion : relations difficiles et liens ambigus |
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Manolis Farmakis fait partie de ces éditeurs (de moins en moins nombreux) qui privilégient la presse d’opinion quand bien même ce type de presse ne rapporte guère. En lançant en février 1999, "I DIKI SOU PHONI" (Ta voix), un journal local critiquant les choix de la nouvelle administration municipale de Kallithéa -une banlieue d’Athènes de 220.000 habitants- et lui rappelant sans cesse ses promesses préélectorales, il devint le mouton noir de la nouvelle équipe au pouvoir. -Comment l’idée de créer "I DIKI SOU PHONI" vous est-elle venue à l’esprit? L’idée de la création du journal ne m’est pas venue à l’esprit par hasard. Lors des dernières élections municipales, j’ai été candidat avec la liste de M. Kyriopoulos, le maire sortant de la Ville. Avant les élections, tous les partis promettaient une Kallithéa de rêve où tous les problèmes seraient résolus. Après, ces promesses sont tombées dans l’oubli. Il fallait donc un journal pour représenter le peuple de Kallithéa et offrir une tribune au citoyen à partir de laquelle il puisse rappeler à l’ordre ceux qui l’oublient. Je tiens à souligner l’indépendance de mon journal par rapport aux partis même s’il est vrai que personnellement j’appartiens à la mouvance progressiste. -Quelles relations entretenez-vous avec la mairie de Kallithéa? Je suis entré plusieurs fois en conflit avec le pouvoir local. L’administration et les élus ne jurent que par l’indépendance de la presse mais en réalité ils sont très sensibles à la moindre critique. Pour exercer des pressions, ils n’hésitent à utiliser l’arme des poursuites judiciaires. L’attaque en justice ou même la menace d’y recourir, est une épée de Damoclès qui plane sur la tête des éditeurs indépendants. -Votre attitude envers la mairie a-t-elle eu des conséquences sur les recettes publicitaires du journal? Le pouvoir, n’admet pas la critique, même celle qui part d’une bonne intention. Il considère les journaux qui le critiquent comme des adversaires. Au contraire, les journaux qui parmi les 8 que compte Kallithéa, passent leur temps à parler de l’agenda du maire et à montrer que tout va bien, sont très agréables à la mairie. Les entreprises municipales, théoriquement indépendantes, dirigent l’essentiel de leur budget de communication (publicités, annonces) vers ces journaux. Nous pensons que normalement la publicité publique doit être repartie équitablement envers la presse locale comme cela se fait par la municipalité voisine de Palaio Phalliro ou les 5 journaux en bénéficient également. Même dans le secteur privé, je ne pense pas que la publicité soit toujours dirigée vers les médias en fonction de critères strictement commerciaux. Il existe ainsi des commerçants qui préfèrent placer leurs publicités exclusivement dans des journaux favorables à la mairie. Tout cela nous laisse l’impression que notre ligne éditoriale a une influence sur nos recettes publicitaires. -Quelles sont les plus importantes campagnes de presse que vous avez menées? Le plus important combat que nous ayons mené, fut notre campagne contre l’usine de teinture polluante FIVOS. Le maire de la Ville, Costas Askounis, a utilisé nos informations pour dénoncer l’usine. Sur ce dossier nous l’avons soutenu malgré les différends que nous avions par ailleurs, ce qui nous a valu des reproches. Nos rapports aux instances européennes ont oblige le préfet d’infliger une amende à l’usine mais le ministre compétent l’a invalidé. Nous avons dénoncé les défaillances des contrôles de l’usine, obligeant ainsi la préfecture de remplacer la commission de contrôle par une autre, qui a rendu un nouveau verdict confirmant nos dénonciations. Nous avons mené aussi d’autres campagnes pour le maintien des espaces verts de notre cité, pour exiger un règlement efficace du problème de la circulation et du stationnement, pour le maintien de la propreté et pour diverses causes sociales en soutenant par exemple des employés victimes d’un licenciement abusif. |
Comme il nous explique, il s’est bien gardé de sous-estimer les Grecs : "Il est vrai que certaines choses sont plus récentes dans ce pays qu’en France. Les agences de publicité, par exemple, n’ont adopté les méthodes de travail de leurs homologues européennes que depuis quelques années. Mais, ici aussi, les professionnels sont très compétents. Celui qui arriverait ici, en territoire conquis, serait dans l’erreur".
![]() Marc Bocquet avec Manolis Farmakis |
Comme en France, trouver un emploi en Grèce n’est pas une chose aisée. Ainsi, Marc a découvert que certaines agences de publicité "passent des annonces d’offres d’emplois dans les journaux juste pour se constituer un stock de C.V. en cas de besoin".
Alors qu’en France, on demande partout aux candidats d’envoyer une lettre de motivation, même pour un petit boulot et dans certains cas, on va jusqu'à analyser l’écriture du candidat, en Grèce, la lettre de motivation compte peu. Marc, a constaté après avoir envoyé plusieurs lettres de candidatures spontanées que les réponses n’arrivaient jamais. En effet, en Grèce, on privilégie le contact direct, c’est à dire le fait de se rendre à l’entreprise après avoir passé un coup de fil ou après avoir envoyé son C.V. par fax.
Les relations ou une bonne recommandation sont également déterminantes pour trouver un emploi. Dans le cas de Marc, la situation s’est débloquée grâce à un coup de pouce de la communauté française. Le Service d’Emploi du Consulat, auprès duquel Marc avait déposé une demande, est entré en contact avec une ressortissante française qui détenait un poste de cadre dans une importante société de marketing, MSPS. La chance souriait à Marc qui recevait enfin une offre.
Dans le cadre de son nouveau boulot Marc s’occupe de la préparation de manifestations organisées par des entreprises dans un but de relations publiques ou de promotion. L’entreprise pour laquelle il travaille s’occupe de la promotion publicitaire en Grèce de grandes multinationales de boissons et de whisky.
Parmi les entreprises clientes de MSPS, il y a aussi une institution française semi-étatique, qui est chargée de promouvoir les produits français partout à l’étranger. Or la Grèce est un des plus gros importateurs de la viande bovine française en Europe: "notre deuxième client après l’Italie". La réputation de la viande française fut malmenée ces derniers mois par la presse. MSPS a donc organisé des séminaires d’information à destination des professionnels, en particulier des grossistes, pour leurs expliquer que les normes de qualité françaises en matière d’élevage comptaient parmi les plus strictes en Europe et que les consommateurs pouvaient donc avoir confiance.
Plus d’une fois, les Grecs posent cette question à Marc: "Mais pourquoi quitter une ville comme Paris et un pays comme la France, où l’on gagne le double et venir en Grèce?" Il leur répond ainsi: "La Grèce est un bon compromis entre la qualité de vie et la vie professionnelle. A Paris, il pleut jusqu'à la mi-juillet. En Grèce du mois de mai jusqu’au mois d’octobre, on peut rester assis à boire de l’ouzo sur son balcon et, cela, ça change une vie. A Paris, il est difficile d’avoir à la fois de l’argent et du temps pour en profiter. Le week-end, à deux heures de Paris, il n’y pas beaucoup d’endroits ou l’on puisse aller pour changer d’environnement. Du coup, tous les Parisiens se retrouvent à Deauville. A deux heures d’Athènes, on se retrouve sur une île ou dans un village de campagne". Il concède, toutefois, qu’il ne serait pas venu vivre à Athènes, s’il n’avait d’autre perspective que d’y travailler comme plongeur: "même sous le soleil, ce ne serait pas drôle". Et il ajoute: "Je compte faire carrière dans la publicité et je suis convaincu que cela sera plus facile quand je maîtriserai bien la langue du pays".
Malgré ses activités prenantes à MSPS, le jeune publicitaire parisien n’est pas resté indifférent a la proposition d’un éditeur grec, Manolis Farmakis, qui lui a donné carte blanche pour refaire la maquette d’"I DIKI SOU PHONI" (Ta voix). Un journal local, visant un public de 220.000 habitants à Kallithéa, une banlieue d’Athènes, constituée en municipalité indépendante.
A la question pourquoi a-t-il fait confiance à un Français, qui ne connaissait pas et qui ne parlait pas bien sa langue, l’éditeur nous répond: "La nationalité ne joue aucun rôle dans le choix de mes collaborateurs. Marc est venu dans mon bureau avec des exemples de son travail, imprimés sur des pages A3 et j’ai compris que j’avais affaire à un professionnel. Je me considère moi-même comme un éditeur amateur –l’édition du journal n’est pas l’unique activité que j’exerce- mais je préfère accorder ma confiance à des gens du métier".
Florent
Celhay
f.celhay@info-grece.com
iNFO-GRECE, février 2001
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